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En 2017, le chiffre d’affaires de la compagnie ferroviaire a grimpé de 4,2% et le bénéfice a plus que doublé. Mais le groupe reste confronté à un fort endettement.
 
SNCF 28 02 2018
Guillaume Pepy, le président du directoire du groupe SNCF, lors de la présentation des résultats 2017 de son
entreprise, à Saint-Denis, le 27 février. BENOIT TESSIER / REUTERS

C’est à un curieux exercice d’équilibriste que s’est adonné, mardi 27 février, Guillaume Pepy, le président du directoire du groupe SNCF, lors de la présentation des résultats 2017 de son entreprise. Au moment où le Premier ministre Edouard Philippe expliquait que la situation de la compagnie était devenue intenable et annonçait une réforme choc du groupe public ferroviaire, ce dernier présentait des résultats financiers plus que solides.

Pendant une heure, le dirigeant s’est évertué devant la presse non seulement à éviter tout commentaire sur la réforme lancée par le gouvernement, mais aussi à atténuer les résultats financiers pourtant remarquables après plusieurs années moribondes.

Le chiffre d’affaires du groupe a grimpé de 4,2% en 2017, à 33,5 milliards d’euros. La marge opérationnelle a, elle, décollé de 16% à plus de 4,5 milliards d’euros. Quant au bénéfice du groupe, 1,3 milliard d’euros, il a plus que doublé en un an !

Dette structurelle du réseau

De quoi sabrer le champagne ? Pas vraiment : « Il faut plutôt se fier au résultat net récurrent, qui s’affiche à 679 millions d’euros, car nous avons d’importants effets comptables, liés à la fiscalité », tempère Guillaume Pepy, avant d’ajouter que « malgré ces performances, nous n’arrivons toujours pas à couvrir la situation financière de SNCF Réseau, structurellement déséquilibré. Le gestionnaire de l’infrastructure reste lourdement pénalisé par une dette nette de 46,6 milliards d’euros, qui a encore augmenté de 1,7 milliard en 2017. »

Pis, à cette dette structurelle du réseau, il faut ajouter la dette commerciale de SNCF Mobilité qui atteint 7,9 milliards d’euros, soit un endettement global du système ferroviaire français qui atteint 54,5 milliards d’euros.

Pour couvrir une telle dette, qui génère plus de 1 milliard d’euros de frais financiers chaque année, il faudrait au bas mot 80 années de bénéfices annuels équivalents à celui de 2017. Un objectif inatteignable, selon la SNCF, si les réformes proposées le 26 février par le gouvernement ne sont pas appliquées, et notamment l’arrêt du recrutement au statut de cheminot et la transformation de l’entreprise publique en société anonyme.

Toujours plus de voyageurs

En dehors de la problématique de la dette, toutes les grandes divisions de la SNCF ont repris des couleurs. C’est avant tout le cas de SNCF Voyages, qui a profité à plein du redémarrage de l’économie. « Les TGV ont accueilli dix millions de voyageurs de plus en un an. Je crois que je n’avais jamais vécu cela ! », s’est exclamé M. Pepy.

L’ouverture concomitante de trois nouveaux tronçons de ligne à grande vitesse (LGV) entre Tours et Bordeaux, en Bretagne et dans l’Est de la France a dynamisé l’activité TGV. Ainsi, la SNCF a même fait mieux qu’espéré sur la ligne entre l’Ile-de-France et l’Aquitaine. Au lieu de perdre 90 millions d’euros sur l’exploitation de cette nouvelle LGV, la SNCF n’a perdu « que » 70 millions d’euros…

Pour relancer ses TGV, l’entreprise avait également parié sur l’augmentation des offres à tarif abordable. Le « pass TGV Max », qui propose aux jeunes de prendre le train via un abonnement mensuel, et le développement de l’offre Ouigo, le train à petit prix, dont la fréquentation a doublé en un an pour atteindre 7,7 millions de passagers, ont apporté les « volumes » attendus sans totalement peser sur la marge du TGV.

Le fret encore plombé

En 2017, le taux de rentabilité du TGV s’est un peu rétabli, à 13%, alors qu’il flirtait avec les 10% en 2014, tandis que la marge opérationnelle de SNCF Voyages a doublé pour atteindre 14,7%, à près de 1,2 milliard d’euros.

Même satisfaction pour les trains de quotidien. Le chiffre d’affaires des TER, Transiliens et autres intercités a cru de 2,5%, avec près de 5% de voyageurs transportés en plus. La filiale Keolis (bus) est également toujours dans le vert, avec une croissance de ses revenus de 6% et une marge opérationnelle qui poursuit sa croissance, tandis que Gares & Connexions est toujours aussi profitable pour le groupe avec ses 17,2% de marge opérationnelle.

Autre point fort, sa branche logistique, qui maintient son chiffre d’affaires au-delà de 10 milliards d’euros, soit un tiers de l’activité du groupe. Sa marge opérationnelle, à plus de 400 millions d’euros, reste toujours plombée par l’activité de Fret SNCF, qui ne voit toujours pas le bout du tunnel après dix ans de pertes.

« En 2017, Fret SNCF a encore essuyé 120 millions d’euros de marges négatives du fait notamment des baisses de volumes céréaliers et de la sidérurgie, rappelle M. Pepy. Nous avons commandé une étude sur la pertinence de cette offre à l’avenir, et elle s’est avérée positive avec un marché qui devrait progresser de 1 % à 1,5 % dans les années à venir. Pour y répondre, nous présenterons au printemps un plan spécifique pour cette activité. »

Plans d’économies

Au-delà de la bonne dynamique de toutes ces activités, le groupe a poursuivi la mise en place de ses plans d’économies, ce qui a permis de réaliser 830 millions d’euros de gains de productivité en 2017, en optimisant le parc roulant et la distribution, en réalisant des économies d’énergie ou encore en réduisant de 5% ses frais généraux.

« SNCF Réseau a également apporté son écot, avec près de 150 millions d’euros d’économies sur son activité, rappelle Patrick Jeantet, le patron du gestionnaire d’infrastructure. Nous sommes au-dessus de notre plan de marche. D’ici à cinq ans, nous devrons réaliser 500 millions d’euros d’économies, et 1,2 milliard en 2027. Cela suffit à infléchir à la marge la trajectoire ascendante de la dette, mais pas encore à la contenir. »

Ces économies ne devraient être que le début. Le groupe public devra encore améliorer sa gestion et réduire ses coûts afin non seulement de résister à l’ouverture de son marché à la concurrence, mais aussi s’il veut que l’État lui reprenne une part de sa dette d’ici à la fin du quinquennat. Edouard Philippe a été très clair, mardi, en présentant sa réforme du secteur.

 

Source : Le Monde.fr

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