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Rétrospectivement, si l'on regarde ce qui s'est passé autour du juge antiterroriste Marc Trévidic, il y a de quoi être frappé. Voici un magistrat qui est réputé avoir pris à cœur les dossiers dont il était en charge depuis l'an 2000, avoir fait aboutir des affaires et connaître particulièrement bien le milieu du terrorisme.

Trevidic 18 12 2015

Bien sûr [j'ai lu] le Coran, cela n'a rien d'extraordinaire, j'ai aussi lu la Bible ! Mais je me suis surtout lancé dans toute la littérature radicale pour savoir ce que les gens qu'on avait en face de nous lisaient. Et c'est très riche d'enseignements. Ça permet de voir les méthodes de recrutement, les profils psychologiques, les arguments avancés par ceux qui prônent le djihad international et dans lesquels, d'ailleurs, il y a du vrai. Car il ne faut pas penser que l'Occident est tout blanc et qu'on n'a pas une part de responsabilité dans ce qui s'est passé en Afghanistan, en Bosnie ou en Irak. Cela m'a donc permis aussi de prendre de la hauteur sur le sujet. (Le Monde)

Pour preuve, il déclarait le 30 septembre dans Paris Match, soit un mois et demi avant les attentats de novembre 2015 à Paris que les terroristes essayaient de faire un « 11 septembre à la française », que la France était « l'ennemie n°1 de l'État Islamique ». Le problème est que ce juge... avait été démis de ses fonctions. En effet, une loi datant de 1998 votée sous la présidence Guigou, limite à dix ans la possibilité pour un magistrat spécialisé de rester à la même fonction. Marc Trévidic avait été nommé en mai 2006 juge d'instruction au pôle antiterroriste au tribunal de grande instance de Paris, en remplacement de Jean-François Ricard.

Et pourtant il y a des exceptions :

De fait, la règle concerne tous les magistrats, mis à part quelques exceptions notables. Laurence Le Vert a été nommée juge anti-terroriste en 1986, donc avant l'instauration de cette règle. Renaud Van Ruymbeke est juge d'instruction au pôle financier depuis 2000 mais a été nommé en 2013 premier vice-président et a pu demeurer chargé de l'instruction. (L'OBS)

Mais le pays est tellement paralysé que l'on préférera laisser couler le navire pour respecter la loi à la lettre que d'appeler quelqu'un capable d'écoper :

Enfin, cet obstacle n'est pas le seul : « Il n'y a pas que la règle des dix ans, observe un spécialiste de la place Vendôme, le conseil supérieur de la magistrature [qui nomme les magistrats du siège] est très attentif sur une autre règle, dite règle des deux ans. On ne peut pas changer de poste avant d'avoir passé deux ans dans celui dans lequel on vient d'être nommé ». En l'occurrence, Marc Trévidic devrait rester à Lille jusqu'en août 2017 puis postuler ailleurs. (L'OBS)

Alors même que par ailleurs, on modifie cette même loi pour « renforcer la lutte contre le terrorisme » (Le Figaro). Et ne me dites pas que « personne n'est irremplaçable », c'est juste faux. C'est un « psychovirus » utilisé pour garder les gens sous contrôle. Bien sûr, on peut souvent finir par trouver quelqu'un qui va faire le « job ». Mais avec quelle perte de savoir, quelles régressions, quelles opportunités manquées ? Une fois qu'un attentat est fait, il est fait, pas moyen de revenir en arrière.

Sur France-inter on apprend que le 15 août 2015, le juge recueillait, lors de sa dernière audience, l'information stipulant qu'un attentat visant une salle de concert avait été commandé par « Abou Omar », un des terroristes tués à Saint Denis. Il sait que cette information a été prise très au sérieux, mais n'en sait pas plus puisqu'il est ensuite parti. « Après les attentats, la seule action qui m'était permise, c'était de parler ». (Le Monde)

On apprend également que de vrais papiers ont été fournis aux terroristes parce qu'ils avaient simplement fait une déclaration de perte, alors qu'ils leur avaient été confisqués pour pouvoir les surveiller !

C'est encore à travers lui, grâce au conseil qu'il donne à un des avocats des victimes du Bataclan, Maître Morice, de faire jonction avec le dossier des attentats qui ont eu lieu au Caire en 2009, que l'on apprend que le Bataclan était menacé depuis 2010.

Quand on voit l'interview de Trévidic, on a juste l'impression qu'il se retient de parler, qu'il sait bien plus de choses qu'il ne peut en dire, que la seule arme qui lui reste est l'arme médiatique mais qu'il a définitivement été écarté pour excès de zèle. Si c'est le cas, pour quelle raison ?

 

Source : Sott via Chalouette

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