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Le déclenchement des rachats de dette publique de la Banque centrale a accentué l'euphorie des investisseurs. Des mouvements excessifs ?

BCE 14 03 2015
Le CAC 40 s'approche des 5000 points après avoir franchi cette barre symbolique cette semaine.
© MIGUEL MEDINA / AFP
 
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Le pouvoir des banques centrales sur les marchés financiers est énorme. Mario Draghi vient une nouvelle fois de le prouver avec le lancement, lundi, de son "quantitative easing" (QE). Un nom barbare pour désigner le bouton nucléaire des banquiers centraux, lorsque leur arme classique de la baisse des taux d'intérêt se révèle inopérante pour combattre la dépression économique, voire la déflation. En s'engageant à racheter une cinquantaine de milliards de titres de dette publique émis par les États sur le marché de la revente entre investisseurs jusqu'en septembre 2016 (voire plus, si nécessaire) par de la pure création monétaire, la BCE se comporte un peu comme un éléphant dans un jeu de quilles. Elle les renverse toutes.

Les taux d'intérêt réclamés par les investisseurs pour financer les États s'effondrent : puisque ces derniers sont sûrs de trouver un acheteur, pas besoin de les rémunérer beaucoup. La situation est tellement exceptionnelle que certains sont même désormais prêts à payer pour détenir de la dette publique européenne ! C'est comme si votre banque se mettait à vous verser un taux d'intérêt pour l'argent qu'elle vous prête... L'Allemagne, par exemple, se fait rémunérer lorsqu'elle emprunte de l'argent sur toutes les échéances inférieures à 10 ans.

 

187 milliards à emprunter pour la France

Même les pays du sud de l'Europe, dont les taux d'emprunt s'étaient envolés pendant la crise de la dette souveraine, se financent désormais à des taux historiquement bas. L'Espagne a par exemple levé jeudi plus de 2,6 milliards d'euros sur 10 ans à un taux à peine supérieur à 1 %. Sur le marché secondaire, le taux français à 10 ans tourne désormais autour de 0,4 %, alors qu'il était encore de l'ordre de 2 % au début de 2014, un taux déjà très faible. Une très bonne nouvelle alors que la France devait emprunter quelque 187 milliards d'euros sur les marchés cette année, mais totalement déconnectée de la réalité économique puisque l'endettement file vers 100 % du PIB.

Le CAC 40 dépasse les 5000 points

Ce mouvement spectaculaire était certes bien entamé avant le début de la semaine. Mais sa poursuite montre que tous les effets de l'action exceptionnelle de la BCE n'étaient pas encore intégrés dans les prix de marché. Les taux obligataires ne sont pas les seuls à dégringoler. Parallèlement, l'euro a continué à dévisser par rapport au dollar américain. La monnaie unique tourne désormais autour de 1,05 dollar, alors qu'elle était encore à 1,39 en mai 2014 sous l'effet conjugué de l'action de la BCE et de la perspective d'une remontée des taux d'intérêt outre-Atlantique.

La vigoureuse réaction de la BCE devant le risque supposé de déflation a enfin eu pour effet de booster les marchés d'actions. Rassurés, les investisseurs se tournent vers des actifs plus risqués que les obligations publiques pour continuer à dégager du rendement. Ce qui fait monter les places européennes. Résultat, le CAC 40, dont les entreprises profitent de leur implantation très internationale, a franchi vendredi soir la barre symbolique des 5000 points à la clôture (+ 17 % depuis le début de l'année), un niveau qu'il n'avait plus atteint depuis mai 2008, soit avant le déclenchement de la crise financière.

Des facteurs de risques ignorés ?

Ces mouvements sont si forts que certains économistes commencent à s'en inquiéter, malgré la bonne tenue de la croissance mondiale. C'est le cas de Marc Touati, du cabinet de conseil économique et financier Acdefi. "Si la baisse de l'euro et la hausse des marchés boursiers sont en partie justifiées, elles atteignent désormais des niveaux excessifs par rapport à la réalité économique. Il en est d'ailleurs de même de la faiblesse des taux d'intérêt des obligations des États européens ou du prix du baril [de pétrole, NDLR]. Dans tous ces cas, nous sommes tombés dans une bulle, c'est-à-dire un mouvement spéculatif auto-entretenu de déconnexion entre les grandeurs financières et la réalité économique", prévient-il vendredi.

Certes, le CAC 40 reste loin de son plafond historique de l'année 2000, où il avait frôlé les 7000 points, contrairement à l'indice Dow Jones, l'indice phare de la Bourse américaine et celui de la Bourse allemande (DAX). Mais en prenant en compte les confortables dividendes reçus par ses actionnaires (comme c'est le cas pour le DAX), sa performance est bien plus solide.

Les facteurs de risques dans l'économie ne manquent pourtant pas. Mais ils sont tous "ignorés, s'inquiète Marc Touati. Qu'ils soient géopolitiques [Ukraine, Moyen-Orient, Afrique], de politique intérieure [montée des partis extrémistes et risques terroristes] ou économiques [non-remboursement de la dette grecque]". Le réveil risque donc d'être d'être douloureux. Reste à savoir quand un grain de sable viendra enrayer l'emballement. Ou si le CAC 40 peut encore continuer à monter sans problème vers son record historique d'ici 12 à 18 mois, comme certains fonds n'hésitent plus à le prédire.

 

Source : Lepoint.fr

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