5.0 of 5 (2 Votes)
Temps de lecture : 6 min

Et dans 20 ans, on nous dira pareil pour les nanos matériaux ? Bah ! On pouvait pas savoir ma pauvre dame !

amiante_22_04_2015.jpg

Victimes de l’amiante 0, responsables présumés de ce vaste scandale sanitaire 1... Après 19 ans d’instruction, la Cour de cassation vient d’annuler définitivement les mises en examen dans l’affaire de l’exposition à l’amiante de centaines de salariés et d’habitants, dans ce que l’on a surnommé la Vallée de la mort, en Normandie, autour de Condé-sur-Noireau. Ces mises en examen concernaient des membres du ministère du Travail en poste dans les années 80 (dont l’actuelle maire de Lille Martine Aubry [1]) et divers membres du comité permanent amiante (CPA).

Composé d’industriels, de représentants de ministères, de scientifiques, d’organisations syndicales de salariés et d’employeurs, le CPA a été constitué en 1982, alors que se multipliaient les informations sur les dangers de l’amiante, et les restrictions – voire interdictions – de son usage ailleurs dans le monde. Censé améliorer la gestion de l’amiante et prévenir les risques pour la santé, le CPA, hébergé dans les locaux d’une société de communication payée par les industriels (!), a exercé un lobbying très efficace pour que dure le plus possible l’usage de la fibre tueuse [2]. En France, l’amiante n’a été interdite qu’en 1997.

L’argument principal avancé par la Cour de cassation le 14 avril, est que dans le contexte des données scientifiques de l’époque (les années 80), les personnes mises en examen pouvaient ne pas mesurer le risque d’une particulière gravité auquel les victimes étaient exposées. « Ceci est tout simplement faux ! », s’insurge l’Association nationale de défense des victimes de l’amiante (Andeva). Les premières publications scientifiques sur la relation entre amiante et cancer datent des années 1930. Un inspecteur du travail avait même évoqué les dangers de l’or blanc dès 1906.

Une loi pour exonérer les industriels

« Avec cette décision de la Cour de cassation, le monde judiciaire est sur la même ligne que le personnel politique qui, quelle que soit sa couleur, n’a jamais été favorable à un procès pénal de l’amiante », poursuit l’Andeva. « Depuis 19 ans que la première plainte a été déposée, le pouvoir exécutif a utilisé toutes les ficelles que la procédure met à sa disposition pour retarder ou empêcher la tenue d’un procès pénal de l’amiante qui aurait permis d’apprécier et de juger l’ensemble des responsabilités de cette catastrophe sanitaire. »

La décision de la Cour de cassation met aussi au jour les limites de la loi Fauchon. Adoptée en 2000, cette loi définit les délits non intentionnels. Mais il ne fait pas de différences entre la ménagère qui tue quelqu’un en faisant tomber par mégarde un pot de fleurs et un industriel responsable de la mort de milliers de personnes. Avec une affaire comme l’amiante, « nous avons des industriels qui s’organisent pour cacher les dangers d’un matériau. Il y a tricherie, tromperie. Mais le but du jeu, ce n’est pas de tuer. Simplement de faire un maximum d’argent », détaille François Desriaux, co-fondateur de l’Andeva et ancien président de l’association.

Pour le code pénal, ces employeurs ne sont pas des délinquants. Au moment où la loi Fauchon était adoptée, diverses associations (Andeva, le Comité anti-amiante Jussieu, Fnath - association des accidentés de la vie) avaient affirmé que le texte allait permettre d’amnistier par avance la responsabilité des auteurs indirects d’homicide ou de blessures involontaires. Donc les dirigeants. Aujourd’hui, pour ces associations, « la véritable nature de cette loi éclate au grand jour : elle n’exonère pas seulement les décideurs, elle empêche tout examen des véritables responsabilités dans les catastrophes sanitaires ». Les victimes de l’amiante, qui tombent par milliers chaque année, comptent maintenant sur le Chef de l’État et le Parlement pour réviser cette loi. Seront-elles entendues ?

Notes

[1] Entre 1983 et 1987, l’actuelle maire de Lille était la directrice des relations du travail au ministère du travail : elle était soupçonné d’avoir tardé à faire appliquer des directives européennes qui auraient pu protéger les travailleurs de l’amiante.

[2] Lire, à ce propos l’ouvrage d’Annie Thébaud-Mony La science asservie, publié par la Découverte, en 2014.

 

Source : Basta

Vous aimez ce que vous lisez ? Notre travail est gratuit et indépendant, mais il a un coût. Vous pouvez nous soutenir librement grâce à un don via Tipeee ou PayPal. Si vous ne pouvez pas nous aider financièrement (ce que je peux comprendre parfaitement), vous pouvez partager les articles sur vos réseaux sociaux, et parler du site autour de vous. Merci à celles et ceux qui rendent tout cela possible.

Informations complémentaires :

Partager sur les réseaux sociaux

Publier 0Nombre de partages sur X
0Nombre de partages sur X
Partager 0Nombre de partages sur Facebook
0Nombre de partages sur Facebook
Partager 0Nombre de partages sur Linkedin
0Nombre de partages sur Linkedin
E-mail 0Nombre de partages sur Email
0Nombre de partages sur Email
WhatsApp 0Nombre de partages sur Whatsapp
0Nombre de partages sur Whatsapp
Télégramme 0Nombre de partages sur Telegram
0Nombre de partages sur Telegram

1000 Characters left


 

Vous appréciez Crashdebug.fr ?

Pour nous soutenir, vous pouvez nous aider à financer ce serveur :

Faire un don ponctuel via paypal

Faire un don ponctuel ou mensuel via Tipeee

Ne perdez rien de notre actualité, rejoignez-nous sur Twitter (X), Youtube, ou Facebook ou encore Telegram (pas de filtrage algorithmique), avec la censure de Google, nous avons plus que jamais besoin de votre soutien.

Tous les commentaires publiés sont sous la responsabilité de leurs auteurs respectifs. Crashdebug.fr ne saurait être tenu responsable de leur contenu ou orientation.

Vidéo bloqué qui ne se lance pas ?

Comment nous contacter ?

Vous avez des questions ?

Merci,

Sites ami(e)s