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LE PLUS. L'action en justice intentée par Marine Le Pen contre Caroline Fourest, suite à la publication d'une biographie qui n'avait eu l'heur de plaire à la présidente du Front national, semble desservir les intérêts de cette dernière. Serait-on en présence d'une farce classique, celle de l'arroseur arrosé ? Ce n'est pas exclu.

Édité par Gaëlle-Marie Zimmermann   Auteur parrainé par Maxime Bellec

MLpen
Marine Le Pen et son équipe à Hénin-Beaumont, le 17 juin 2012 (AP Photo/Michel Spingler) 

Vendredi 6 juillet, les médias se sont focalisés sur les propos de Jean-Marie Le Pen dans le Times. Comme si les propos de cet octogénaire pouvaient encore avoir une quelconque valeur. Nostalgie de celui qui défrayait la chronique par ses dérapages, que certains aiment tant condamner. Et pour entendre quoi ? Que Marine Le Pen est une petite bourgeoise ? Qui l’ignorait ? Elle même n’en a jamais fait un secret :

Marine Le Pen, opportuniste procédurière

Pourtant, les médias n’avaient pas beaucoup de chemin à parcourir pour avoir des informations croustillantes sur Marine Le Pen. Nul besoin de décortiquer la presse britannique pour cela. Il leur suffisait de rester à Paris, à la 17e chambre correctionnelle précisément, pour voir les deux séances que dura le procès opposant Marine Le Pen à Caroline Fourest et Fiammetta Venner, pour avoir commis une biographie éponyme non autorisée. En attendant le verdict en octobre. 

Le livre fut publié en mai 2011. Pourquoi attendre si tardivement un procès pour contester certains points du livre ? Tout simplement parce que c’est le Front National lui-même qui a demandé à ajourner la procédure, au grand dam de Caroline Fourest : "il me tardait de venir devant cette cour pour rendre justice à ce travail" confessa-t-elle devant le juge mardi.

La raison officielle de ce délai est que Maître Wallerand de Saint-Just, vice-président du FN et conseiller régional de Picardie, mais aussi homme de robe du parti, et qui n’hésite pas à ses heures perdues (quelle santé !) à défendre quelques causes intégristes catholiques (notamment face à Charlie Hebdo), devait voter un budget du Conseil Régional dont il est élu… Un vote qui aurait pu être par ailleurs validé par procuration comme le rappelle juste à propos Sophie Villeneuve qui a assisté au procès pour Prochoix, la revue dirigée par Caroline Fourest et Fiammetta Venner.

La raison officieuse est tout autre : Marine Le Pen ne souhaitait voir le grand déballage se faire durant la présidentielle. Et on le comprend ! Non seulement les chefs d’accusation sont mineurs eu égard à la charge conséquente que représente les 430 pages du livre, mais il faut aussi faut noter que le procès de Caroline Fourest est devenu en deux jours le procès de… Marine Le Pen. Ironie du sort.

Une action en justice basée sur du vent

Concernant les chefs d’accusations, ceux qui ont pu lire le livre se gaussent de tant de pinailleries, qui cachent mal la misère du dossier de la plaignante : une étrange polémique sur l’évocation de la mort "accidentelle" du grand-père Le Pen deux fois contestée par des enquêtes journalistiques qui n’ont jusqu’alors depuis 20 ans jamais été poursuivis par la justice, le témoignage de Jean-Claude Martinez qui traite la nouvelle présidente du FN de "fainéante", dit de son conjoint, Louis Aliot qu’il ne sait pas dire une phrase sans dire "melons" pour qualifier toute personne d’origine maghrébine et explique que l’assistante parlementaire de madame Le Pen est en réalité la nounou de ses enfants.

Ou encore les propos de l’imprimeur Fernand Le Rachinel qui a eu l’outrecuidance de réclamer les 7 millions d’euros que le parti lui devait des Législatives catastrophiques de 2007, affaire qui se solda par la liquidation du Paquebot qui fit grand bruit.

Il faut dire que dans la famille Le Pen, les histoires d’argent ne font pas toujours les bons amis. Et d’ailleurs, ils n’ont de cesse de le rappeler à Caroline Fourest quand ils la croisèrent sur les plateaux de télévision : de "Semaine Critique" en septembre 2010 bien avant la sortie de la biographie, jusqu'au fameux duel face à Pujadas un mois après sa sortie ou après la diffusion du documentaire "Le Diable de la République" sur France 3 par la bouche de la nouvelle égérie de la firme frontiste : Gilbert Collard.

Le Front national aime faire du bruit, mais ne souhaite pas débattre

Mais au-delà de l’agacement de Marine Le Pen d’imaginer quelqu’un gagner de l’argent en dévoilant par des enquêtes sérieuses et vérifiées les coulisses de sa boutique, l’autre raison de ce procès est bien évidemment plus pernicieux. Dès décembre 2011, sur son blog, Caroline Fourest n’en faisait pas grand secret :

"Cette plainte  a pour but de dissuader de faire connaître ses éléments, avérés, et de disqualifier le livre. Le procès, qui aurait permis de donner la parole à ces témoins et que nous attendions avec impatience, était prévu pour le 15 et 16 décembre. Mais surprise, après avoir crié partout qu’il faisait ce procès, l’avocat de Marine Le Pen a prétexté un empêchement pour demander son renvoi… au 2 et 3 juillet, soit après la présidentielle. Le fait de porter plainte serait-il plus intéressant, pour la communication du FN, que le résultat du procès ?"

D’ailleurs, l’essayiste a tenu à mettre la 17e chambre correctionnelle devant ses responsabilités jeudi :

"Comme ils ont un service juridique corvéable à merci, tout le monde s’autocensure désormais pour parler du FN. Si vous nous condamnez sur un seul point, Marine Le Pen communiquera comme si elle avait fait condamné tout le livre. Vous devez envoyer un signal et montrer que vous avez compris leur stratégie… "

L’enjeu est donc de taille.

Mais on l’a dit, tel est pris qui croyait prendre. Marine Le Pen qui ne daigna pas faire le déplacement et qui laissa, seul, Maître Wallerand de St Just défendre son honneur, celui de sa famille, et accessoirement celui de son parti, a dû avoir les oreilles qui sifflaient cette semaine, tant l’assistance eut peine à distinguer qui de Caroline Fourest ou de Marine Le Pen était l’accusée.

Des témoins embarrassants pour Marine Le Pen

Très en forme, le plus remarqué des témoins et des accusés puisque Marine Le Pen l’a traduit lui aussi devant le juge fut assurément Jean-Claude Martinez, ancien numéro deux du FN, professeur émérite à l’Université Assas et considéré comme la tête pensante du parti à l’époque du papa.

L’ancien député européen n’a pas eu de mots assez durs pour évoquer la nouvelle présidente du FN, autrement plus sévère que ne l’est le papa dans les colonnes du Times : "je la trouve très mal élevée", "Sa présence au Parlement européen ? Proche de 0 %. Et elle a perçu 500.000 euros sur cinq ans, je suis indigné !", "Un potentiel ténor du barreau ? Laissez-moi rire. La gamine, c'est le Montebourg du FN !", "Un animal politique, la gamine ? Les bras m'en tombent. Un teckel aussi est un animal". N’en jetez plus, la "Cour" est pleine.

Mais beaucoup plus grave, Jean-Claude Martinez a révélé un système d’emplois fictifs que Fiammetta Venner et Caroline Fourest n’ont pas osé complètement dévoiler dans le livre, craignant selon les termes de la seconde "l’enclume de la 17e chambre correctionnelle".

Fort heureusement, la parole est libre dans un tribunal et M. Martinez y est allé de ses confidences : "Le point 4 du contrat de travail d’Huguette Fatna prévoyait qu’elle travaillerait à… Saint-Cloud. Le Parlement Européen, poursuit-il, elle ne savait même pas où ça se trouve (…) On devait fournir des contrats en blanc et la famille Le Pen remplissait, poursuit Martinez. J’ai résisté quand ils ont voulu que j’embauche aussi le chauffeur…" Des propos que Lorrain de Saint Affrique et Carl Lang, tous deux en apostasie du parti, ont confirmé : "C’est comme ça au Front National".

Intéressant de voir comment Marine Le Pen pourrait donc payer la garde de ses enfants par les deniers du contribuable, elle qui se fait le chantre des magouilles et des fraudes des élus en place notamment à Hénin Beaumont.

Fernand Le Rachinel confessa pour sa part que Jean-Marie Le Pen l’avait menacé de mort s’il continuait à réclamer son dû.

Enfin Claire Checcaglini qui a infiltré le FN l’an passé et qui vient de publier "Bienvenue au Front" a tenu à rappeler les propos qu’elle relate dans son livre témoignage au sujet de Philippe Chevrier, cadre du FN et compagnon de la vice présidente Marie-Christine Arnautu : "Quand est-ce qu’on l’emmène la Fourest ? On la met à poil, on l’attache à un arbre, on se la prend, on met des cagoules, on va avec la Fourest en forêt de Rambouillet et on la laisse. Au sourire qu’il affiche, ajoute l’auteur du livre, le responsable des Yvelines semble content de ses idées de balades en pleine nature."

On le voir au FN, on ne peut pas toujours faire confiance à la Cour pour se faire justice…

 

Source : leplus.nouvelobs.com

Informations complémentaires :


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