Breivik : les surprises de la justice et de la prison à la norvégienne...

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Voilà comme un homme mal intentionné peut mettre à mal tout un système judiciaire et carcéral, qui est, à mon avis, à mettre à la gloire de l'humanité : 21 ans est-ce raisonnable, quand on sait qu'il a tué de sang-froid 77 personnes, plus les victimes de l'attentat à la voiture piégée à Oslo, la même journée ?

Cela peut paraître excessif, mais sa détermination, à mon goût, mérite au moins la perpétuité, et encore c'est parce que je suis chrétien...

Je pense que chaque homme peut se racheter, mais dans le cas de Brievik cela me paraît mal parti.

Enfin, pour l'instant, qui sait dans ... 15 ou 20 ans... Vous imaginez 21 ans avec un PC ou un Mac, mais sans... Internet...

Il va pouvoir apprécier la solitude...

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Anders Behring Breivik

Jugé responsable de ses actes, Anders Behring Breivik été condamné à la peine maximale, vingt-et-un ans, pour avoir tué 77 personnes en juillet 2011. Soit trois mois de prison par meurtre, comme l’ont relevé des anonymes sur Twitter.

Pour une autre partie de l’opinion norvégienne, ce sont les conditions de détention de Breivik qui choquent. Un sondage paru vendredi dans le quotidien Verdens Gang montre que 54 % des Norvégiens interrogés les jugent trop « clémentes ».

En juillet 2011, Mads Andenas, ancien directeur de l’Institut de droit international et comparé de Londres, aujourd’hui professeur de droit à Oslo, racontait à Rue89 comment sa nièce avait échappé au forcené sur l’île d’Utoya, contrairement à quelques-uns de ses élèves.

« Vous savez, nous admirons Badinter »

Sa famille et lui se disent aujourd’hui « très soulagés par l’issue du procès » :

« Les atrocités et la manière dont les autorités ont tragiquement échoué à prévoir et à stopper ces événements sont impardonnables et profondément déprimants. Le procès, en suivant des procédures normales, d’une manière équilibrée et proportionnée, a été un soulagement. Peut-être même un succès.

Pour ce qui est de la peine, vous savez, nous admirons Badinter [ministre de la Justice qui a abrogé la peine de mort en France, ndlr] et ce qu’il a fait et continue à faire. Il fait partie des héros européens et il est très respecté, ici, en Norvège.

Personne ici ne veut de la peine de mort. Et la Norvège n’envisage pas non plus la prison à perpétuité, ni l’emprisonnement des condamnés dans des conditions inhumaines.

Votre ancien président de la Cour de cassation Guy Canivet a beaucoup critiqué les conditions d’emprisonnement en France. Le dernier rapport de l’Observatoire des prisons est d’une tristesse extrême. Nous ne voulons pas de ça ici. »

Trois pièces de 8 mètres carrés

Breivik bénéficiera d’un espace spécialement aménagé sous un régime de très haute sécurité, annonce la prison d’Ila, près d’Oslo.

Il se compose de trois cellules de 8 mètres carrés : une pour dormir, une pour faire du sport, une autre, équipée d’un ordinateur mais sans connexion Internet, pour travailler.

Mais il ne bénéficiera pas du service de salariés « pour jouer et discuter », comme certains médias l’évoquaient ce samedi matin : l’information a été démentie par la prison.

Le Norvégien passera ses prochaines années en isolement, dans le quartier de haute sécurité de cet ancien camp de concentration nazi qui abrite les plus grands criminels du pays.


Dans la prison d'Anders Breivik par LeNouvelObservateur

Pour Toril Moi, directrice du centre de recherche féministe à l’université de Bergen et coauteure d’une tribune dans le New York Times datée de ce samedi, « les médias étrangers n’expliquent pas assez que Breivik a écopé d’une peine de vingt-et-un ans, mais aussi d’un examen judiciaire tous les cinq ans ».

Un dispositif qui devrait empêcher toute libération du tueur à l’issue de sa peine, tant que la justice estimera que le tueur représente un danger pour la société.

Contactée par Rue89, Toril Moi rappelle que la plupart des Norvégiens pensent aujourd’hui que « Breivik ne sortira jamais de prison ».

Un « nouveau modèle pour la justice » ?

Dans l’article qu’elle signe avec David L. Paletz, professeur de sciences politique à l’université américaine Duke, elle estime que ce jugement, conforme au système norvégien, est « un nouveau modèle pour la justice ».

Insistant sur l’attention portée par le tribunal à chacune des victimes et à leur famille, elle conclut que « la pleine reconnaissance de la vérité de la souffrance humaine peut avoir des effets de guérison pour les victimes et leurs familles, et pour toute une nation ».

« La cellule de Breivik ne semble pas particulièrement luxueuse », modère d’ailleurs Toril Moi :

« De nombreuses prisons norvégiennes ont de bien meilleures conditions que la sienne. »

A Halden, une douche individuelle avec de belles serviettes blanches

C’est le cas d’Halden, seconde prison de haute sécurité en Norvège, où il a été un temps question que Breivik séjourne. Un reportage du Guardian de mai 2012 décrit ce centre pénitencier souvent « comparé à un hôtel ».

L’Etat norvégien a investi 1,3 milliard de couronnes dans cette prison au « minimalisme chic », inaugurée en 2010. Chaque cellule dispose d’une télévision à écran plat, d’une douche individuelle avec de belles serviettes blanches.

Chaque détenu a son propre mobilier et de grandes fenêtres donnant sur la forêt. La prison suréquipée « où règne le calme » symbolise un système norvégien davantage tourné vers la réadaptation des criminels que sur leur punition.

La journaliste britannique rapporte l’étonnement du directeur, interrogé sur le nombre d’attaques de prisonniers sur les gardes, les hospitalisations, et les violences – des événements courants dans les prisons anglaises. « Il y a très peu de violence ici », s’étonne le directeur, incapable de se souvenir d’à quand remonte la dernière bagarre.

« Les prisons les plus confortables au monde »

« Les prisons norvégiennes sont les plus confortables au monde », raconte Diane Berbain, qui tient le blog Chemin du nord sur Rue89, et a vu un de ses amis emprisonné pour violence – « on est très vite jeté en prison, pour un excès de vitesse ou une bagarre en ville le soir » :

« Les caméras à l’entrée ne fonctionnaient pas. Ils avaient droit à des cours de langue, de yoga, à une bibliothèque, une salle de sport... Et de jolis espaces verts !

Au lieu de payer une amende de près de 4100 euros, on choisit souvent l’enfermement, on sait que ça ne sera pas trop dur.

On peut même lire dans un guide en norvégien sur Paris que j’ai à la maison un avertissement, expliquant qu’il vaut mieux respecter la loi en France, car les prisons y sont surpeuplées et très dures ! »

Un taux de récidive parmi les moins élevés

Selon Jan Landro, du quotidien Bergens Tidende, « la Norvège a sans doute le pourcentage de récidives le plus bas chez les condamnés d’Europe [moins de 20 %, ndlr], ce qui peut indiquer que [le] traitement des criminels est bon » :

« Le procès a été un test pour notre humanisme et notre civilisation. Nous l’avons réussi. Le jugement et ce qu’il va se passer ensuite ne doivent pas nous faire nous comporter de façon moins civilisée. »

 

Source : Rue89