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Une crise politique est-elle en train de s'ajouter à la crise économique que traverse l'Union européenne ? C'est le constat fait par Laurent Pinsolle, notre blogueur associé, qui souligne que «l’aventure européenne continue sa marche aveugle vers l’auto-destruction».

Cameron Hollande
(David Cameron et François Hollande - Christophe Ena/AP/SIPA)
La victoire de la Nouvelle démocratie en Grèce réduirait-elle le besoin d’unité des dirigeants européens ? Les échanges d’amabilité entre dirigeants européens deviennent de plus en plus courants. François Hollande n’est pas le dernier à en souffrir.

Hollande vs Cameron

Tout d’abord, la perfide Albion, par la voix du premier ministre David Cameron, a fait savoir que les riches contribuables qui souhaiteraient éviter la future tranche marginale d’impôt sur le revenu à 75% (pour les revenus supérieurs à un million d’euros) étaient les bienvenues en Grande-Bretagne. Il faut dire que parallèlement, le gouvernement britannique a décidé dans le sens inverse en baissant son taux marginal de 50 à 45% (et potentiellement 40% à terme).
 
Par-delà l’aspect cosmétique de la mesure (même si elle est juste), il faut noter qu’en absence de contrôle sur les mouvements de capitaux et de personnes, elle peut être très contre-productive. Les socialistes ont oublié que la libéralisation rend beaucoup plus difficile des mesures nationales qui vont à rebours de ce que les autres pays font. Dans un cadre aussi mondialisé, cette mesure va malheureusement sans doute coûter plus cher en recettes perdues qu’en nouvelles recettes.

Hollande vs Merkel

Les débuts du nouveau duo franco-allemand sont difficiles. Après quelques critiques par presse interposée, Angela Merkel a d’ores et déjà gagné une première manche puisque Paris a renoncé à la mise en place rapide d’euro-obligations, qui faisaient pourtant partie du programme du candidat. Il faut dire qu’une telle idée, déjà abandonnée en son temps par Nicolas Sarkozy est totalement ubuesque outre-Rhin, soutenue par 14% de la population seulement et opposée par 79%.
 
Résultat, François Hollande a déjà cédé sur ce sujet. Si l’opposition de l’Allemagne aux euro-obligations est parfaitement compréhensible (cela revient à donner une caution solidaire gigantesque aux autres pays européens), comment ne pas s’étonner que la France ne semble pas avoir obtenu grand chose en contre-partie de ce premier renoncement. Cela rappelle ce qu’écrivait Frédéric Lordon il y a quelques semaines, et qui pronostiquait déjà les renoncements de la nouvelle équipe.

Une Europe ingérable

Tout ceci fait à nouveau apparaître une réalité, à savoir que cette construction européenne est totalement ingérable et qu’il est illusoire de demander à des dirigeants politiques qui répondent à des électeurs de pays différents de prendre des décisions qui engagent leurs concitoyens au nom d’un idéal européen, qui semble de plus en plus théorique, d’autant plus maintenant que la crise de la zone euro s’étend dans le temps et est de plus en plus clairement attribuée à la monnaie unique.
 
Bien sûr, les fédéralistes diront toujours que plus d’intégration résoudrait la crise, mais ils disent cela pour faire avancer leur agenda car le moins que l’on puisse dire depuis dix ans, c’est que, bien au contraire, la marche intégratrice semble au contraire accentuer les problèmes au lieu de les résoudre. Et comment croire des personnes qui nous promettaient monts et merveilles en 1992 ou en 2005, devant l’étendue des désastres d’aujourd’hui, comme le soutient Eric Juillot.
 
Bref, l’aventure européenne continue sa marche aveugle vers l’auto-destruction. Le projet européen actuel est intenable car il nie les réalités nationales et a fini par rencontrer le mur des réalités. Seule une Europe des nations, souple, flexible, non uniformisatrice pourra réussir. Sinon, le projet européen explosera.

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