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Soyez prévenus, et soyez prudents, mais par pitié restez solidaires.

Violence 14 02 2018
Des policiers interviennent lors d'une échauffourée, pendant un feu d'artifice à Annecy, le 5 août 2017. -
Crédits photo : Hugo Clarence Janody/Hugo Clarence Janody

ENQUÊTE - 777 agressions de ce type sont déclarées chaque jour en France. Ces chiffres édifiants révélés par Le Figaro traduisent une impulsivité et une agressivité grandissantes dans la société, même dans les situations les plus banales.

À Meyzieu (Rhône), ce mois-ci, un collégien a été roué de coups par ses camarades lors d'un «jeu». Dans le même temps, sur Internet, une vidéo a fait scandale : on y voit un jeune en scooter traîner un chien vivant aux pattes ensanglantées, sous les rires de ses copains du quartier, à Bobigny (Seine-Saint-Denis). Faut-il aussi parler de ces rencontres de football amateur qui se soldent par une agression physique par jour venue du public, de ce contrôleur SNCF menacé en plein service, le 1er février dernier, en gare de Méricourt (Yvelines), et qui a échappé au retour vengeur des contrevenants, le lendemain à Lens ?

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Que dire également de ce garde-pêche du Doubs, rossé par un agriculteur à qui il reprochait d'avoir fait de l'épandage de lisier nocif pour les rivières ? De ce collège des quartiers nord (Marseille) où les professeurs ont exercé, le 16 janvier, leur droit de retrait après l'agression d'une enseignante par une élève de cinquième ? La violence «ordinaire», en ce début d'année, s'illustre au rythme effarant des faits divers qui, mis bout à bout, dessinent un phénomène aux allures de dérive.

Banalisation du recours à la force

À l'heure de la «police de sécurité du quotidien», la hausse ininterrompue de ces atteintes plane comme une menace sur le plan de reconquête du ministère de l'Intérieur face à la délinquance. Ces faits d'agression ont dépassé en 2017 le record historique des 600.000 infractions déclarées en un an. Les violences «non crapuleuses» - c'est-à-dire toutes celles qui n'ont pas été commises dans le but de voler -, ont encore grimpé de + 3,24 %, passant de 274.737 infractions en 2016 à 283.631 en 2017… soit en moyenne 777 faits de violence «gratuite» par jour !

Elles traduisent indéniablement une dégradation du climat social. Et encore ne s'agit-il là que des faits déclarés à la police ou à la gendarmerie, puis transmis à la justice. Les enquêtes de «victimation» (réalisées auprès des victimes) attestent, quant à elles, que seule une minorité de ces infractions (20% tout au plus) sont portées à la connaissance des autorités.

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Des synthèses confidentielles tombent, jour après jour, sur le bureau de l'hôte de Beauvau. Elles ne reprennent que les événements les plus saillants et trahissent l'ampleur de la tâche qui attend Gérard Collomb, s'il veut infléchir la tendance. D'autant que, de toute part, remontent les échos d'une société où le recours à la force entre citoyens ou contre les institutions tend à se banaliser.

«Les policiers le voient bien. Ils sont de plus en plus victimes d'une forme d'ensauvagement des comportements», déplore Patrice Ribeiro, le patron de Synergie-Officiers. Et le syndicaliste de rappeler les épisodes de Champigny-sur-Marne puis d'Argenteuil, où des policiers ont été gravement pris à partie et blessés, en ce début d'année. «L'uniforme n'est plus respecté et devient même la cible d'attaques préméditées», renchérit Philippe Capon, patron de l'Unsa-Police.

Un officier d'une brigade anticriminalité de la région parisienne évoque, dégoûté, ce qu'il considère comme une «nouvelle donne» : «Aujourd'hui, dit-il, même lorsque des pompiers viennent sauver des bébés, ils peuvent être callaissés, et nous devons alors les protéger contre ceux qu'ils viennent secourir !» Selon lui, «Quelque chose s'est brisé. On le voit lors des gardes à vue. Les délinquants les plus jeunes nous toisent et nous insultent désormais. Ils ne s'y risquaient pas trop avant…».

«Les individus sont plus impulsifs, ils acceptent moins l'autorité»

Pour Christophe Soullez, le directeur de l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP), les causes de cette violence quotidienne sont à rechercher dans «un monde sans doute plus anxiogène, avec des individus de plus en plus stressés, et une pression sociale et professionnelle plus forte aujourd'hui, donc davantage de tensions.» Mais la société de l'après-guerre, celle des aînés, n'a-t-elle pas aussi connu des sueurs et des angoisses ? Les ghettos, les effets indésirables de la pression migratoire, l'affaiblissement de l'autorité parentale, la crise du système éducatif, l'insuffisance patente de la réponse pénale, bien d'autres explications de fonds peuvent être avancées.

Ce criminologue évoque, en tout cas, des évolutions comportementales souvent décrites par les policiers de terrain : «Les individus sont moins tolérants aux remarques et manifestent une certaine impatience. Ils acceptent moins l'autorité. Ils sont plus impulsifs, et le passage à l'acte devient plus rapide», déclare-t-il. «Il ne faut pas négliger non plus l'effet de groupe qui favorise l'anonymat des auteurs d'infractions à la chaîne», estime-t-il. À l'entendre, le phénomène de bande nourrit la violence aussi sûrement que l'absence de sanction adaptée entretient l'impunité.

 

Source : Le Figaro.fr

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