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Touché par la crise, ADP qui gère les aéroports parisiens, prévoit de diminuer les salaires. En cas de refus des employés, ils pourraient être licenciés. Les syndicats crient au chantage.

ADP
Le siège d’Aéroports de Paris à Roissy. LP/Jean-Gabriel Bontinck

Par Vincent Vérier

Le 26 janvier 2021 à 06h17

Garder son emploi ou accepter des baisses de salaires ? Voilà en substance ce que propose la direction d'Aéroports de Paris (ADP) à ses 6400 salariés. Confrontée à une crise sans précédent dans l'aérien à cause de la pandémie de Covid-19, l'entreprise qui gère notamment les aéroports parisiens de Roissy (Seine-et-Marne) et d'Orly (Val-de-Marne) s'est engagée dans un vaste plan d'économie.

Après 160 heures de travail sur cinq mois, direction et syndicats sont parvenus en décembre à un accord sur une rupture conventionnelle collective (RCC) qui ouvre la porte à 1150 départs volontaires dont 700 ne seront pas remplacés. Mais la direction souhaitait aller plus en signant avec les partenaires sociaux un accord de performance collective (APC). Les syndicats ont dit non. Il faut dire que l'APC imposait aux salariés une baisse de rémunération. En échange, la direction s'engageait à ne procéder à aucun licenciement pendant trois ans. « Vu la situation du secteur aérien c'était un bel engagement », confie ADP.

Un avenant au contrat de travail envoyé aux salariés

Finalement, le 21 janvier, lors du premier comité social et économique (CSE) de l'année, la direction de l'entreprise a décidé d'appliquer ces mesures de manière unilatérale, comme la loi l'y autorise. Un vrai choc pour cette ancienne entreprise publique encore détenue à 50,6% par l'Etat.

Concrètement, si le projet aboutit malgré les recours juridiques que devraient déposer les syndicats, les salariés recevront dans les prochains mois un avenant à leur contrat de travail pour acter cette baisse. Si le salarié refuse de le signer, la loi autorise l'employeur à le licencier. Le Code du travail oblige même l'entreprise à lancer un plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) si plus de neuf salariés s'opposent à cet avenant. La porte ouverte à un plan de licenciement massif, estiment les syndicats. « C'est du chantage à l'emploi, insiste Véronique Pigueron, présidente de la CFE-CGC, syndicat majoritaire chez ADP. C'est soi vous accepter de gagner moins, soit vous prenez la porte. »

8% de baisse maximum selon la direction

Une décision d'autant plus inacceptable pour les syndicats qu'ils ont fait leurs calculs : « C'est entre -10% et -15% sur la fiche de paie, assure Daniel Bertone, secrétaire général de la CGT ADP. Nous avons accepté la rupture conventionnelle collective qui va permettre d'économiser 30 millions d'euros en 2021 puis 60 milions en 2022. Mais la direction veut toujours plus. »

Des calculs contestés par Aéroports de Paris qui estime la baisse de rémunération autour de 4% en moyenne avec un maximum de 8%. « Il y a des garde-fous, répète l'entreprise. Si pour certains salariés la baisse dépasse les 8%, ils pourront en discuter avec le DRH pour corriger les choses. Et on s'engage à ce que cette diminution n'entraîne pas des rémunérations en dessous de 1850 euros bruts par mois ».

Ces baisses de salaires impacteront les indemnités kilométriques, – qui peuvent atteindre 315 euros par mois pour 1900 salariés — mais aussi les 13e et 14e mois. « Mais nous ne touchons pas au salaire de base, ni à l'ancienneté ni aux avantages familiaux, énumère la direction. Compte tenu du contexte, c'est mesuré et équilibré. D'autant que s'il doit y avoir un PSE, les premiers licenciements n'interviendront qu'en 2022. Et ils seront tous remplacés ».

La privatisation « est toujours dans les cartons »

Pas de quoi calmer l'inquiétude des syndicats. « Dans ce que la direction impose il n'y a aucune clause de revoyure, s'agace Laurent Garssine, secrétaire général Unsa Sapap. Ces baisses, elles sont à vie. Nous avons la désagréable impression que notre direction profite d'une crise conjoncturelle pour faire des réformes structurelles ». Une analyse que ne désavoue pas une source interne. « Pour passer la crise et payer un investissement en Inde ( NDLR : le groupe GMR qui gère 7 aéroports dont celui de New Delhi ), ils ont emprunté 4 milliards d'euros qui sont conditionnés à des économies de charges de l'ordre de 200 millions, confie cet observateur bien placé. Et puis ils veulent rendre la mariée plus belle. La privatisation d'ADP, même si elle est repoussée à cause du Covid, est toujours dans les cartons. »

Quoi qu'il en soit, pour Daniel Bertone : « C'est un mauvais signe envoyé à toutes les entreprises françaises. Je rappelle qu'ADP est détenu majoritairement par l'Etat. Et pourtant, le gouvernement ne réagit pas. »

 

Source : Le Parisien.fr

 

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