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Malade, cette vieille Parisienne partageait son appartement avec trois jeunes filles qui l'aidaient au quotidien. Poursuivie par son bailleur pour sous-location, Rose H. a dû partir.

Chassee 95ans 24 03 2013
SENIORS - Quelles solutions pour bien vieillir à la maison ? afp.com/Jean-Philippe Ksiazek

Rose H., 95 ans, n'avait qu'un souhait : finir sa vie dans son appartement de la rue Pergolèse, à Paris, qu'elle louait depuis plus de six décennies. Elle voulait mourir là, entre ces murs où elle avait élevé ses deux enfants. Là où elle avait été heureuse avec Henri, son mari. 

Le souhait de Rose ne sera pas exaucé. La société civile immobilière Madeleine Opéra, filiale du groupe d'assurances Allianz et propriétaire de l'immeuble, en a décidé autrement. Le 2 janvier 2012, elle a saisi la justice pour obtenir la résiliation du bail de la nonagénaire et son expulsion. Motif : Rose hébergeait trois étudiantes dans son logement de 150 mètres carrés. Candice et Amel lui versaient environ 400 euros par mois. Denitsa, parente de la famille H., ne payait rien.  

Le droit n'est pas du côté de Rose : son contrat de bail, en effet, interdit la sous-location. Le Code civil ne fait pas d'exception pour les veuves âgées ou malades, seules dans des appartements devenus trop grands, trop chers. "Je suis en colère, confie Sandrine, la petite-fille de Rose. Nous avons tout fait pour permettre à ma grand-mère de rester chez elle, comme elle le désirait tant, en lui assurant la présence devenue nécessaire au quotidien. Jamais nous n'avons pensé qu'il s'agissait, légalement, d'une sous-location !" Le tribunal devait rendre sa décision le 12 mars.  

En août 2010, Rose est opérée à la suite d'une fracture du col du fémur. Malgré le déambulateur qu'elle doit utiliser pour marcher, malgré son cancer du sein et sa chimiothérapie, malgré les 2500 euros de loyer qui consument l'intégralité de sa pension, elle refuse obstinément d'abandonner son appartement, son quartier, ses repères. Sa famille s'inquiète. Cherche une solution pour que la vieille dame ait de la compagnie. Elle la trouve par le biais d'associations d'aide aux personnes âgées : Rose accueillera sous son toit des jeunes filles, moyennant une participation au loyer et, surtout, la présence et l'aide dont elle a besoin.  

Dans sa maison de retraite, Rose décline

Gérard Bantchik, qui vivait alors sur le même palier, a souvent croisé ses jeunes voisines. "Elles étaient très discrètes", dit-il. Pourtant, ce sont des locataires, importunés par leurs allées et venues, qui auraient dénoncé leur présence au bailleur. A moins que celui-ci n'ait souhaité récupérer un bien de 150 mètres carrés dont le loyer était inférieur de 800 euros à celui d'appartements de même taille dans l'immeuble...  

Effrayés par les poursuites entamées en janvier 2012, les enfants de Rose demandent donc aux jeunes filles de déménager. Désormais seule, la nonagénaire doit se résoudre à partir en maison de santé, puis en maison de retraite. "Elle décline...", glisse sa petite-fille. 

Le départ de Rose n'a pas mis un terme à la procédure judicaire. Madeleine Opéra l'a même relancée, réclamant cette fois à la locataire le versement des loyers impayés depuis qu'elle a quitté les lieux, en juillet 2012. "Comment les aurait-elle réglés, alors que sa retraite passe intégralement dans son nouvel hébergement ?" pointe son avocate, Me Florence Diffre

Quelle que soit l'issue de ce combat juridique, Rose a perdu sa dernière bataille : elle ne s'éteindra pas au n° 30 de la rue Pergolèse.

 

Source : Lexpress.fr

Informations complémentaires :

Crashdebug.fr : Mort aux vieux !

 

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