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Maître en stratégie de diversion, au fils des années et des affaires, Charles Pasqua avait fini par élaborer un véritable traité du comportemental du politique empêtré dans les affaires. Un art de la guerre politique dont nos élites n'ont pas fini de s'inspirer...

Charlie 15 03 2014
ANTONIOL ANTOINE/SIPA

« Quand on est emmerdé par une affaire, il faut susciter une affaire dans l’affaire, et si nécessaire une autre affaire dans l’affaire de l’affaire, jusqu’à ce que personne n’y comprenne rien. » Cette citation prêtée à Charles Pasqua, maître en stratégie de diversion, a été reprise, mercredi 12 mars, par Marie-Pierre de La Gontrie, secrétaire nationale du PS aux libertés publiques et… avocate. Ce théorème de Pasqua illustre parfaitement la situation présente puisqu’en deux communiqués et trois interventions publiques, la droite a retourné à son avantage une situation embarrassante pour Nicolas Sarkozy.

Pour ceux qui seraient partis ces derniers jours dans un des confettis des atolls polynésiens, résumons la situation. Les Français ont appris que Nicolas Sarkozy n’avait pas été seulement enregistré mais aussi probablement écouté à son insu. Ils ont appris aussi que l’ancien président de la République et son avocat, étaient soupçonnés de trafic d’influence à la Cour de cassation et de violation du secret de l’instruction. Ils ont appris enfin par une mobilisation des avocats combien les raisons qui présidaient à cette mise sur écoute et la durée de l’opération (un an !) s’asseyaient sur les droits de la défense.

Bref, comme disait Charles Pasqua, ils ont retenu que « Quand on remue la merde, il faut éviter de le faire devant un ventilateur… »

« Le sage ne tire pas la queue du tigre, même quand il dort », énonçait aussi Pasqua. Résultat de l’opération : on a fait un cadeau royal à Nicolas Sarkozy, presque au point de faire passer au second rang, les affaires Tapie, Bettencourt, Karachi, Kadhafi. A ce stade ce n’étaient pas des casseroles mais une véritable batterie de cuisine. Face à une procédure confuse, l’impétrant a eu beau jeu de se présenter comme une victime, forcément victime, d’un régime socialiste que l’honnête Copé et ses snipers, dépeignent comme un mixte entre la Corée du Nord et Groland.

« Ce n’est pas en rassemblant un borgne et un paralytique qu’on fait un champion de cross » s’amusait Charles. Après l’avoir nié, le gouvernement – du moins une partie – a dû reconnaître (tiens, comme dans l’affaire Cahuzac) - qu’il avait été informé des écoutes judiciaires visant l’ancien président. Pourquoi est-ce que Christiane Taubira s’est empêtrée dans des explications oiseuses.

Dans un numéro de triple salto arrière, Jean-Marc Ayrault a contredit  la garde des Sceaux fragilisant ainsi une des rares ministres à recueillir à gauche une bonne opinion. Le  chef du gouvernement a raison de croire en sa longévité : on ne change pas une équipe qui perd.

Le chômage et la pauvreté progressent et s’étendent partout. Et le pacte de responsabilité apparaît pour ce qu’il est : un village Potemkine érigé au milieu d’un désert de propositions, prêt à s’écrouler à la moindre « gattazerie ».

Mais comme disait Charlie au sujet des belles déclarations d’intention de nos gouvernants non suivies des faits : « les promesses des hommes politiques n’engagent que ceux qui les reçoivent ». Arrêtons-là. Ces rappels pasquaiens nous ramènent à une époque que l’on pensait révolue. Car comme le suggérait d’une manière taquine la « une » de Marianne de la semaine dernière, les Français, eux, ont changé et il y a actuellement de moins en moins de Tontons flingueurs et de plus en plus de Tontons flingués. Pourtant, si on parle souvent de l’héritage gaullien, mitterrandien, giscardien, c’est fou ce que la vie politique française, du moins dans sa pratique, renvoie, aujourd’hui, à Charles Pasqua. Pourvu que ça ne dure pas.

 

Source : Marianne.net

 

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