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Loiseau 09 05 2019
Nathalie Loiseau enchaîne les balourdises dans sa campagne. - KENZO TRIBOUILLARD / AFP

Nathalie Loiseau multiplie sans talent les piques contre l'épouvantail qu'elle s'est choisi, le Rassemblement national. Au risque de laisser de côté ce qui était le marqueur d'Emmanuel Macron : son projet pour l'Europe, et même d'inquiéter les ralliés.

Sur le moment, on aurait pu penser à l’énième maladresse d’une candidate toujours aussi peu rompue à l’art de la politique. Nathalie Loiseau, tête de liste de la majorité pour les élections européennes, a cru spirituel lors d’un meeting qui se déroulait à Caen ce lundi 6 mai de multiplier les comparaisons historiques hasardeuses. Pour elle, la participation de membres du gouvernement et du Premier ministre à sa réunion publique était à placer au rang de « débarquement allié » et le scrutin du 26 mai 2019 n’était rien d’autre que son « D-Day ».

Ces balourdises renvoient en réalité au péché originel de cette campagne. Emmanuel Macron a de longue date théorisé la première élection intermédiaire de son quinquennat comme une lutte entre « populistes et progressistes », qu’il rêvait comme une redite du second tour de l’élection présidentielle. Lui face au Rassemblement national. Le 4 mars, en diffusant une tribune intitulée « Pour une renaissance européenne », il avait semblé vouloir recentrer le débat autour de son ambition européenne organisée autour de trois piliers : la liberté, la protection et le progrès.

Mais c’est bien la première feuille de route que Nathalie Loiseau a suivie et déclinée à très gros traits depuis son entrée en campagne mémorable sur le plateau de L’Emission politique de France 2 le 14 mars. Dans ce qui apparaît comme un contre-emploi total, celle qui a été présentée comme une spécialiste de l’Europe (ce qui ne signifie pas experte du parlement européen, c’est le problème à venir) se retrouve embringuée dans une campagne politicienne et surtout très manichéenne contre le RN. « Le nationalisme, c’est la guerre », a t-elle ainsi jugé bon de clamer depuis le parvis du mémorial de Caen, plagiant sans inspiration le testament politique européen de François Mitterrand pour tenter d’égratigner son adversaire Jordan Bardella. Pour ne rien arranger, répondant à un journaliste de l’Obs, elle a ensuite déclaré vouloir mener un « blitzkrieg positif » d’ici au scrutin. Comme si chaque jour, la diplomate s’attachait davantage à martyriser les symboles.

Nathalie Loiseau et Jordan Bardella chérissent leur face à face

De cette succession de déclarations, ressort avant tout l'impression d'une dramatisation caricaturale et finalement bien vaine. Les projections effectuées donnent le PPE, et non les forces nationalistes, en tête du scrutin au niveau européen. Cette fébrilité n’est finalement que le reflet de la sérieuse angoisse qui commence à poindre dans la majorité. Les sondages d’intentions de vote publiés au début de l’année avaient marqué une divine surprise pour le camp présidentiel qui s’était découvert devançant le Rassemblement national, porté par sa thématique de l’ordre face aux gilets jaunes. Sonne désormais l’heure de la douche froide. Plusieurs instituts ont enregistré un croisement des courbes, plaçant la liste du Rassemblement national légèrement en tête (22% contre 21,5% pour la majorité pour l'Ipsos, 22,5% pour le RN contre 21,5% pour LREM pour l'Ifop). Ce duo de tête se complait, seul, dans le club des intentions de vote à plus de 20%. Cette solitude des (petits) sommets, les deux camps la chérissent et l’entretiennent. Au point que Nathalie Loiseau et Jordan Bardella ont accepté un face à face sur BFMTV le 15 mai prochain.

D’ici là, la liste de la majorité aura au moins dévoilé son programme. « Le projet Renaissance is coming », a promis via Twitter Stéphane Séjourné, le directeur de campagne de la liste LREM. Et certains sont déjà impatients de le lire. Mardi, le député européen centriste Jean Arthuis a annoncé son soutien à la liste macronienne. Mais ce vieux routier de la politique, quatre fois ministre sous François Mitterrand et Jacques Chirac, a lancé au passage cette mise en garde explicite que beaucoup répètent sous le manteau depuis quelques semaines : « J’attends de la liste Renaissance conduite par Nathalie Loiseau qu’elle développe sa vision, son ambition, son projet. » Ce très bon connaisseur de l’Union, actuel président de la commission des Budgets du parlement européen, a également exhorté sa candidate à tenir « la campagne et le débat à distance des considérations franco-françaises qui discréditent notre pays dans sa capacité à influencer l’union. » Une alerte sur les séquelles de long terme que pourrait laisser, quelle qu’en soit l’issue, une campagne aussi bâclée.

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Source : Marianne.net

 
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