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Pour François Kalfon, secrétaire national du PS au Travail et au dialogue social, l'exécutif et ses soutiens au sein de la majorité, ces supposés "modernes" membres d'un parti qu'il rebaptise le "French New Labour", ne veulent pas voir une chose. Oui, explique ce cofondateur de la Gauche populaire, il existe des syndicalistes et des responsables politiques qui veulent vraiment réformer le pays. En revanche, le Medef, lui, n'est prêt à aucun compromis et c'est pourtant ce patronat-là qu'ils essaient absurdement de satisfaire.

FLT 10 09 2014
SIPA

Au terme de cette quinzaine folle qui a vu consacrer cette guerre des deux gauches, ce qui me frappe, c'est la caricature dans laquelle on voudrait nous enfermer : il y aurait d'un côté les modernes – qui, c'est connu, ont tout compris de l'entreprise - et de l'autre des « archéo » dont la lente dérive de « soldats perdus du socialisme » les conduiraient à rejoindre Mélenchon ou pire le facteur Besancenot. Qu'il est loin le débat noble et légitime de politique économique, tel qu'il se déroule sereinement ailleurs comme aux États-Unis où deux prix Nobel d'Economie remettent en cause l'orthodoxie monétariste et la doxa libérale qui inondent jusque dans les rangs du Parti socialiste....
 
La vérité, c'est que les promoteurs du socialisme moderne placent le débat sur le plan identitaire, ils voudraient se départir du lourd héritage de notre camp : adieu Carmaux, oublié Fourmies, vive l'entreprise décomplexée ! Pas celle de ses salariés, mais celle rêvée par quelques dirigeants rétrogrades ! Au terme de ces deux années vertigineuses, tous les totems de la gauche ont été vilipendés par ceux-là mêmes qui devraient pourtant s'en faire les défenseurs si l'on en juge par les électeurs qui leur ont accordé la confiance il y a un peu plus de deux ans.
 
Le travail du dimanche ? Un archaïsme à dépasser oubliant même que loin de figurer dans le Capital ou un autre livre rouge, cette prophétie du repos hebdomadaire est d'origine biblique. Les seuils sociaux ? Un horrible frein à l'emploi (alors qu'aucune étude sérieuse ne s'accorde sur l'effet bénéfique de leur disparition !) et qui balaye au passage, d'un revers de main, la légitimité des syndicats à être présents au sein des entreprises petites et moyennes où les entorses aux droits des salariés sont les plus fréquentes et cela, en contradiction complète avec le discours politiquement correct attribuant la déstructuration de la société à la disparition des corps intermédiaires... Les faux chômeurs ? Jugés responsables de la montée du chômage par leur faible zèle à chercher du travail alors qu'on ne dit plus rien des réductions massives d'emplois par des entreprises très profitables... Adieu Gandrange ou Florange ! Vive les assistés, nouveaux boucs émissaires du « French New Labour ». Passons enfin sur le côté très « café du commerce » de tous ces propos désormais relayés par « les meilleurs des nôtres ».
 
Non, ce qui me pose problème dans tout cela, c'est le côté « deux poids deux mesures » de ces affirmations. Car si, au lieu de vouloir désigner de façon simpliste parfois les responsables de tous nos maux, nous cherchions vraiment à dépasser nos difficultés, on s'apercevrait qu'il existe des syndicalistes responsables — mais pas coupables — pour qui le sujet de la complexité des structures de dialogue social au sein des entreprises est bien réel et qui s'accorderaient sans doute sur certaines évolutions ; qu'il existe aussi des responsables politiques lucides réellement ouverts aux discussions sur le temps de travail et sur les salaires pour protéger l'emploi... C'est d'ailleurs le sens de l'Accord national interprofessionnel (ANI) sur le marché du travail qui a été ratifié par le Parlement.
 
Oui, mais pour que les blocages de notre société soient dépassés, encore faudrait-il que les forces politiques et sociales acceptent le compromis... L'idée qu'une avancée pour les uns se traduit par du gagnant pour les autres. Or, le jour même où Manuel Valls proclamait son amour de l'entreprise au Medef, Pierre Gattaz, lui, exigeait que l'on dépasse le « donnant-donnant ». En clair, cela signifie que l'on ne saurait demander aux entreprises des comptes sur les prêts de 41 milliards d'euros que la collectivité s'apprête à leur octroyer. Car aujourd'hui sur les 700 branches professionnelles que compte notre marché du travail, seules deux ont conclu un accord avec les syndicats sur l'utilisation de ces fonds ! On finit par se pincer pour rêver : d'un ministre du Travail qui sifflerait la fin de la récré pour les récalcitrants en suspendant les aides aux patrons qui ne jouent pas le jeu, d'un Premier ministre qui rappellerait aux employeurs indélicats l'ampleur de l'effort que la nation leur accordent et du soin qu'il convient d'apporter à leurs salariés parfois licenciés, alors que ces aides sont redistribuées sous forme de dividendes...
 
A voir tous ces points, qui mis bout à bout constituent une ligne politique à mille lieux du Bourget, on finit par se demander si l'essentiel n'est pas ailleurs... À quelles forces sociales la politique que nous mettons en œuvre veut-elle réellement s'adresser ? Pourquoi tant d'entêtement à maintenir vaille que vaille des choix aussi déséquilibrés alors qu'ils ne produisent pas les résultats escomptés ? C'est pourquoi, plutôt que d'affirmer jour après jour que « le FN est à nos portes », il nous faudrait nous mettre au travail — ensemble — pour déjouer cette funeste prophétie et imaginer une sortie de crise qui contente bien mieux notre base sociale et non ceux qui, comme toujours, nous sanctionneront à la fin !


* François Kalfon, est secrétaire national du PS au Travail, à l'Emploi, à la Formation professionnelle et au dialogue social. Il est également cofondateur du courant de la Gauche populaire, composante du collectif des frondeurs « Vive la gauche ».

 

Source : Marianne.net

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