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Nous, on ne part pas, histoire de ne pas changer depuis 6 ans... pas les moyens. Par contre, on fermera 15 jours en Août je pense, soyez prévenus.

Amitiés,

f.

Vacances 29 07 2019
Jérôme Fourquet. - Crédits photo : François BOUCHON/Le Figaro

INTERVIEW - Montée en gamme d’offres autrefois populaires, fragmentation des destinations, frustration de la classe moyenne… L’auteur de L’Archipel français (éditions du Seuil), Jérôme Fourquet, analyse les fractures françaises à l’œuvre dans la grande transhumance estivale.

LE FIGARO - Votre étude Ifop pour la Fondation Jean-Jaurès et l’Unat montre que deux tiers des Français ont déjà été contraints de renoncer à partir en vacances pour des raisons financières ces dernières années. Est-ce plus qu’auparavant? Quelles classes de la population sont concernées?

Jérôme FOURQUET - Selon notre étude, 40% des Français ont renoncé plusieurs fois à partir sur les cinq dernières années. Ce volume important nous rappelle que la transhumance estivale ne concerne pas toute la population. Cette tendance va s’accroissant ces dernières années, notamment dans le bas de la classe moyenne fragilisée, qui est obligée de pratiquer des ajustements dont le budget vacances est bien souvent la première victime. Ainsi 61% des Français disant se reconnaître dans le mouvement des «gilets jaunes» affirment avoir dû renoncer «souvent» à des vacances pour raisons financières. Dans une société qui privilégie les loisirs, où les vacances sont un must-have, ce renoncement est un marqueur de déclassement douloureusement ressenti. Les réseaux sociaux, sur lesquels chacun met avantageusement en scène ses vacances, alimentent ce sentiment de frustration parmi ceux qui ne peuvent plus partir.

Vous mettez en avant une montée en gamme de l’offre touristique. Par quoi se traduit-elle ?

C’est un phénomène que l’on retrouve dans tous les secteurs de la consommation : la montée en gamme ou «premiumisation». Elle touche notamment les offres d’hébergement, en particulier les structures d’accueil historiquement dédiées aux publics populaires, comme les villages vacances ou les campings, aujourd’hui renommés «hôtelleries de plein air». Récemment, à Quiberon en Bretagne, des campeurs ont manifesté pour s’opposer à la transformation de leur camping familial 2 étoiles en un camping de standing 5 étoiles, avec à la clé un ticket d’entrée inévitablement rehaussé. La multiplication des mobile-homes, en lieu et place des emplacements pour tentes ou caravanes dans les campings, constitue le symptôme de cette premiumisation qui rend les vacances moins accessibles au bas de la classe moyenne. Outre l’hébergement, la hausse des coûts se retrouve aussi dans les transports. La SNCF, qui a historiquement joué un rôle central dans la démocratisation des vacances (avec notamment les billets annuels de congés payés), se comporte de plus en plus comme une compagnie aérienne, avec des prix ajustés en fonction de l’offre et de la demande - ce qu’on appelle le yield management. Au mois d’août, un aller-retour Paris-Vannes pour une famille avec deux enfants coûte 400 euros. Même prix (péage et essence) pour un aller-retour Lille-Fréjus ou Amiens-Cannes.

« Face à ce renchérissement de l’offre nationale, on observe un phénomène de délocalisation des vacances, avec des promotions all inclusive défiant toute concurrence, s’adressant à la classe moyenne »

La grande bleue devient de moins en moins accessible, même en voiture, pour les salariés du nord-est de la France qui descendent chaque été depuis plusieurs générations vers la Méditerranée. Face à ce renchérissement de l’offre nationale, on observe un phénomène de délocalisation des vacances, avec des promotions all inclusive défiant toute concurrence, s’adressant à la classe moyenne. Alors que les vacances standards en France sont devenues difficilement abordables, vous pouvez vous payer une semaine à Djerba tout compris pour deux personnes pour 500 euros. Dans le même temps, la classe supérieure est à la recherche de l’authenticité (le «No fake», comme l’a baptisée Jean-Laurent Cassely). Ces classes favorisées manifestent également un souci environnemental et certaines, comme on le voit déjà dans les pays nordiques, ne veulent plus prendre l’avion, préférant des destinations locales «premiumisées». Si ces tendances se confirment et s’amplifient, on pourrait assister dans les prochaines années à une inversion des situations: un recours croissant de la classe moyenne aux vols charters quand les plus favorisés se détourneraient de l’avion!

Y a-t-il encore des lieux qui rassemblent tout le monde ou bien, là aussi, l’archipelisation règne ?

60% des Français partent en vacances cet été. C’est donc un phénomène qui reste massif, malgré une grande fragmentation. Dans des endroits comme la Côte d’Azur, il y a encore une grande diversité sociale : des campings populaires jouxtent des villas de luxe… sans pour autant que l’on se côtoie ! Ce qui caractérise désormais la transhumance estivale, c’est la premiumisation, la segmentation et l’individualisation. Le mobile-home remplace la tente, et les camping-cars, symboles de mobilité et d’indépendance, connaissent un véritable engouement.

Les colonies de vacances étaient un lieu de brassage social. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Ici aussi, les deux phénomènes les plus marquants sont la montée en gamme et la diversification. On le voit notamment avec le déclin des séjours proposés par les comités d’entreprise. Aujourd’hui, les salariés ne veulent plus choisir sur catalogue mais à la carte, ils ne veulent pas de package mais préfèrent des chèques-vacances qu’ils peuvent utiliser à leur guise, avec une multiplication des destinations. Finies les vacances de trois semaines-un mois dans un même lieu : on fragmente, on bouge, on change chaque année. Cette individualisation se retrouve dans les colonies de vacances. On observe d’abord une baisse quantitative : de 4 millions d’enfants dans les années 1960, on est passé à 800.000 aujourd’hui, provenant désormais majoritairement de milieux populaires. Mais on observe aussi un phénomène de montée en gamme et de diversification : des séjours à thème (linguistiques, sportifs) organisés par des structures privées, avec là aussi une atomisation de l’offre et de la demande.

 

Source(s) : Le Figaro.fr via Contributeur anonyme

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