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Le candidat des Insoumis, Jean-Luc Mélenchon, a consacré son meeting de Lyon ce dimanche 5 février aux défis du futur. Face à l'obscurantisme de Marine Le Pen, le leader de gauche a préféré parler de l'avenir, en exposant ses propositions pour l'éducation, la culture, la recherche, le numérique, mais aussi l'économie de l'espace et de la mer. Manière pour lui de démontrer que le candidat du PS, Benoît Hamon, s'est largement inspiré de son programme. À voir si les électeurs de gauche préféreront l'original à la copie...

Holo Meluche 06 02 2017
Ce dimanche 5 février, les "Insoumis" ont eu deux Mélenchon pour le prix d'un. - Konradk / Witt/SIPA

En 1960, quand John Fitzgerald Kennedy est devenu le 35e président des Etats-Unis, il a proposé aux Américains dans un discours resté fameux, une « nouvelle frontière ». C'était la grande époque des Trente glorieuses, de la conquête spatiale, de la course au progrès. De cette époque, Jean-Luc Mélenchon, né en 1951, conserve un humanisme optimiste. Alors, celui qu'on aime caricaturer comme un homme en colère a voulu montrer pour son meeting de Lyon ce dimanche 5 février qu'il n'était pas qu'un indigné, et qu'il était capable de proposer un chemin aux Français face aux « défis du futur ». Son programme ne s'appelle-t-il pas « l'avenir en commun » ? Face à l'obscurantisme de Marine Le Pen, Mélenchon fait le pari « de la conscience, de l'éducation ».

Passé maître dans l'art du teasing, le leader de gauche a d'ailleurs misé sur la technologie en proposant un double meeting - l'un physique à Lyon, l'autre, via un hologramme, à Aubervilliers, en région parisienne. Pari réussi, la trouvaille a été au rendez-vous. Et le public également : près de 12.000 personnes à Lyon (une salle archi-comble, avec des milliers de spectateurs à l'extérieur), près de 6000 à Aubervilliers, selon les membres de son équipe. Une démonstration de force après des semaines de concentration médiatique sur la primaire du PS.

Une élection qui « ressemble surtout à Top chef »

Justement, sur scène, Mélenchon assure le spectacle, et commence par ironiser sur cette élection présidentielle qui « ressemble surtout à Top chef à cause de ses casseroles ». Et d'interpeller ses concurrents : « Où sont leurs programmes ? » Il évoque ensuite avec le sourire cette « vague dégagiste » qui s'exprime dans le pays et insiste sur « la rupture qu'incarne le programme l'Avenir en commun ». Manière pour lui de se différencier de Benoît Hamon, à qui il s'adresse sans le nommer, en rappelant qu'« aussi longtemps que vous resterez dans les traités budgétaires européens aucune politique progressiste ne sera possible ». Une évidence dont le candidat socialiste ne semble pas s'être préoccupée ces derniers jours, alors que François Hollande s'était pourtant engagé en 2012 à renégocier ces mêmes traités avec Berlin et Bruxelles, une promesse aussitôt oubliée après son élection...

Pour convaincre les électeurs de gauche qui seraient tentés par Hamon, Mélenchon sort son arme favorite : son projet et ses propositions. « C'est une campagne éducative, pas une campagne hallucinogène », annonce-t-il. Dénonçant la logique du « moindre mal », il veut convaincre les électeurs dans les prochains jours par l'adhésion à ses idées. Il annonce ainsi la présentation du « chiffrage » de son programme le 19 février prochain, et consacre la majeure partie de son discours de Lyon à ses propositions pour « les nouvelles frontières de l'humanité » : le numérique, l'espace et la mer.

« J'ai entendu Monsieur Macron parler de culture… »

Mais Mélenchon évoque au préalable l'éducation, la recherche, et la culture, et les artistes. Il annonce vouloir « éradiquer l'illettrisme d'ici 2022 », en lançant une « campagne » en direction des 2 millions d'illettrés que compte notre pays. Il propose également une « allocation d'autonomie d'étude », notamment dès l'âge de 16 ans dans l'enseignement professionnel, et le recrutement de 60.000 profs supplémentaires dans l'Education nationale, car il s'agit pour lui de « faire l'école de 3 à 18 ans ». Il loue enfin la nécessité de la recherche fondamentale, et souhaite que toute aide à la recherche privée soit conditionnée au recrutement effectif de chercheurs.

Mais Mélenchon n'oublie pas non plus la culture, alors que les artistes ont été dragués à de multiples occasions ces dernières semaines par Benoît Hamon et Emmanuel Macron, et rappelle en passant que le gouvernement Hollande est le seul à avoir baissé le budget de la culture ces dernières années : « Dans l'ambiance de poisson rouge qui prévaut dans l'univers politico médiatique, personne ne se souvient de rien (…)  j'ai entendu Monsieur Macron parler de culture, il propose même un “pass culturel” à 18 ans  (…) mais avant de consommer de la culture, il faut la produire. Pour cela, il faut que les artistes puissent vivre dignement. »

Justement, Mélenchon propose d'étendre le régime des intermittents du spectacle aux professions artistiques précaires. Une proposition opportunément récupérée par Benoît Hamon lors des débats de la primaire. Autre mesure choc : la socialisation des droits sur les œuvres du domaine public. Concrètement, cela signifie la création d'une caisse commune « qui alimenterait la situation sociale des créateurs ». Une idée à l'origine proposée par « le grand Victor Hugo » : « Quelle est la légitimité à hériter d'une œuvre ? D'après Victor Hugo, il n'y en a pas. L'écrivain n'a qu'un héritier, l'héritier de l'esprit. »

Une diatribe contre les « majors » du numérique

C'est à ce moment-là de son discours qu'il entame son analyse de l'économie du numérique, rappelant d'abord que « les jeux vidéos sont une industrie de pointe de la patrie, [et constituent] des budgets supérieurs au cinéma dans le monde ». Il se lance alors dans une diatribe contre les « majors » du numérique, les Apple, Facebook, Google, et Microsoft, ces « entreprises immorales qui passent leur temps à se soustraire au fisc. Nous ne le permettrons plus. » Pour lui, il s'agit de rendre « ce continent numérique (…) au peuple », en garantissant la neutralité du Net, et l'égalité d'accès au réseau, en protégeant les données personnelles, en proposant un véritable droit à la déconnexion et en développant un domaine public du numérique et l'éducation dans ce domaine : « Il faut que nos jeunes apprennent les techniques qui permettent au numérique de fonctionner (…) et leur permettre de développer un recul critique par rapport à ce qu'ils voient. » Il s'étonne au passage que l'Education nationale préfère travailler avec Microsoft plutôt qu'à partir des logiciels libres : « Pourquoi les administrations de l'Etat ne sont pas en tête sur ce sujet [des logiciels libres] ? » Enfin, il évoque les nouveaux services économiques proposés par le numérique : « L'ubérisation est un leurre. Même si la collaboration par les plateformes peut être utile, elle ne doit pas détruire les métiers. »

Peu de gens le savent, mais Jean-Luc Mélenchon a également un dada, l'aviation et l'espace. C'est un domaine dans lequel la France a de multiples atouts rappelle-t-il : « Nous sommes le deuxième peuple au monde pour la contribution à l'économie de l'espace par habitant. Nous sommes donc une puissance intellectuelle, matérielle. La moitié des emplois de l'Espace en Europe sont en France. Cela nous donne des responsabilités. (…) C'est le peuple qui a financé les fusées au départ. Idem pour les machines à tisser les câbles sous-marin qui permettent à l'Internet de fonctionner. Qui a vendu Alcatel-Lucent ? Monsieur Macron. »

Dans le domaine de l'espace, Mélenchon souhaite notamment revenir sur la privatisation de la société Arianespace, renforcer les recherches pour Ariane 7, « car un secteur économique qui accumule de l'intelligence entraîne les autres » (la référence à Kennedy qui avait lancé le programme Appolo sous sa présidence est manifeste). Il propose aussi le lancement d'un programme international de dépollution de l'orbite géostationnaire, effectivement remplie de déchets spatiaux liés notamment aux nombreux satellites lancés ces 50 dernières années : « Est-ce que vous avez vu le film Gravity ? On y voit les dégâts d'une telle pollution », lance-t-il à la salle, se faisant pédagogue.

« Tant mieux si d'autres reprennent nos idées »

Il termine enfin son discours sur l'économie de la mer car, rappelle-t-il, la France dispose, notamment avec ses territoires d'outre mer, du « deuxième territoire maritime du monde ». Il souhaite consacrer aux acteurs de la mer une part non négligeable aux 100 milliards d'investissement qu'il appelle de ses vœux dans l'économie, « pour créer 300.000 emplois maritimes ». Il annonce aussi vouloir développer la production électrique par la mer, soit l'équivalent « de 15 réacteurs nucléaires » d'ici à 2030 : « Comment se fait-il qu'après ce quinquennat, on n'ait pas développé les éoliennes en mer ? ». L'homme de gauche transformé par l'écologie depuis son départ du PS, propose également la mise en place d'un tribunal international écologique « contre les lobbystes » des grandes multinationales, et la création d'un programme international de dépollution des océans, et veut que « toutes les eaux usées du littoral soient collectées, pour éviter notamment que la Méditerranée, la mer des mers, devienne un cloaque. »

En conclusion, Mélenchon parie ainsi sur « la force des idées » : « Même si vous ne votez pas pour ce programme, lisez-le. (…) Que ça fait chaud au cœur d'entendre parler de planification écologique ailleurs que dans nos rangs. Tant mieux si d'autres reprennent nos idées. Ce qui compte, c'est que les idées se répandent. » Mais, le leader de la France Insoumise n'est pas prêt pour autant à se laisser aller aux « petites combines » « De tout cela, il n'en sera pas question. Cette intransigeance, non, ce n'est pas une dureté, mais je suis votre représentant, je représente les insoumis, les “têtes dures” ceux à qui on ne l'a fait pas trois fois... ». Dans son viseur, bien sûr, le PS, qui reste comptable à ses yeux du quinquennat Hollande. La salle lui répond alors en criant « Résistance ! Résistance ! » Et Mélenchon d'entonner avec ses sympathisants Le Chant des Canuts, célèbre chant de lutte lyonnais en hommage aux révoltes des Canuts au début du 19e siècle.

 

Source : Mariannet.net

Informations complémentaires :


Jean-Luc Mélenchon et le dégagisme par Europe1fr

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