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·         Didier Porte et Stéphane Guillon se sont offert un bain de foule hier, mercredi 1er juillet, sur le parvis de la maison de Radio France, à Paris. A l’appel de l’intersyndicale de Radio France (CFDT, CFTC, CGT, SNJ et Sud), plusieurs centaines d’auditeurs se sont rassemblés pour protester contre le licenciement des deux humoristes-chroniqueurs de France Inter.

Dider Porte fumait nonchalamment au milieu d’une foule compacte de sympathisants. Une journaliste l’interpelle. Grave, l'ex-chroniqueur de la Matinale et du Fou du roi, parle d'une éviction «sans ménagement» et «injuste» décidée par le patron de Radio France, Jean-Luc Hees. «Je suis inquiet pour France Inter. J’ai l’impression qu’on est en train de la casser. C’est quand même bizarre qu’on supprime de la journée les deux moments, les deux programmes qui font le plus d’audience. Alors bien sûr c’est une station de service public… il n’y a pas que l’audience qui compte mais….»  Stéphane Guillon fend la foule d’auditeurs qui lui offre une ovation et rejoint son collègue d’infortune sur une petite estrade.

Stéphane Guillon est bref : «On voulait vous remercier d’être venus aussi nombreux, vous remercier pour vos mails, on en a eu 100.000 en quelques jours. Didier et moi, on reviendra dans cette maison parce que c’est chez nous, c’est surtout chez vous.» Didier Porte lance une dernière chronique avec le ton radio que les auditeurs venus le soutenir reconnaissent immédiatement. Les auditeurs jubilent.  

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A la rescousse sur la tribune, François Rollin, l'ancien “Professeur Rollin” qui travaille désormais sur  France Culture, appelle au boycott de France Inter à la rentrée. «Je viens déplorer comme vous la disparition de deux chroniques de grande qualité qui ont toujours obéi aux lois du genre que Philippe Val en principe connaît bien. Le droit à la caricature, l’outrance joyeuse, la licence humoristique. On adorait ça. Je trouve consternant que Philippe Val et Jean-Luc Hees, qui furent pourtant en leurs temps de courageux défenseurs de la liberté d’expression, sacrifient la couleur et l’originalité d’une antenne publique aux caprices despotiques du président de la République puéril qui les a nommés.»

 Apparition de Christophe Alévêque, chroniqueur et humoriste sur Europe 1 : «Je ne vais pas le cacher. Stéphane Bern m’a appelé pour éventuellement revenir dans l’émission. Et je ne sais pas quelle position prendre. Je pense que ça serait une occasion de voir quelle serait la réaction de la direction en voyant qu’en coupant une mauvaise herbe il y en a une autre qui repousse.»

A l’écart sur la chaussée, François Morel, dernier trublion de la Matinale a le cafard. «La Matinale est un peu carbonisée en ce moment et j’ai pas tellement le cœur à rire.» Il poursuit : «Si on lisait tous les Charlie Hebdo auxquels Jean-Luc Hees a participé, on verrait qu'il y avait de l’insolence, de l’injure depuis des années. Quand on se sent attaqué on appelle ça de l’injure, sinon on appelle ça de l’esprit libre. Je trouve que les deux humoristes représentaient une forme d’insolence et d’esprit libre qui manqueraient s’ils disparaissaient.»

Lionel Thompson, journaliste à France Inter et secrétaire général du SNJ-CGT, se glisse dans la foule avec une poignée de collègues. Ils viennent «défendre la liberté de ton sur les ondes, dans l’humour ou dans le journalisme». Ils n’ont pas apprécié la manière dont l’équipe de la Matinale s’est désolidarisée des deux humoristes sur le plateau du grand Journal de Canal + au début du mois de juin. Son journaliste principal, Nicolas Demorand, avait déclaré : «J'ai trouvé que cette chronique n'était pas drôle, qu'elle était vulgaire. Ce n'est pas la radio que je veux faire.»

«L’opinion qu’ils ont exprimée n’était pas celle d’une bonne partie de la rédaction. Ils l’ont fait en plus sur un plateau de télé…  Ce n’était pas correct, c’était déplacé», estime Lionel Thompson. Avant de continuer : «On pouvait accepter le débat sur le positionnement de la chronique dans la matinale. Car, c’est vrai, ça peut poser des problèmes de crédibilité au journaliste quand c’est à proximité de l’édito politique ou à proximité de l’interview du matin. Le problème est que depuis l’arrivée de Jean-Luc Hees et  Philippe Val, Guillon est dans le collimateur et Porte aussi. Donc parler de cette affaire publiquement, c’était leur assener le coup fatal.»

Vanessa Descouraux, grand reporter à Radio France, dix ans de maison, approuve : «Porte et Guillon portent l’audience de la matinale. Inter était considéré pendant très longtemps comme une radio de vieux. Ces dernières années, l’audience s'est rajeunie grâce à ces personnes-là, grâce à ces humoristes parce que les jeunes trouvent la vidéo sur Dailymotion. Et la rédaction de la Matinale est portée par ces moments forts de radio. Ces mecs qui sont innovants, qui sont trash parfois, qui voient juste souvent, ont aussi le droit de se planter parfois. Ils ont mené la tranche d'info du matin de France Inter au haut niveau où elle est aujourd'hui.»

Chez les auditeurs, au mieux, dominent l’incompréhension et la déception, au pire, la consternation et la colère. Joël Boutan, 65 ans, est auditeur de France Inter depuis plus de quarante ans : «Dans les années 80, les émissions comme L’oreille en coin, Rien à cirer ou le Tribunal des flagrants délires avec Pierre Desproges et un Claude Villers, c’était vraiment du poil à gratter pour les hommes politiques. C’était fantastique.» «Cet humour dont Didier Porte et Stéphane Guillon sont les héritiers aujourd’hui, je l’apprécie beaucoup. Ça serait vraiment dommage de s’en priver à la radio», ajoute-t-il.

Du cas Porte/Guillon, les discussions glissent souvent sur la nouvelle grille des programmes pour la rentrée 2010. Six émissions de France Inter disparaissent. Sur Internet, des pages Facebook appellent à la résistance et des pétitions circulent. 


Source :
Mediapart

 

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