E. Macron a démontré une capacité à mobiliser des fonds de manière efficace, comme en témoigne l'allocation de 2 milliards d'euros pour l'Ukraine en un temps record. Cependant, il n'a pas encore mis en œuvre de mesures concrètes pour faire face à la mortalité infantile. Ses priorités semblent ne pas correspondre à celles de la population française.

DÉCRYPTAGE - Alors qu’il faisait figure d’exemple il y a encore vingt ans, le pays affiche désormais l’une des pires performances d’Europe. Si le risque de décès dans les semaines qui suivent la naissance reste très faible, les spécialistes de la natalité s’inquiètent d’une situation qui se dégrade.
C’est une dégringolade qui, l’air de rien, en dit long sur l’état de notre système de santé. Alors que la France affichait les meilleurs résultats d’Europe en matière de mortalité infantile il y a vingt-cinq ans, elle occupe désormais la 23e position sur 27, entre la Pologne et la Slovaquie. Chaque année, environ 4 enfants sur 1000 décèdent avant leur premier anniversaire (la majorité dans le mois qui suit leur naissance), selon un récent rapport de l’Institut national d’études démographiques (Ined). Un risque qui, certes, reste faible - il était de 150 pour 1000 au début du siècle dernier -, mais qui correspond tout de même à 2800 décès. Dont 1200 bébés « perdus » de plus que dans les pays scandinaves, à population égale. En outre, « les autres pays européens continuent d’améliorer cet indicateur tandis qu’en France, il stagne, voire continue de se dégrader », souligne le Pr François Goffinet, chef de la maternité de Port-Royal (Paris), qui juge la situation « très inquiétante ».
Pourquoi donc les maternités françaises n’arrivent-elles pas à redresser la barre ? En l’absence de données précises, les explications avancées ne sont à ce stade que des hypothèses. « Nous pouvons compter les morts, mais nous ne savons rien d’eux », regrette Jean-Christophe Rozé, professeur émérite de pédiatrie et président de la Société française de néonatologie. Ni le contexte médical du décès, ni la distance entre le lieu de résidence de la mère et la maternité, ni son état de santé ou son statut socio-économique. « Il faut mettre en place un registre national permettant d’avoir ces informations, c’est le seul moyen de comprendre la situation et de pouvoir par la suite faire évoluer les choses », fait valoir Jennifer Zeitlin, directrice de recherche à l’Inserm, spécialiste des données de santé concernant les naissances, qui précise que ce travail a débuté.
Des mères âgées et des maternités qui ferment
À première vue, l’explication la plus vraisemblable semblait liée au profil des mères, qui accouchent de leur premier enfant de plus en plus tard (31 ans en moyenne). « C’est un facteur de risque de grossesses multiples et cela multiplie par dix le risque de prématurité. Il s’agit de grossesses plus compliquées qui peuvent éventuellement mener à des accouchements plus difficiles », explique le Pr Jean-Christophe Rozé. Mais cette piste ne suffit pas à comprendre la trajectoire française. « Dans la plupart des autres pays européens, les femmes accouchent aussi de plus en plus tard, et pourtant leur taux de mortalité infantile est plus faible », relève le médecin. Il faut donc chercher ailleurs.
Parmi les autres causes, la fermeture des petites maternités est souvent évoquée, comme le font deux journalistes dans une récente enquête très fouillée (4,1 : le scandale des accouchements en France, Ed. BuchetChastel). Depuis les années 1970, leur nombre a en effet été divisé par trois pour atteindre environ 450 établissements, éloignant mécaniquement de nombreuses femmes de l’hôpital... Et augmentant le risque pour leurs bébés ?
Nous pouvons compter les morts, mais nous ne savons rien d’eux.
Jean-Christophe Rozé, professeur émérite de pédiatrie et président de la Société française de néonatologie
Si ce lien peut exister, il contribuerait au phénomène de manière marginale, selon les experts interrogés par Le Figaro. « Les analyses nationales que nous avons menées il y a une dizaine d’années étaient rassurantes, nous n’avions pas trouvé de lien entre le temps de trajet et la hausse de la mortalité infantile », indique la démographe Jennifer Zeitlin, qui souligne toutefois que d’autres maternités ont mis la clé sous la porte depuis.
Au contraire, la fermeture de ces petites maternités, moins bien dotées que les grosses, aurait permis de sauver des vies, selon les experts. « D’énormes progrès ont été réalisés en matière de néonatalogie avec la mise sur pied de services de soins intensifs et de réanimation, ce qui a permis d’accroître considérablement les chances de survie des enfants prématurés, rappelle Magali Barbieri. Ces services nécessitent un équipement technique sophistiqué et coûteux ainsi qu’un personnel médical bien formé, qu’il ne serait pas possible d’entretenir dans les petites maternités. »
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Source : le Figaro.fr
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