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Jeunes Emploi 20 02 2019
Si le CDI reste la norme, les réformes du marché de l’emploi l’ont singulièrement fragilisé. Photo AFP.

Le taux de chômage est passé sous la barre des 9% pour le dernier trimestre de 2018. « Une très bonne nouvelle ! », s'est empressée de commenter la ministre du Travail Muriel Pénicaud.

Vraiment ? La réalité est davantage à la progression de la précarité qu'au recul du chômage comme l'explique Sabine Issehnane, chercheure associée au Centre d'études de l'emploi et du travail et membre des Économistes atterrés. Le résultat de politiques libérales de casse du marché de l'emploi menées depuis des années.

Un chômage qui baisse : n'est-ce pas contradictoire avec le fait que 90% des créations sont en CDD et que 80% des emplois en CDD sont de moins d'un mois ?

Sabine Issehnane : Le problème aujourd'hui est que les analyses deviennent difficiles du fait que les catégories chômage et emploi sont devenues de plus en plus poreuses. Il y a indéniablement une augmentation des contrats courts et temporaires. Les chiffres de Pôle emploi font d'ailleurs état d'une hausse des catégories B et C, des chômeurs ayant une activité réduite.

Depuis des années, les politiques libérales ont dérégulé le travail, favorisé le recours aux CDD d'usage, facilité les licenciements... C'est tout le problème : on ne cherche pas à réguler le marché de l'emploi.

C'est pourtant ce que prétend faire le gouvernement avec le bonus-malus ?

S.I. : Ce n'est pas de la régulation mais de l'incitation, sur le principe du pollueur-payeur. L'entreprise qui a beaucoup recours à des CDD paye davantage. Autrement dit : si vous payez, vous pouvez continuer à le faire. Il n'est donc pas du tout question de régulation. À noter que des majorations sur les contrats courts ont déjà été mises en place et elles ont été sans effet. Ils ont continué à augmenter. Les CDD d'usage ont été mis en place sur l'idée que certaines activités étaient intrinsèquement temporaires. Le problème est que l'on ne se demande pas pourquoi ils ont ainsi explosé au niveau des embauches car dans le stock d'emplois, le CDI reste majoritaire. Est-ce lié à l'activité économique ? Est-ce parce que les politiques menées le favorisent ? Est-ce que les entreprises les utilisent à bon escient ? Encore faudrait-il que l'on ait les moyens de le savoir et de le vérifier. Si l'usage d'un CDD d'usage répond à des contraintes spécifiques, le manque de moyens de l'Inspection du travail empêche de faire les vérifications nécessaires.

Le CDI est toujours la norme dans le stock d'emplois dites-vous. Reste-t-il pour autant protecteur ?

S.I. : Le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux faisait encore hier, dans une interview sur France Inter, une distinction entre contrat temporaire et CDI. Je ne pense pas que cette dichotomie soit toujours pertinente. Toutes les réformes libérales, les ruptures conventionnelles, la baisse des indemnisations aux prud'hommes... ont des effets.

Aujourd'hui, 45% des CDI signés par des jeunes sont rompus dans l'année. Plus globalement, un tiers des CDI sont résiliés dans la première année, que ce soit du fait de l'employeur ou de l'employé. La Dares [département statistique du ministère de l'Emploi] vient de sortir une étude sur les ruptures conventionnelles : 437.000 ont été enregistrées en 2018. Autant d'éléments qui montrent que les politiques libérales de casse du marché du travail ont fragilisé le CDI qui n'est plus aussi protecteur que ce qu'on aime à le dire. C'est pour cela que je pense que la question essentielle que l'on doit se poser est celle de la re-régulation du marché de l'emploi. Or, elle n'est pas du tout abordée.

 

Entretien réalisé par Angélique Schaller

 

Source : Lamarseillaise.fr

 

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