Jacques Cheminade est-il vraiment un candidat comme les autres ?

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Après l'avoir porté aux nues, nous avions souligné les ambiguïtés du mouvement Solidarité et Progrès.

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Candidat à la présidentielle, Jacques Cheminade veut rester discret sur son inspirateur : l'Américain Lyndon LaRouche, un proche de l'extrême droite qui dénonce un complot mondial.

« Mes idées et mes actions en France ne se démarquent en rien de celles de LaRouche ; depuis plus de vingt ans nous sommes de plus en plus proches », reconnaissait Cheminade dans une interview au Monde le 21 avril 1995. Plus récemment, le 9 mars sur France Inter, il nuançait quelque peu le propos : à la question de Pascale Clark lui demandant si Lyndon LaRouche était son mentor, le président de Solidarité et Progrès répondait qu'il s'agissait de « quelqu'un qui [l'] a inspiré »

 

Du point de vue de Lyndon LaRouche, personnage secondaire de la vie politique américaine, les choses sont bien plus claires. Dans un podcast du 14 mars, Cheminade est ainsi qualifié de « Lyndon LaRouche co-thinker » (« co-penseur »).

En réalité, en France, depuis plus de 35 ans, Cheminade est le relais unique de Lyndon LaRouche. Plus que cela, il est même son porte-parole et leurs mouvements ne font qu'un.

Victime d'un complot mondial

Depuis les élections municipales de 1983 et la création du Parti ouvrier européen (POE) par Cheminade, le mouvement – devenu en 1996 Solidarité et Progrès – se revendique comme la section française de l'organisation dirigée par Lyndon LaRouche, dont les ramifications sont internationales. Sur les tracts distribués par Solidarité et Progrès, le pied de page porte ainsi la mention :

« Le mouvement politique de Jacques Cheminade et Lyndon LaRouche. »

Comme l'Américain, Cheminade se pose en victime d'un complot et, à la suite de LaRouche, pense que cette machination est l'œuvre d'un gouvernement occulte dirigé depuis Londres par la reine d'Angleterre et les banquiers de la City. De sorte qu'il apparaît que Jacques Cheminade n'est ni plus ni moins que le masque de Lyndon LaRouche en France, véritable dirigeant de Solidarité et Progrès.

L'idéologie de Cheminade se confond avec celle de son maître : une anglophobie conspirationniste basée sur le mythe d'une « synarchie » mondiale à consonance antisémite, mâtiné de scientisme (aérotrain à échelle mondiale, colonisation de la Lune et de Mars, développement exponentiel du nucléaire civil, etc.), de racisme (LaRouche comparant Barack Obama à un singe), d'homophobie (en 1986, LaRouche proposait de mettre en quarantaine les « sidéens ») et de masculinisme (« Une femme réduite à son état psychotique tend à devenir une prostituée, une lesbienne, ou les deux à la fois », écrivait LaRouche en 1973 dans son ouvrage « The Case of Ludwig Feuerbach »), et ce ne sont là que quelques morceaux choisis.

Obama comparé à Hitler

laroucheobamahitler1.jpgPlus fondamentalement, l'histoire du monde dans sa version « larouchiste » se résume à un « méga-complot » ourdi par une oligarchie patricienne judéo-britannique.

Les crises financières, les grands conflits armés ou les catastrophes naturelles participeraient, au même titre que les mouvements pour la décroissance ou pour la sortie du nucléaire, d'un dessein secret de cette oligarchie pour maintenir sa domination séculaire sur le monde.

Hitler ou Mao n'auraient été que des marionnettes aux mains des banquiers de Wall Street et de la City. De même, l'accident nucléaire de Fukushima ou la marée noire de 2010 au large de la Floride seraient le résultat, non pas d'accidents, mais d'un plan global orchestré par « l'oligarchie », une oligarchie que les « larouchistes » accusent de tirer les ficelles du trafic de drogue international.

 

laroucheobamahitler2.jpgCheminade et son maître à penser n'hésitent jamais à recourir à la caricature la plus abjecte. Coutumiers des références à Hitler, ces derniers comparent ainsi le président américain Barack Obama au Führer, soit en affublant ses portraits d'une moustache hitlérienne, soit en présentant dans un montage anachronique les deux hommes côte à côte et complices.

Déjà en septembre 2004, le tribunal correctionnel de Lyon avait condamné Cheminade à 15.000 euros d'amende pour diffamation publique envers l'ancien Garde des sceaux et candidat à la mairie, Dominique Perben, au motif qu'un militant de Solidarité et Progrès avait juxtaposé la photo du ministre serrant la main de l'Attorney General américain John Ashcroft, avec celle du maréchal Pétain serrant la main de Hitler à Montoire en octobre 1940.

De manière paradoxale, alors que LaRouche et Cheminade usent et abusent de la reductio ad hitlerum, le mouvement a compté dans ses rangs des néo-nazis négationnistes et des tenants convaincus du suprémacisme blanc.

Du Ku Klux Klan au Front national

Ainsi, Roy Frankhouser, bras droit de LaRouche jusqu'en 1980, était l'un des membres le plus éminent du Ku Klux Klan de Pennsylvanie, où il portait le titre de « Grand Dragon » depuis 1965 jusqu'à sa mort en 2003. Frankhouser fut également connu pour être un membre notoire de l'American Nazi Party. En 1972, Frankhouser organisa même un défilé nazi sur la cinquième avenue à New York, où il arborait chemise noire et symboles nazis.

Outre Frankhouser, dans les années 1970, alors que LaRouche dirigeait le United States Labor Party, il s'appuyait sur les services de Willis Carto, fondateur du Liberty Lobby et de l'Institute for Historical Review, une officine négationniste. Ces liens furent rompus en 1981 à l'initiative du Liberty Lobby, qui se déclarait « désillusionné » par le ralliement de LaRouche au Parti démocrate et par le fait que son organisation comptait des juifs en son sein.

En France, le mouvement entretient des rapports forts complexes et ambigus avec l'extrême droite, le Front National en particulier. Si l'opposition entre les deux groupes est le mot d'ordre de façade, les faits sont plus nuancés, notamment à Lyon, où les politistes spécialistes de l'extrême droite Jean-Yves Camus et René Monzat, dans leur ouvrage Les Droites nationales et radicales en France (Presses universitaires de Lyon, 1992), pointent des accords électoraux avérés.

Plus récemment, comme le rappellent les auteurs de La Galaxie Dieudonné (Syllepse, 2011), Solidarité et Progrès s'est rapproché de la mouvance conspirationniste et « antisioniste » la plus extrême, notamment du Réseau Voltaire de Thierry Meyssan et d'Égalité et Réconciliation, le mouvement d'Alain Soral.

A titre d'exemple, Jaques Cheminade est intervenu le 20 avril 2008, à la demande de Soral, au théâtre de la Main d'Or, propriété de Dieudonné, pour y présenter son analyse de la crise financière globale. La même année, il a participé à l'université d'Egalité et Réconciliation.


Université 2008 - Jacques Cheminade - Partie 1 par ERTV

Par la vision du monde qu'il prône et ses amitiés politiques, Jacques Cheminade n'est en rien un candidat comme les autres. Il est incontestablement, aux élections présidentielles françaises de 2012, le candidat de Lyndon LaRouche

Source : Rue89

Information complémentaire :

Crashdebug.fr : À propos de Jacques Cheminade : Solidarité et Progrès - Lyndon LaRouche

 

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