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Dette 22 08 2019
Selon la Banque de France, la dette privée en France équivaut à 133,2% du PIB, soit environ 3000 milliards d’euros.
- Crédits photo : afp

DÉCRYPTAGE - En France, l’endettement privé continue de grimper, selon les derniers chiffres de la Banque de France, alors qu’il tend à fléchir ailleurs en Europe.

Comme pour les caisses de l’État, le robinet de la dette est grand ouvert dans le privé. Selon les données de la Banque de France publiées mardi, la dette des ménages et des sociétés privées non financières a grimpé à 133,2% du PIB au premier trimestre 2019, contre 128,6% un an auparavant. Ainsi, l’endettement du secteur privé flirte aujourd’hui avec les 3000 milliards d’euros. Dans le détail, les entreprises sont endettées à 73,3% du PIB, contre 69,7% il y a deux ans. Les ménages, eux, le sont à hauteur de 60% du PIB, un chiffre en constante évolution depuis 2015 et, plus précisément, à 95,5% de leur revenu brut disponible (RDB), soit ce qui est à leur disposition pour consommer ou investir. Chez notre voisin allemand, la tendance est identique, à moindre échelle. Le taux d’endettement, croissant, y est de 92,4% du PIB.

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La quasi-totalité des prêts aux ménages sont conclus à taux fixe

Cet endettement est une conséquence logique de la faiblesse des taux d’intérêt actuels, fruit de l’intervention des banques centrales. Les taux de l’immobilier s’élèvent à 1,2%, notamment, un chiffre au plus bas depuis 70 ans et divisé par 5 sur les 20 dernières années. Ainsi, cet endettement massif a permis d’un côté aux ménages de devenir propriétaires (les crédits immobiliers représentent plus de 80% de leur endettement), de l’autre aux entreprises d’investir et de s’internationaliser. D’ailleurs, les entreprises françaises sont aujourd’hui championnes de l’endettement à l’échelle européenne.

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Philippe Waechter, chef économiste chez Ostrum Asset Management, ne s’inquiète pas d’un endettement aussi fort, tout en y décelant une problématique majeure. «Le risque, c’est le choc. Si l’État a jusqu’ici soigneusement amorti les différents chocs, il manque aujourd’hui de marge de manœuvre, étant donné que son taux d’endettement se rapproche également des 100%», note l’économiste. Ainsi, selon lui, la situation pourrait à terme s’avérer compliquée : «On ne peut pas imaginer s’en sortir en s’endettant encore plus.»

Côté ménages, aucun véritable risque direct ne découle de cet endettement, grâce justement à leur forte propension à s’endetter dans l’immobilier. «On connaît l’engouement des Français pour l’immobilier, sourit Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’épargne. Environ 60% des Français sont propriétaires et il est vrai que la pierre est une valeur refuge», note-t-il. En effet, dans ce secteur, la quasi-totalité des prêts sont conclus à taux fixe. Ainsi, même dans l’hypothèse d’une remontée soudaine des taux - que les deux économistes jugent très peu probable à court terme -, le niveau d’endettement des ménages n’en serait pas changé.

Cet optimisme ne s’applique pas aux entreprises, lesquelles empruntent majoritairement (environ 56%) à taux variable et sont donc plus exposées au risque. L’hypothèse d’une hausse soudaine des taux aurait alors des conséquences lourdes, provoquant faillites et licenciements en série. Toutefois, pour l’économiste d’Asset Management, un tel scénario est très peu probable. «Les entreprises françaises ne sont pas les seules à avoir ce type de problématique. C’est aussi une situation qui limite la capacité des banques centrales à être plus restrictives dans leur politique», explique-t-il. En effet, en prenant en compte l’endettement massif des entreprises, force est de constater que les banques centrales ne peuvent se permettre de pratiquer des hausses soudaines des taux. «On a encore du temps, reprend Philippe Waetcher, on doit l’utiliser pour retrouver des marges de manœuvre qui permettraient d’amortir un éventuel choc».

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Une estimation partagée par Philippe Crevel. «Une hausse soudaine des taux signifierait qu’on entrerait dans une crise systémique grave et que la BCE ne serait plus capable de les maîtriser», explique-t-il. En revanche, selon lui, un autre risque, relativement éloigné dans l’immédiat, pèse sur les entreprises : celui de la récession. L’économiste rappelle que, naturellement, dès lors que l’on gagne moins, on peine à rembourser ses emprunts. Un schéma qui pourrait faire entrer de nombreuses entreprises dans une spirale négative, aboutissant souvent à la faillite et à l’appauvrissement des banques. En bref, à une crise financière. «C’est une menace à ne pas sous-estimer», alerte enfin le directeur du Cercle de l’épargne.

La tendance européenne est au désendettement

Si l’endettement des acteurs privés français et allemands continue d’augmenter, ce n’est pas le cas du reste de l’Europe. À commencer par l’Espagne, qui connaît une forte baisse. Au premier trimestre, le taux d’endettement du secteur privé perdait quatre points de pourcentage sur un an, pour s’établir à 127,8% du PIB, contre près de 200% en 2011 à la suite de la crise de 2008. En Italie et au Royaume-Uni, le taux d’endettement privé a également tendance à baisser, même s’il reste particulièrement élevé outre-Manche, à plus de 150% du PIB.

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«Les taux bas en France ne sont pas l’exception, ils sont dans le monde entier, mais la vraie difficulté de l’économie française est de faire face à cette situation, analyse Philippe Waechter. La plupart des acteurs privés européens ont réussi à réduire leur endettement après la crise de 2008.»

Source : Le Figaro.fr

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