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Alors que la Société Générale fait face à nouveau à des pertes sur les marchés, qui va-t-elle trouver comme bouc émissaire ?

Article 0906 FRA10 KERVIEL

 

 

 

 

 

 

 
 

 

 

 
 

par Thierry Lévêque et Matthieu Protard

PARIS (Reuters) - Jérôme Kerviel, ex-trader de la Société générale tenu pour responsable d'une perte record de 4,9 milliards d'euros en 2008, a été présenté par sa défense comme le simple "pion" d'un système.

Ce procès, ouvert au tribunal correctionnel de Paris devant une centaine de médias du monde entier, oppose sur fond de crise financière le jeune homme de 33 ans, seul prévenu, à la banque française, partie civile, qui demande une "sanction exemplaire".

Me Olivier Metzner a dès le début de l'audience présenté un diagramme qui montre que quatre responsables hiérarchiques de Jérôme Kerviel travaillaient à quelques mètres de lui.

Il a aussi soulevé des questions sur les gains de 1,4 milliard d'euros engrangés par le trader fin 2007 par des manoeuvres frauduleuses, qui, selon Me Metzner, indiquaient déjà le "problème" Kerviel, puisque la somme était en trésorerie. 

Le président Dominique Pauthe a prié le prévenu, costume sombre, cravate claire et chemise blanche, de se présenter. 

Le visage tendu et les yeux cernés, il a retracé sa plongée dans la finance à la Société générale à partir de 2000, d'abord au "middle-office" (contrôle), puis comme assistant des traders et enfin comme trader à partir de 2005. 

"A certains moments, c'était extrême, fatiguant physiquement", a-t-il dit. Le président a lu une évaluation de 2005 faite par la banque qui concluait : "Attention à la surchauffe, ménagez des temps de repos." 

Jérôme Kerviel a expliqué qu'il travaillait de 7 heures du matin à 22 heures, même les jours fériés, avec une pause pour manger un sandwich au bureau. Il ne prenait jamais de vacances. "C'était chronophage, je vivais pour les objectifs", a-t-il dit. 

"Les encouragements de mes supérieurs ne m'ont pas freiné", a-t-il dit. Il a gagné 48 000 euros nets en 2006, avec un bonus annuel de 60 000 euros. Aujourd'hui consultant informatique, il est tombé à 2300 euros par mois, selon ses dires. 


METZNER ACCUSE LA BANQUE
 


A l'extérieur, son avocat Olivier Metzner a lancé la charge contre la Société générale.
 

"Ce n'est pas un homme qui est responsable de cela mais un système. Celui qui comparaît devant le tribunal est un pion, un pion qu'on a utilisé et dont on a tiré profit, et (...) qu'on a jeté", a-t-il dit. 

Les gains engrangés par Jérôme Kerviel au 31 décembre 2007 figuraient dans un rapport quotidien de la trésorerie de l'unité où travaillait le trader, consultable par sa hiérarchie, qui assure pourtant n'avoir rien vu, a dit l'avocat à l'audience. 

Cité comme témoin, l'ancien PDG de la banque Daniel Bouton, évincé après l'affaire, a expliqué dans une lettre lue à l'audience qu'il ne viendrait déposer à l'audience qui durera trois semaines que si le tribunal l'exige. 

Le tribunal statuera ultérieurement. La banque s'est fait représenter par Claire Dumas, adjointe au directeur des risques opérationnels, qui a été bousculée. 

Des avocats de petits actionnaires ont lu notamment la transcription d'un enregistrement d'une conversation entre Jérôme Kerviel et un haut dirigeant de la SocGen, Jean-Pierre Mustier, au moment de la découverte de ses opérations. 


LA SOCIÉTÉ GÉNÉRALE SE VOIT EN VICTIME
 


Ses positions sont alors créditrices. "Si tu as gagné 1,4 milliard, c'est que tu es vachement bon. Ce que tu as fait, c'est emmerdant, mais c'est pas grave", dit Jean-Pierre Mustier.
 

Poursuivi pour "faux, usage de faux, abus de confiance, introduction frauduleuse de données dans un système informatique", Jérôme Kerviel encourt jusqu'à cinq ans de prison et 375 000 euros d'amende. 

Il se voit reprocher des positions à risque vertigineuses de 2005 à 2008 sur des indices boursiers européens, ayant atteint plus de 49 milliards d'euros, dissimulées selon l'accusation à son employeur. 

Les juges d'instruction fondent essentiellement les charges sur les propres déclarations du trader, qui a reconnu que la limite d'engagement au-delà d'une journée pour les huit traders de l'unité où il travaillait était à 125 millions d'euros. 

"Nous rappelons que la Société générale a été victime", a-t-on dit au sein de la banque à Reuters avant le procès. 

Exonérée sur le plan pénal, la Société générale n'est pourtant pas sortie indemne de l'enquête, qui a montré qu'elle avait négligé plus de 70 alertes internes et externes sur le comportement de Jérôme Kerviel. 

Le défaut de contrôle a valu à la banque une amende de quatre millions d'euros infligée par la Commission bancaire. 


Edité par Yves Clarisse


Source : Reuters

France-Info (Audio) : Procès Kerviel : les témoins entrent en lice
20Minutes.fr : Le bras de fer a commencé
Le Figaro : Procès Kerviel : le trader met en cause sa hiérarchie

 

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