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Deuxième round pour l'affaire Bettencourt. On se fiche un peu des déclarations de Martine Aubry, mais les détails judiciaires de l'affaire sont bien expliqués. Car en fait, il pourrait s'agir d'une manœuvre pour écarter définitivement toute enquête. Alors que deux journalistes qui travaillaient sur l’affaire se sont fait voler leur ordinateur. Il faut se rappeler le contenu des enregistrements originaux de l’affaire et les réelles personnes impactées par celle-ci, pour saisir l’origine de l’ensemble des manœuvres de diversions qui sont effectuées depuis le départ au plus haut niveau.

Le juge Courroye risque finalement d'être remplacé. Mais le PS n'y sera pour rien : samedi dernier, Martine Aubry se félicitait des avancées dans l’affaire Woerth-Bettencourt quand l'Union syndicale des magistrats et Eva Joly dénonçaient, eux, un nouveau piège.

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(photo: idf-fotos - Flickr - cc)

Un juge d’instruction va bel et bien être désigné dans l’affaire Bettencourt. Y compris pour les volets concernant Eric Woerth. Les socialistes — à raison — vont pouvoir se réjouir. Pourtant, la première d’entre eux a commis une bévue de taille passée quasi inaperçue.

Samedi, le procureur général de Versailles, Philippe Ingall-Montagnier alias « PIM » donne une interview au Journal du dimanche et annonce vouloir demander le « dépaysement » de « tous » les « dossiers Bettencourt » traités au Tribunal de Nanterre. Cette sortie fait une heureuse. Ou plutôt une bien heureuse : Martine Aubry ! Car la Première secrétaire s’empresse de réagir par un communiqué aussi court que naïf. « Le Parti Socialiste, écrit-elle, se félicite que le procureur général de Versailles (…) ait décidé de saisir la chambre criminelle de la Cour de cassation pour demander, au nom de la sérénité indispensable à la justice, que l’ensemble des dossiers liés à l’affaire Bettencourt quittent Nanterre pour une autre juridiction ».

Pourquoi naïf  ? Car cette sortie de « PIM » pouvait avoir tout d’un piège. Ce que relevaient très justement le jour même le président de l'Union syndicale des magistrats (USM), Christophe Régnard, ou bien encore le lendemain Eva Joly : « [Philippe Ingall-Montagnier] prétend qu’il va dessaisir l’ensemble des affaires Woerth-Bettencourt, or cela n’est pas possible, expliquait l’eurodéputée écologiste sur l’antenne de France Info
, Rien ne permet de dessaisir un procureur (dans le cas présent, Philippe Courroye, ndlr) de son enquête préliminaire. C’est là où il y a une manipulation... Mon étonnement, c’est que le procureur Ingall-Montagnier n’utilise pas son pouvoir hiérarchique pour obliger Philippe Courroye à ouvrir une enquête sur l’affaire Woerth. Et qu’en réalité, il ne s’occupe que de faire dessaisir Isabelle Prévost-Desprez. »

En clair, l’interview donnée au JDD aurait pu être une manœuvre pour se débarrasser de la « très gênante pour le pouvoir en place » Prévost-Desprèz et permettre au « très conciliant pour le pouvoir en place » Courroye de continuer à œuvrer dans l’opacité la plus totale. Des soupçons plus que légitimes étant donné le pedigree de « PIM », ancien membre des cabinets de Jacques Toubon et Dominique Perben. Des soupçons qui ont visiblement échappé à Martine Aubry,  mais aussi au le très respectable et très affûté Robert Badinter  qui n’a pas jugé bon de les évoquer mardi matin au micro d’Europe 1 , face à Jean-Pierre Elkabbach… Mais ces soupçons ont fini par gagner le PS… avec un très sérieux décalage horaire. Lundi, par la voix de son porte-parole Benoît Hamon, le Parti socialiste a enfin commencé à évoquer une possible « manœuvre » du procureur général de Versailles.

Depuis, Philippe Ingall-Montagnier a annoncé avoir demandé à Philippe Courroye d'ouvrir une information judiciaire « sur l'ensemble des enquêtes préliminaires » qu'il mène dans l'affaire Bettencourt. Une décision qui ouvre la voix à un possible dépaysement de tous les dossiers de l’Affaire Woerth comme annoncé au JDD. Ceux de Prévost-Desprez comme ceux de Courroye. Reste malgré tout à la Cour de cassation de trancher.

Eva Joly et l'USM auraient donc eu tort de monter au créneau ? Aubry, elle, aurait eu raison de ne pas s’alarmer ? La supposée naïveté de son communiqué de samedi ne devrait être finalement interprétée que comme de la confiance en la justice de son pays et en ses serviteurs même lorsqu'ils affichent un CV tel que celui Philippe Ingall-Montagnier. « Non, confie-t-on côté socialiste, Martine Aubry a été mal conseillée et a réagi un peu trop vite. C’est aujourd’hui qu’il fallait se réjouir et pas samedi à la lecture du JDD. » Voilà qui est rassurant pour le premier parti d’opposition…


Source :
Marianne2.fr

Informations complémentaires :

France-Info (Audio) : Affaire Bettencourt : retour sur deux ans de rebondissements
AFP :
Bettencourt: "enfin le gouvernement cède", se réjouit le socialiste Vallini
LeNouvelObs :
Dossiers Bettencourt : Badinter se prononce pour le dépaysement


 

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