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Bonjour à toutes et à tous, mercredi milieu de semaine, et beaucoup sont en télétravail, aussi on vous passera cet après midi une traduction sur ce sujet, mais ce matin j'en avais marre des mauvaises nouvelles, et j'ai voulu commencer la journée sur quelque chose de positif ; )))

Mamas Banlieue 20 05 2020
Une patrouille de mères aux Hautes-Noues; - © Photos : Yann Morvan pour "Marianne"
 
Dans certains quartiers, ça fait longtemps qu'on a appris à faire sans. Sans beaucoup de revenus, certes. Mais sans grand respect de l'ordre non plus. A Villiers-sur-Marne (Val-de-Marne), pendant le confinement, ce sont de surprenantes patrouilles de mères de famille et de “grands frères” qui ont tenté de tenir les lieux.
 
Cet article est à retrouver dans le magazine n°1209 en kiosques cette semaine "Les Français se débrouillent sans eux", disponible en ligne pour seulement 1,99 euros (afin de mieux survivre à votre confinement).

Foulard coloré sur la tête, masque sur le nez, Penda le reconnaît dans un éclat de rire : pendant le confinement, la cité des Hautes-Noues a connu des jours plus agités. En ce début de mai, il n'y a pas un chat qui rôde dans cette zone urbaine sensible de Villiers-sur-Marne, à une vingtaine de kilomètres à l'est de Paris. « D'habitude, ils étaient là », dit-elle, désignant une cage d'escalier jonchée de mégots. « Ils » : ces garçons âgés de 14 à 20 ans qui, sans égards pour le confinement, se regroupaient au pied des tours de ce quartier populaire du Val-de-Marne. Désœuvrés, sans école, fuyant l'agglutinement de leurs F3 familiaux, « ils ne respectaient pas du tout les restrictions, soupire cette mère malienne de 12 enfants. Maintenant, oui. Notre travail a payé ».

Entre-temps, le ciel a viré au rouge. Une émeute a éclaté dans la nuit du 25 mars. Des jeunes ont tiré au mortier d'artifice contre des voitures de police. Le 15 avril, d'autres véhicules sont caillassés et brûlés. Deux fonctionnaires sont blessés. Et l'air est resté électrique. Un scénario identique à celui de beaucoup d'autres banlieues en Ile-de-France. L'économie y a été bousculée. Le chômage partiel a explosé. Le commerce parallèle et les plates-formes de livraison et de transport, grands pourvoyeurs de travailleurs de ces cités, ont tourné au ralenti.

Pour éviter la surenchère, mais aussi pour ne plus se taire face aux « conneries » des fils du quartier, Penda et un groupe de mères se sont escrimées à reprendre les choses en main. Tous les après-midi, ou presque, cette brigade patrouille dans ces entrelacs de béton, où l'on sait ce que « trafic » veut dire. Sans tonfa ni gyrophare, organisées via WhatsApp, elles inspectent, sermonnent ceux qui enfreignent les règles : le Covid tue, rentrez chez vous, « ne faites rien qui nuise aux voisins »

Les reines du bagout

En position de guet dans un hall crapoteux, un jeune homme tombe nez à nez avec la maraude de robes bariolées. « Je sais que c'est un peu soûlant, mais c'est pour votre intérêt, entame Penda, qui ne le lâchera pas d'une semelle. Si vous tombez malades, ça tombe sur vous-mêmes, et après ça tombe sur nous. » Il décampe. Penda pouffe : « C'est nous qui tenons la rue ! S'ils commettent des incivilités, on appelle les papas. »

Un tel bagout ne remplacera jamais une patrouille - une vraie -de police. Mais il a son effet. A leur vue, des jeunes encapuchonnés grimpent un escalier en vitesse ; des scooters démarrent en trombe ; un ado remonte sa fermeture Eclair au-dessus du menton. « On les voit tout le temps », se désespère l'un d'eux. Leur méthode ? Elles mettent les « zoneurs » dans l'embarras, elles qui les connaissent depuis leur enfance. « Pour les plus jeunes, c'est dissuasif », glisse un homme de 20 ans à côté de sa voiture. Comprenez : pas pour lui… Ni pour ceux qui accusent non la dureté du confinement, mais les contraventions d'être à la source des tensions. Dehors, certaines bandes de jeunes ont été contrôlées sans répit, estiment-ils, par la police. Des habitants se plaignent de verbalisations « abusives » . « 135 €, une fois, deux fois, trois fois… A un moment donné, ça part en vrille », justifie un riverain. A force, l'un d'eux a écopé d'un total de… 4.000 € d'amendes. Si bien que l'ambiance est devenue radioactive. « Certains ont eu le sentiment d'être poussés à bout. On leur disait que leur attestation n'était pas valable, on les traitait de menteurs avant de les verbaliser », affirme Me Lucie Simon, avocate d'un jeune du secteur. Plusieurs ont été placés en garde à vue pour « outrages » ou « violation répétée du confinement ». Ils comparaîtront au tribunal de Créteil. Selon la préfecture, du 17 mars au 25 avril, les forces de l'ordre ont contrôlé 163.353 personnes dans le Val-de-Marne, et en ont verbalisé… 22.471, soit 13,75 % du total. Deux fois plus que dans la capitale en moyenne. Excès de zèle des autorités, diront certains. La preuve de l'incivisme des habitants du département, jugeront les autres.

« On n'a pas vu arriver cette histoire de verbalisations », concède Jacques-Alain Benisti, maire Les Républicains de la ville. Dès le départ de la section de CRS postée durant le soulèvement et l'arrestation des meneurs, l'édile a grossi son équipe de médiation de deux agents. Au crépuscule, son équipe de prévention de la délinquance entre en scène. A la lueur des lampadaires, avec leurs larges épaules et leurs 40 ans passés, Moussa Konaté et Amadou Kebe se présentent comme des « grands frères » du quartier. L'un est agent de médiation, quadruple champion du monde de boxe thaï, et anime l'EscaleBoxing Club, une salle du coin. Le second, garde du corps, le rejoint dans les moments de tension. Un travail nocturne plus délicat qu'en journée.

Leur but : éviter coûte que coûte de nouvelles « collisions » entre jeunes et policiers. Alors, vers 22 heures, devant un garage souterrain plein à craquer de victuailles, ils chargent à l'arrière d'une camionnette des hectolitres de jus d'orange, des conserves de haricots blancs, des pâtes, des boîtes de chips, autant de dons de l'association A cœur ouvert de Sucy-en-Brie. De retour aux Hautes-Noues, roulant au pas, le duo hèle les noctambules. En les appelant par leur prénom, Amadou improvise une distribution alimentaire. « Tu fais quoi dehors à cette heure-là ? », crie-t-il à un jeune en trottinette. « Je pars juste récupérer des boissons », réplique l'ado. Il lui donne six grosses boîtes de jus d'orange et le somme gentiment de rentrer. Ce dernier s'exécute. « Bon courage, les gars. Merci pour le jus ! »

Du social aussi

« Avec l 'arrêt des cantines à 1 € et le chômage partiel, beaucoup sont passés de la précarité à la misère », explique Amadou, qui désormais fait du social pour aider au maintien de l'ordre. « Mais si un petit me manque de respect, je fais de la répression. » A part des essaims de fumeurs de chicha, le public n'est pas toujours celui qu'on imagine. Ici un collecteur de La Poste, là un employé d'usine finissant sa journée… Moussa distribue des attestations vierges. « Ça leur évite de se manger des amendes. »

Ces médiateurs, moins impressionnants que les forces de l'ordre, sont-ils mieux tolérés ? Pas si sûr dans ce quartier à fleur de peau, où certains parmi les plus jeunes les suspectent d'être de mèche avec les « flics » . « Quand on vient avec la casquette institutionnelle, on est rangé du côté obscur de la force… », déplore le chef de cabinet de la mairie. Moussa et Amadou ne veulent surtout pas être associés aux policiers : « Ça bousillerait tout notre travail… »

 

 

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Source : Marianne.net

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