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Ce mercredi, à l'Assemblée nationale, débute "la bataille des amendements" sur le budget 2015 qui vise à réaliser 21 milliards d’économies. Pour les parlementaires du Front de gauche, la pilule "sociale-libérale" ne passe pas comme nous l’explique le communiste Nicolas Sansu, député du Cher et membre de la commission des finances.
 
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Christophe Ena/AP/SIPA

Marianne : Comment accueillez-vous le projet de loi de finances pour 2015 présenté par le gouvernement ?

Nicolas Sansu : C’est la grenouille sociale-libérale qui veut se faire plus grosse que le bœuf libéral. Il marque la fin des illusions. Jusque-là, on nous expliquait depuis 2012 qu’il faudrait deux ans avant de pouvoir redistribuer. Je pose maintenant la question : où est la redistribution ? D'autant que cette loi de finances ne va faire qu’aggraver la situation dans laquelle on est. Tous les éléments montrent que ces politiques tirent les pays vers la catastrophe. L’Allemagne s’approche de la récession, l’Italie n’y est pas loin non plus et il n’y a que la Grèce et l'Espagne qui retrouvent un peu de croissance, après avoir perdu des dizaines de points de PIB avec les politiques d’austérité.

Pourtant aujourd’hui, il y a des marges de manœuvre. Outre la lutte contre l’évasion fiscale qui peut se compter en milliards à récupérer, il y a la fameuse taxe sur les transactions financières qu’il faudrait remettre au centre du débat. D’autant qu’un rapport outre-Rhin a évalué qu’elle pourrait rapporter pas moins de 20 milliards aux Allemands, pourquoi ne pas y réfléchir aussi ?
 
Quels sont les points qui vous heurtent particulièrement ?
Le projet de loi de finances met tout d’abord en œuvre le pacte de responsabilité avec les 41 milliards d’argent public donnés aux entreprises sans aucune contrepartie. Attention, je ne pense pas qu’il faut s’abstenir d’aider les PME et les moyennes entreprises, au contraire. Mais il y a deux options : on peut le faire soit par des allégements fiscaux aveugles — c’est la formule qui a été choisie —, soit avec des dépenses d’intervention pour redynamiser des secteurs précis — c’est ce que nous demandons.

Autre problème qui concerne l’impôt sur le revenu. Si, sur la suppression de la première tranche, on n'est pas contre par principe — les petites mamies aux maigres retraites seront contentes de ne plus avoir à payer — cette disposition ne résout en rien le problème de l’architecture fiscale. On fera une proposition dans ce sens pour rééquilibrer la fiscalité, soulager les plus démunies et demander aux hauts revenus de contribuer plus largement.
Et puis il y a la question de la dotation des collectivités territoriales. Je note d’ailleurs que l’orchestration a été très bien organisée avec la sortie du rapport de la Cour des comptes  qui brocarde les dépenses des collectivités locales. Sauf que les collectivités sont de plus en plus amenées à répondre aux situations de détresse. Ce sont elles qui soutiennent l’investissement locale. Or, l’investissement public génère de l’investissement privé. Je pense que la conséquence de cette baisse de dotation va entrainer la chute de pans entiers de l’économie. Ça va être un massacre. On est dans un type de budget à la Blair-Schröder qui va faire mal. Et puis on a un gouvernement qui s’attaque aux chômeurs alors qu’en même temps on a douze nouveaux milliardaires en France en 2014. On est chez les fous.
 
Est-ce que dans cette bataille d’amendements qui débutera ce mercredi, des convergences, mot très à la mode ces derniers mois, auront lieu à gauche ?

Oui. Avec les écologistes et les socialistes de « Vive la gauche » (les frondeurs, ndlr), on va se retrouver sur des amendements. On ne les cosignera pas mais on va se rallier. On en a discuté en amont avec les uns et les autres et on a défini des thèmes sur lesquels l'on peut se retrouver et voter ensemble, parlementaires Front de gauche, écologistes et socialistes de « Vive la gauche ». Par exemple, ces derniers sont pour une modification du CICE. Nous, nous sommes contre. On va d’abord proposer un amendement pour sa suppression puis, s’il ne passe pas, on votera leur amendement. J’espère qu’on va réussir à isoler le gouvernement sur certains amendements notamment sur celui sur les dotations aux collectivités. La droite devrait voter contre, les écolos devraient voter notre amendement et les socialistes de « Vive la gauche » aussi. On a une chance.

 

Source : Marianne.net

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