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GE 29 05 2019
Crédits photo : SEBASTIEN BOZON/AFP

VIDÉO - Sur les 4000 emplois de l’usine de Belfort, 1044 vont être supprimés. Emmanuel Macron a affirmé mardi que le gouvernement s’assurerait que les engagements pris par GE en 2015 seraient tenus.

À Belfort, c’est la douche froide. Les salariés de General Electric (GE) et les élus locaux savaient qu’un plan social était inévitable, mais celui dévoilé mardi matin par le conglomérat américain est pire qu’ils ne l’imaginaient. Ils s’attendaient à la disparition de 800 à 1000 emplois, alors que GE annonce vouloir finalement en supprimer 1044: 792 dans la branche des turbines à gaz, en difficulté, et 252 dans les services supports de ces activités (informatique, comptabilité…).

C’est un quart des effectifs totaux du groupe américain dans le département (4300 personnes) et la moitié de ceux de l’activité turbines à gaz, forte de 1900 personnes. Pour certains syndicalistes, une telle hémorragie est même déjà un premier pas vers la fermeture totale de cette activité. Avec des équipes réduites, il lui sera difficile de prendre à l’avenir des commandes importantes. Et fermer une «petite» production est plus facile que de s’attaquer à une grosse.

Sentiment de trahison

Les élus locaux avaient bien compris qu’aucune annonce officielle ne serait faite avant les élections européennes. GE n’aura attendu que 36 heures après le scrutin pour officialiser ce plan social, qui tombe mal pour le gouvernement. Ce dernier a accumulé ces derniers temps les difficultés sur les dossiers industriels brûlants, comme ceux de Ford Blanquefort ou de l’aciérie Ascoval, reprise par le groupe anglais British Steel… depuis tombé en faillite. Et ce genre d’annonce fragilise les propos de Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie, qui a exigé mardi que le projet de fusion entre Renault et Fiat n’entraîne aucune fermeture d’usine en France.

Les déboires de GE sont un terrain miné pour l’exécutif. C’est à ce groupe américain, alors florissant et ambitieux, qu’a été vendue, après moult débats, en 2015 la branche énergie d’Alstom sous l’égide du ministre de l’Économie d’alors, Emmanuel Macron. À l’époque, l’Américain s’était engagé à créer 1000 emplois en France. Même si la branche turbine à gaz, victime de l’actuelle restructuration, a été vendue à GE dès 1999 et ne faisait donc pas partie de ces engagements, le sentiment de trahison reste fort à Belfort. «Le gouvernement nous avait demandé d’élargir les routes pour accélérer le transport des turbines. Nous nous sommes tous engagés pour cela, et aujourd’hui, GE supprime 1050 postes», note Florian Bouquet, président (LR) du conseil départemental de Belfort.

Chute de la production

Mais Bercy ne peut que prendre acte des difficultés de General Electric, piégé par le retournement du marché de ses activités énergie et qui mène à marche forcée un plan de restructuration mondial, avec 12.000 suppressions de postes à la clé. Le déclin de l’activité à Belfort est indéniable: plus de 100 turbines à gaz par an y étaient produites il y a dix ans, contre 29 l’an dernier.

Les syndicats estiment toutefois que le conglomérat a aussi sa part de responsabilité dans cette chute brutale : il a envoyé vers son usine américaine une partie de la production réalisée autrefois en France et désorganisé les services de cette unité, plombant les commandes. De plus, l’activité des turbines à gaz est cyclique. Aujourd’hui malmenée, elle pourrait se réveiller d’ici à cinq ans, estiment certaines organisations syndicales. GE, de son côté, n’attend aucune amélioration avant 2040.

3000 emplois directs et indirects menacés

Pour l’agglomération et le département (145.000 habitants), ce plan social massif est un coup dur. «Un emploi chez General Electric, c’est aussi un emploi chez les sous-traitants et un emploi dans le commerce de proximité ou les activités annexes», rappelle Florian Bouquet. Quelque 3000 emplois directs et indirects sont menacés dans le département, a confirmé mardi Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie.

Les élus locaux, qui font front commun pour l’occasion, ont déjà frappé ces dernières semaines aux portes de l’Élysée et de Bercy. Objectif : faire monter la pression pour accélérer l’implantation de nouvelles activités industrielles, susceptibles de profiter des compétences des salariés licenciés. Plusieurs pistes sont à l’étude. Belfort pourrait par exemple accueillir la fabrication de moteurs à hydrogène. Safran pourrait aussi y installer la production de turboréacteurs pour l’aéronautique car elle se rapproche de celle des turbines à gaz.

Enfin, le plan de grand carénage, étudié par EDF pour prolonger la durée de vie des réacteurs nucléaires, pourrait, s’il voyait le jour, permettre de créer ici des emplois. Et dans les deux derniers cas, une impulsion donnée par l’État pourrait être décisive. «Pour l’instant, rien n’a abouti, mais nous avons le sentiment que, du côté du gouvernement, ces pistes ont été approfondies», indique Florian Bouquet.

Bruno Le Maire, en tout cas, s’est engagé mardi à préserver «l’avenir industriel de Belfort» et à être «aux côtés» des salariés. Puis, dans la soirée, Emmanuel Macron a affirmé que le gouvernement s’assurerait que les engagements pris en 2015 par GE seraient tenus. «Le gouvernement est à l’œuvre et les engagements qui avaient été pris par General Electric devront être tenus», a déclaré le président français après un Conseil européen à Bruxelles, en affirmant «la mobilisation de tout le gouvernement pour que toutes les solutions soient trouvées». Emmanuel Macron a également précisé avoir une pensée pour les salariés et leur «angoisse» ainsi que pour les élus de la région de Belfort qui sont «très préoccupés». La première réunion de négociation entre la direction de GE et les représentants syndicaux est prévue mi-juin.

 

Source : Le Figaro.fr

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