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Le crack est une des pires saloperies qui existent, avec une très, très forte addiction. Le seul moyen de les sauver, c'est de les incarcérer pour les sevrer de force.

Crack Metro Paris 19 01 2018
Paris, station Marcadet-Poissonniers, le 11 janvier. Consommateurs et dealeurs de crack se retrouvent tous les jours
dans le métro, notamment dans le nord sur la ligne 12. Le Parisien

L’errance de fumeurs de crack dans le métro parisien pose de tels problèmes que certaines rames ne s’arrêtent parfois plus en station. Un phénomène préoccupant.

Station Jules-Joffrin (XVIIIe), sur la ligne 12, direction Aubervilliers. En cette fin d’après-midi de janvier, l’homme au visage creusé, aux yeux cernés, flottant dans un pantalon usé, entre, hagard, la démarche incertaine, dans la rame de métro qui marque l’arrêt. Il tire un strapontin et s’assoit, une cigarette roulée allumée dans la main gauche, une pipe à crack dans la droite. A peine s’il attire quelques regards appuyés d’une poignée de voyageurs, malgré l’odeur de tabac qui se répand dans le train.

Surtout les lignes 4 et 12

Quelques minutes plus tard, il descend à la station suivante, Marcadet-Poissonniers, pour rejoindre un groupe de six hommes, assis le long du mur. Tous sont des crackeurs, des consommateurs de crack. Parfois avec leurs compagnes d’infortune, ils hantent depuis des années les stations de métro du nord-est parisien. Les lignes 4 et 12, surtout. Errant inlassablement entre Jules-Joffrin, Marcadet-Poissoniers, Marx-Dormoy, Simplon, Porte-de-la-Chapelle. Chassés de leurs anciens territoires de la place Stalingrad (XIXe) ou de la gare du Nord (Xe) par les opérations d’éviction successives, ils se sont retranchés en sous-sol, boutés des trottoirs lors de la mise en place, en 2012, de la première zone de sécurité prioritaire (ZSP) Barbès-Château-Rouge, par Manuel Valls, alors ministre de l’Intérieur.

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Des conducteurs ne marquent plus l’arrêt à certaines stations

Depuis plus de trois ans, toutes les initiatives prises en partenariat avec la préfecture de police et la RATP pour faire sortir ces drogués du métro et assurer leur prise en charge sanitaire ont partiellement échoué sur le long terme. Malgré l’implication des associations d’aide aux toxicomanes. Chaque fois, les crackeurs sont redescendus sur les quais.

Et la situation est devenue explosive, au point, qu’à l’appel de l’Unsa-RATP, certains conducteurs de trains de la ligne 12 ont récemment décidé de ne plus marquer l’arrêt à certaines stations, lorsque les quais sont envahis de toxicomanes. Une question de sécurité. La leur et celle des usagers.

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Paris, janvier 2018. Un drogué prépare sa pipe de crack sur le quai du métro Marcadet-Poissonniers, dans le
nord de la capitale. Le tout sous les yeux des passagers. (LP/ Jean Nicholas Guillo)

«Je trouve la situation anxiogène »

« Lorsque je les vois, je vois la mort. » Aïssa, usagère quotidienne de la station Marx-Dormoy (XVIIIe) ne trouve plus ses mots lorsqu’elle évoque « ces personnes qui se sont transformées en zombies, tirant sur leur pipe ». « Est-ce que j’ai peur ? s’interroge-t-elle, non, je ne crois pas. En tout cas, pas d’une agression parce qu’ils sont stone la plupart du temps. Mais je trouve la situation anxiogène : ils sont là du matin au soir, assis ou couchés dans la station, en train de fumer ou de préparer leurs produits. Parfois, ils se mettent à hurler sans qu’on sache pourquoi. Ou se battent entre eux. Clairement, les passagers se rassemblent tous sur le côté opposé du quai… »

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Combien sont-ils ? Une cinquantaine, peut-être plus, qui ont pris l’habitude depuis quelques semaines, de naviguer d’une station à l’autre, vraisemblablement en raison des maraudes et rondes des agents de sécurité de la RATP qui se sont intensifiées (lire par ailleurs). Ils s’éparpillent même au-delà de leur secteur habituel, fréquentant parfois les stations Grands-Boulevards, Bonne-Nouvelle et Strasbourg-Saint-Denis (lignes 8 et 9), Stalingrad, Gare-du-Nord et de Gare-de-l’Est (ligne 5).

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Contrôle de police sur un quai de la station Abesses. (LP/ Jean Nicholas Guillo)

Sous le nez des voyageurs

Il est à peine 9 heures ce matin-là, à la station Marx-Dormoy (ligne 12). Ils sont trois, assis par terre, occupés à préparer leur pipe de crack, piochant dans de petits sacs plastiques. « La drogue du pauvre », ce puissant dérivé de cocaïne mélangée à de l’ammoniaque ou à du bicarbonate de soude fait des ravages dans le nord-est de Paris, chez ces toxicomanes SDF en très grande précarité. Et les dealers ne sont jamais loin. « On observe les transactions qui ont lieu sur les quais. Sous nos yeux, note un habitué de la ligne. Particulièrement Porte-de-la-Chapelle. Les voyageurs ne se sentent pas du tout en sécurité. »

Ce mercredi, Pierre-Yves Bournazel, député les Constructifs de Paris, a posé une question orale au ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, relative à la consommation de crack dans les stations de métro du nord-est de la capitale, pointant « l’amplification du phénomène depuis quelques mois. La situation perdure, semble souffrir d’un manque de coordination des différents acteurs, ajoute-t-il en demandant un plan d’action. Les stations touchées par la consommation de crack sont localisées. Les consommateurs, dont la situation demande une prise en charge médico-sociale adaptée, sont identifiés, dans la mesure où ils squattent les quais. Et les vendeurs agissent au sein même des stations… »

Crack dans le métro parisien: à certaines stations, des conducteurs ne marquent plus l’arrêt

 

Source : Le Parisien.fr

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