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Cela ne nous concerne pas directement, mais nous sommes frontaliers. Quoi qu'il en soit, ces centrales datent des années 1970, je pense qu'elles ont fait leur job...
 
Centrale Belgique
La centrale nucléaire de Doel 3, dans les Flandres, est opérée par Electrabel, filiale de GDF-Suez. L'AFCN
dit craindre « de potentielles fissures » sur sa cuve. - Eric HERCHAFT/REPORTERS-REA

La méfiance est de mise, après un communiqué de l'Agence de contrôle nucléaire belge (AFNC) qui affirme que des « anomalies » ont été détectées lors du contrôle décennal de la cuve du réacteur Doel 3 situé près d’Anvers. « Si les résultats de ces analyses ne sont pas encore complètement établis à ce stade, il apparaît déjà que les capteurs ultrasoniques ont détecté sur la cuve la présence de très nombreuses indications qui pourraient s'assimiler à de potentielles fissures », indique, avec toutes les précautions possibles, le communiqué publié par l’agence, mardi 7 août. L'arrêt de ce réacteur, depuis juin, devrait se prolonger « au moins jusqu’à fin août », afin de procéder à des tests plus poussés.

La centrale ne redémarrera que si « des éléments convaincants sont apportés par Electrabel », l'opérateur de la centrale, a fait savoir l'AFNC. Pour l'heure, cet incident a été classifié au niveau 1 sur l’échelle internationale des événements nucléaires, qui s’étend du niveau 1 (anomalie) au niveau 7 (accident majeur). Des analyses approfondies vont être menées dans les mois à venir par un organisme de contrôle indépendant, afin d’en savoir plus sur la nature de ces anomalies. Notamment pour déterminer s’il s’agit de défauts de fabrication, qui n’auraient pas été repérés jusque là par les techniciens d’Electrabel.

Le fournisseur belge (filiale de GDF Suez) assure dans un communiqué que cet incident n’a eu « aucune influence sur le bien-être et la santé des collaborateurs, des riverains et de l’environnement ». Il n’y aurait eu aucune fuite radioactive du réacteur pendant son fonctionnement. « Celles-ci auraient été automatiquement repérées», déclare la porte-parole d’Electrabel. Même tonalité confiante du côté de l’agence de surveillance nucléaire belge, qui affirme qu’« il est dans tous les cas essentiel de retenir que le réacteur de Doel 3 est à l'arrêt du fait de la révision et que le combustible a été déchargé du réacteur.»

En Espagne, aux Etats-Unis, en Suède...

Malgré ces injonctions rassurantes, des soupçons planent désormais sur plusieurs autres cuves forgées par le même constructeur, le groupe néerlandais Rotterdamsche Droogdok Maatschappij, qui a cessé ses activités depuis plusieurs années. En Belgique, c’est notamment le cas du réacteur Tihange 2, près de Liège, qui va également subir une série de tests. Les résultats devraient être connus à la fin du mois de septembre. A travers le monde, ce sont vingt autres centrales du même fabricant qui pourraient être concernées, notamment aux Etats-Unis, en Allemagne, en Suède, en Suisse, au Pays-Bas et en Espagne. «Il faut cependant préciser que certaines de ces 22 centrales ne sont déjà plus en activité », précise François Balesteri, de l'Institut national de radioprotection et de sûreté nucléaire (INRS), qui assure de la très grande attention portée au problème par les autorités belges.

Les autorités de surveillance des pays concernés commencent également à faire le décompte, et à communiquer au compte gouttes sur leur propre matériel. En Espagne, les cuves des réacteurs de Garona et Cofrentes ont été fabriquées par Rotterdamsche Droogdok Maatschappij. La firme néerlandaise a également fourni la cuve du réacteur de Ringhals en Suède, et celle du réacteur de Mülheberg en Suisse. Le site de l’AFCN a d'ailleurs fait savoir que les autorités chargées de la sécurité nucléaire de ces pays se réuniraient à Bruxelles le 16 août, « pour un échange d’informations ». Il s’agira d’ «une réunion technique», a précisé l’agence belge.

En tout cas, « le problème ne se pose pas en France», se félicite le porte-parole de l'agence de sûreté nucléaire (ASN). « Chez nous, la situation est plus claire, puisque toutes les cuves des 58 réacteurs français ont été fabriquées au Creusot. Nous n’avons donc aucun problème de traçabilité.» Le porte-parole de l’ASN ajoute que « historiquement, en France, on a toujours mené de nombreux contrôles durant la fabrication, puis après la mise en fonction des réacteurs. »

Le cas belge s’avère nettement plus complexe : pour savoir s’il s’agit d’un défaut de fabrication, il faudrait d'abord retrouver les documents de contrôle et les tests réalisés par le fabricant. Une gageure, selon Willy de Roover, le directeur de l’AFCN, qui s'exprimait vendredi matin sur l'antenne de la RTBF : « La construction a été faite dans les années 70, ça fait presque 40 ans. C’est certain qu'il y a eu des contrôles depuis ce moment, et nous avons demandé, exigé de voir les dossiers de construction de cette période-là. C’est difficile, parce que la société n'existe plus. »

Des voix commencent à s'élever, pour mettre en cause le manque de rigueur des contrôles effectués jusqu'à présent. Interrogé par le quotidien De Morgen, l’expert Mycle Schneider a souligné qu’«un défaut de fabrication est naturellement un problème et cela se produit partout dans le monde. Mais un système de sécurité, basé sur de nombreuses inspections et toute une chaîne de contrôles, qui ne détecte pas un tel défaut durant des années, cela ne devrait pas arriver ». L’AFCN a rapidement répliqué : « Que nous ayons aujourd'hui découvert ce problème prouve justement que le système de contrôle fonctionne très bien. Nous ne sommes pas obligés de tester cette petite partie de la centrale, mais nous le faisons tout de même, sur base d'avis internationaux. Il semble qu'il soit ici question de nombreuses fissures et c'est pourquoi nous intervenons maintenant directement de manière forte », a indiqué sa porte-parole.

D’autre part, les partis écologistes Ecolo et Groen ont réclamé que la sous-commission sécurité nucléaire se réunisse pour discuter du problème. Selon les députés écologistes, des anomalies avaient été détectées en juin dans une cuve fabriquée par la même société, en Suisse. « Malgré cet avertissement, il semble pourtant que l'Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN) cherche toujours les plans de la conception de la cuve du réacteur », se sont-ils inquiétés.

Arrêt définitif ?

« L'arrêt de la cuve constitue un scénario ultime », affirme François Balestreri de l'IRSN. « Une cuve ne se répare pas. Si les dommages sont trop importants, il n'y a qu'une solution : il faut arrêter l'activité du réacteur.» Dans une note interne diffusée en milieu de semaine, le directeur de l’agence de surveillance belge n’écartait pas l’hypothèse d'un arrêt définitif de ce réacteur, mais seulement « dans le pire des cas». Il s’est montré plus pessimiste vendredi matin, à l’antenne de la RTBF, déclarant être « assez sceptique pour le moment », quant à une possible réouverture de la centrale. Les anomalies pourraient bel et bien s’avérer être des fissures, même s'il a nuancé aussitôt : « Il reste quand même la possibilité de prouver que je me trompe. »

Cet incident pourrait donc venir bousculer le calendrier de sortie du nucléaire dans le pays. Il est prévu que les sept réacteurs belges soit arrêtés entre 2016 et 2025. Cependant Doel ne doit fermer qu’en 2022 et les trois réacteurs de Tihange entre 2023 et 2025. La Belgique qui dépend à 51 % de l’énergie nucléaire pourrait se retrouver en difficulté sur le plan énergétique s’il faut précipiter la fermeture de ces deux réacteurs.

 

Source : http://www.mediapart.fr

Informations complémentaires :

Crashdebug.fr : Voir Fukushima...
 

 

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