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Prostitution Reseaux Sociaux 06 06 2019
Les «deux tiers des activités de la prostitution passent par les nouvelles technologies», pointe le dernier rapport de
la Fondation Scelles. - Crédits photo : Bruno LEVESQUE/© Bruno LEVESQUE / IP3.

«Applis» de tchat, de location d’appartement ou de voiture avec chauffeur : le proxénétisme s’est immiscé dans les nouveaux usages.

Réseaux sociaux, plateformes d’annonces ou catalogue d’escorting en ligne, forums… Les «deux tiers des activités de la prostitution passent par les nouvelles technologies», pointe le dernier rapport de la Fondation Scelles sur l’exploitation sexuelle dans le monde, publié mardi.

WhatsApp, Tinder, Facebook, Instagram, Snapchat : «Les réseaux sociaux sont utilisés par les proxénètes, les trafiquants, les pédophiles pour attirer et recruter leurs proies, puis les exposer et les vendre à d’autres prédateurs», souligne le rapport. L’«ubérisation» de la prostitution débute avec des offres en ligne et s’organise ensuite via des transports en Uber, puis des passes dans des appartements loués, notamment sur la plateforme Airbnb. Signe de cette évolution, la prostitution de «rue» cède le pas à l’exploitation sexuelle 2.0. «Pour la première fois en 2017, le pourcentage de victimes identifiées exerçant sur la voie publique était inférieur à celui des victimes exerçant “en prostitution logée”», souligne le rapport, citant une note du ministère de l’Intérieur du 2 mai 2018.

«Lovers boys»

Cette prostitution 2.0 s’est accompagnée d’une montée en puissance du nombre de victimes mineures. Le «proxénétisme des cités», qui touche en majorité des jeunes filles en rupture et en quête d’argent facile, s’est développé depuis quelques années sur ce modèle. L’OCRTEH (Office central pour la répression de la traite des êtres humains) estime ainsi que les mineurs représentent 15% des victimes identifiées en 2017. La Fondation Scelles alerte également sur le phénomène des «lovers boys». «Ces nouveaux proxénètes repèrent sur la Toile des jeunes filles à partir de 13 ou 14 ans avec un comportement un peu risqué et qui semblent vulnérables. Ils les séduisent, leur demandent des photos ou des vidéos d’elles dénudées, les isolent, leur offrent de la drogue, décrit Yves Charpenel, président de la Fondation Scelles et premier avocat général honoraire à la Cour de cassation. Une fois qu’elles sont accrochées, déphasées, ils les font travailler et puis les revendent à d’autres comme le feraient des trafiquants “classiques”.»

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Cette prostitution en ligne croissante, invisible et plus difficile à appréhender, est-elle une conséquence de la loi d’avril 2016, qui a instauré la pénalisation des clients de prostituées ? La Fondation Scelles, très impliquée en faveur de ce texte abolitionniste, attribue plutôt cette évolution à «l’émergence constante d’Internet dans nos vies». Elle recommande à présent de muscler la législation. Certes, l’année dernière, le site français de petites annonces Vivastreet a suspendu sa rubrique «rencontres» après l’ouverture d’une information judiciaire pour «proxénétisme aggravé». «Cette lutte serait facilitée par un nouveau texte qui impose aux hébergeurs et fournisseurs d’accès à Internet l’obligation de bloquer les annonces “frauduleuses”, plaide Yves Charpenel. Les États-Unis se sont déjà adaptés à cette transformation de la prostitution. Depuis l’adoption des lois Sesta et Fosta en avril 2018, les fournisseurs d’accès sont tenus pour responsables des publications d’annonces de trafics d’êtres humains publiées sur leur site.»

 

Source : Le Figaro.fr

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