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Carnet Bettencourt

Bataille de dates et de définitions autour d'un témoin. Il ne faut pas y voir la faute du procureur Courroye ou d'une quelconque influence. En tous cas Mme Thibout maintient la finalité de ses propos.

PARIS (Reuters) - L'ex-comptable de Liliane Bettencourt a nié jeudi avoir mis directement en cause Nicolas Sarkozy mais maintenu qu'on lui avait demandé de retirer 50.000 euros pour le financement de sa campagne présidentielle de 2007, a déclaré le parquet de Nanterre (Hauts-de-Seine).

L'Elysée n'en a pas moins estimé que la déposition de Claire Thibout, comptable de 1995 à 2008 de l'héritière de L'Oréal, disculpait "totalement" le président et le trésorier de sa campagne, l'actuel ministre du Travail Eric Woerth.

Dans sa déposition jeudi à la police, Claire Thibout a confirmé qu'elle avait pour mission de retirer de fortes sommes en espèces destinées à des hommes politiques, sans avoir vu directement les remises de fonds, a rapporté le parquet.

Elle est revenu sur certain propos que lui attribue le site internet d'information Mediapart.

"Je n'ai jamais dit que des enveloppes étaient remises régulièrement à M. Sarkozy", affirme-t-elle dans un extrait publié par le site du quotidien Le Figaro.

Mais elle ajoute, selon un autre passage publié par Lemonde.fr : "M. et Mme Bettencourt étaient des personnes généreuses, et il y a eu beaucoup de personnalités politiques qui ont reçu de l'argent", jugeant qu'il était "possible" que Nicolas Sarkozy soit concerné, sans en avoir la preuve.

Claire Thibout a fourni ensuite une série de noms d'hommes politiques reçus chez les Bettencourt, mais sans forcément de lien avec les remises de fonds, selon le parquet.

Elle a maintenu par ailleurs devant les policiers que le gestionnaire de la fortune Bettencourt, Patrice de Maistre, lui avait demandé en 2007 un retrait de 50.000 euros en espèces en lui expliquant qu'il était destiné à Eric Woerth.

LES CARNETS DE BETTENCOURT RETROUVÉS

Confrontée à Patrice de Maistre, qui nie ces dires, au siège de la Brigade financière à Paris jeudi après-midi, la comptable a maintenu sa déposition. "Les deux personnes sont restées sur leur position", a dit la porte-parole du procureur de Nanterre.

L'entourage de Nicolas Sarkozy a parlé de "tournant judiciaire". "(Le témoin) disculpe totalement et clairement le président de la République", a-t-on ajouté.

L'avocat de Claire Thibout a cependant déploré les conditions d'audition de sa cliente à son domicile mercredi jusqu'après minuit, par des policiers dépêchés spécialement dans le sud de la France, qui l'ont ensuite emmenée jeudi à Paris.

"Le mot pressions me semble tout à fait adapté. Je trouve absolument scandaleux l'acharnement du parquet à son encontre", a-t-il dit à Reuters.

Mediapart a maintenu la teneur des entretiens avec Claire Thibout. Ils n'ont pas été enregistrés, a dit un journaliste du site à Reuters mais réalisés en deux temps en présence de tiers.

Les carnets de l'ancienne comptable, un temps disparus, ont par ailleurs été retrouvés chez Liliane Bettencourt, qui avait pourtant déposé plainte pour "vol". Ils ont été remis à la police par l'avocat de l'héritière, Me Georges Kiejman.

LA COMPTABLE "MENT", DIT KIEJMAN

Lors d'une conférence de presse jeudi, cet avocat s'en est pris à la comptable limogée par Liliane Bettencourt. "Elle ment parce qu'elle est blessée dans son amour-propre, blessée d'être écarté de la vie de Liliane Bettencourt", a-t-il estimé.

Sur des photocopies de ces carnets manuscrits sur lesquels Claire Thibout consignait les retraits en espèces et leur usage, montrés par Me Kiejman à la presse, on peut lire la trace d'un retrait de 50.000 euros sur un compte de Liliane Bettencourt à la BNP à la date du 26 mars 2007, évoqué par Mediapart, mais jamais mentionné devant la police.

On voit en regard de cette somme des dépenses domestiques, comme 12.861 euros d'achats pour la cuisine, sans qu'il soit clair s'ils se rapportent ou non au retrait.

On voit aussi à la date de janvier 2007 mention d'un retrait de 100.000 euros avec la mention "Monsieur", apparente allusion à André Bettencourt, décédé en novembre 2007. Georges Kiejman n'a pu dire quel usage signifiait la mention "Monsieur".

"On ne peut pas interroger un mort", a dit l'avocat.

La comptable a déclaré à Mediapart qu'elle portait toujours la mention "Bettencourt" lorsque l'argent était remis à des hommes politiques pour éviter de laisser une trace écrite.

Thierry Lévêque, Emmanuel Jarry, Gérard Bon, édité par Yves Clarisse


Source :
Reuters

Informations complémentaires :

Le Monde.fr : Affaire Woerth-Bettencourt : quand une rétractation cache une révélation
La Dépèche.fr : Liliane Bettencourt : l'affaire continue
Le Parisien.fr : Bettencourt : l'ex-comptable maintient une partie de ses accusations

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