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L'ancienne organisatrice du grand débat affirme ce vendredi 25 janvier que le dispositif est faussé par le cadrage établi par le gouvernement.

Jouanot 26 01 2019
Chantal Jouanno est présidente de la CNDP. - Capture d'écran LCI

"Nous n'avions pas prévu de faire une opération de communication, on avait prévu de faire un grand débat". Ce vendredi 25 janvier, Chantal Jouanno, présidente de la Commission nationale du débat public (CNDP), abandonne la prudence qu'elle avait adoptée jusqu'alors quant à l'indépendance du dispositif lancé par Emmanuel Macron pour tenter de sortir de la crise des gilets jaunes. "Le grand débat est faussé", enfonce-t-elle sur LCI, confirmant les craintes qu'avaient déjà émises la CNDP dans son rapport de fin de mission du 14 janvier.

"La réponse est déjà faite"

Le cadrage du grand débat, circonscrit aux quatre thèmes retenus par le gouvernement sur un site dédié (granddebat.fr), est une hérésie d'après la présidente de la CNDP. "Quand vous procédez uniquement par un questionnaire, on sait très bien comment ça se passe, la réponse est déjà faite", dénonce l'ancienne ministre sarkozyste, pour qui c'est "aux Français de choisir les sujets qu'ils mettent sur la table". "C'est un autre exercice, où vous choisissez les questions, qui sont forcément orientées, forcément il y a toujours des biais dans les questions que vous posez. Là par exemple, si vous voulez travailler sur la question du travailleur pauvre et du pouvoir d'achat, des hôpitaux, du handicap il n'y a aucune question portant sur ces sujets."

Celle qui s'était retirée début janvier de l'organisation du grand débat en raison d'une polémique sur son salaire n'avait eu de cesse de mettre en garde l'exécutif contre toute ingérence dans l'organisation de ces discussions. "Nous déconseillons fortement de préciser publiquement avant le débat les 'lignes rouges', c'est-à-dire les propositions que le gouvernement refusera quoi qu'il advienne de prendre en compte, et plus encore les sujets dont il ne veut pas débattre", avait prévenu la CNDP dans son rapport.

Estimant que "les Français ont raison de s'inquiéter" sur la neutralité du remède espéré à la crise des gilets jaunes, Chantal Jouanno déplore que l'exécutif donne dans le mélange des genre en participant directement au grand débat, Emmanuel Macron en tête, comme jeudi lorsque le chef de l'Etat s'est invité à une réunion à Bourg-de-Péage. Si les rencontres du président avec les Français sont "totalement légitimes", utiliser le grand débat pour le faire relève selon elle de la "démagogie".

"Une injustice totale"

Alors que le gouvernement tente de charger la barque de la commission, défaillante selon plusieurs conseillers ministériels cités par Le Parisien, l'ex championne de karaté monte au front et s'insurge contre "une injustice totale" à l'encontre de son institution. Selon elle, la CNDP paie aujourd'hui pour avoir voulu faire valoir son statut d'autorité administrative indépendante contre le dirigisme de l'exécutif.

"C'est beaucoup plus simple de s'attaquer à la CNDP et de dire qu'elle n'avait pas fait son travail, plutôt que de dire qu'on a complètement changé le dispositif, que finalement on a voulu verrouiller les questions", plaide Chantal Jouanno, qui précise que "si le gouvernement a dû tout refaire", c'est parce qu'il ne suit "pas du tout la méthode que nous avions proposée". Amère, celle qui conserve sa fonction de présidente malgré son retrait de l'organisation du grand débat conclut : "Je n'ai pas beaucoup d'illusions sur le fait qu'on nous a écartés parce que la question que nous posions dès le départ, c'était : 'Quelles sont les garanties que vous nous offrez sur le fait que l'exploitation des données et la réponse que vous ferez seront sincères et neutres ?'".

 

Source : Marianne.net

 

 

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