En ce jour du Cinquantenaire du Traité de l'Élysée, signé entre De Gaulle et Adenauer, Chalouette tenait à vous rappeler l'héroïsme de certain(e)s Français(es)...

22 Janvier 2013
Par Chalouette
Cinquantenaire du Traité de l'Élysée, signé entre De Gaulle et Adenauer
Il a scellé la réconciliation et l'amitié entre ennemis héréditaires
En mémoire :
Le Réseau Alliance
Citation à l’Ordre de la Légion d’Honneur : L’un des premiers et plus importants services de renseignements sous l’Occupation. Signé De Gaulle
Citation à l’Ordre de l’Empire britannique : Notre plus grande organisation indépendante de renseignements opérant en France. Signé George V
Extraits de « L’Arche de Noé », de Marie-Madeleine FOURCADE, Fayard,1968
Pour brouiller leurs traces, les membres du réseau Alliance ne se connaissaient que sous des noms d’animaux, Aigle, Hermine, Rossignol, Tigre. Les Allemands les appelaient L’ARCHE DE NOÉ.
De 1940 à 1944, 3000 soldats de l’ombre, 100 postes émetteurs, 1 liaison aérienne tous les mois avec Londres.
Tous les membres d’Alliance capturés par les Allemands ont été massacrés quelques heures avant l’arrivée des Alliés. À l’appel des morts plus de 400 noms.
« … Alors commença pour nous l’hiver le plus long.
Le cœur tenaillé, je me demandais combien de vies coûterait cette guerre pour en finir avec l’hitlérisme… », p. 686.
« … Et les autres ?
D’épouvantables prémices me laissaient augurer de la plus noire issue.
Le camp du Struthof, en Alsace, le seul camp de concentration en terre française qui fût équipé de chambres à gaz, venait de livrer son atroce secret : la mort lente des détenus par le gel, le travail forcé et les privations, la destruction systématique de l’espèce humaine par les sévices et les expériences.
On murmurait que beaucoup des nôtres avaient péri là-haut, dans ce cadre sauvagement beau, fait pour la contemplation. Dans la nuit du 1er septembre 1944, la cheminée du crématoire avait fumé sans arrêt, à la suite d’un transfert brusqué depuis le camp de Schirmeck, d’une centaine de nos amis… », p. 691.
«… À Strasbourg, Fanny et Yves Bouchard, nos responsables locaux, nous confirmèrent le drame du Struthof.
Dans la nuit du 1er au 2 décembre 1944, quinze femmes et vingt-deux hommes de la région Bretagne, vingt-deux hommes de la région de Bordeaux-La Rochelle, quatre de Normandie, dix de la région d’Autun, neuf de la région Méditerranée, quatre de la région Nord, treize du service radio et huit des services d’état-major et de la région parisienne, avaient été extradés du camp de Schirmeck et tués au camp du Struthof – 108 victimes à rajouter aux crimes de guerre de l’Obersturmführer SS Gehrum. « Le travail, avouera-t-il, dura deux jours. »
Un massacre épouvantable, le même que celui de Küstrin où Léon Faye avait trouvé sa fin dernière, mais, au Struthof, la tuerie sur commande par ordre supérieur avait frappé, seuls, les membres de SR Alliance.
Comment reconstituer exactement la terrible liste ? Comment ne pas garder l’espoir que, quelques-uns d’entre eux avaient échappé à la trappe des bourreaux SS, qui, pendant quarante-huit heures sans interruption, avaient accompli le même geste : les pousser un par un dans l’étroit escalier de la baraque du supplice, les faire basculer un par un d’une balle dans la nuque, les déposer un par un sur le monte-charge qui les précipitait dans le four crématoire pour qu’aucune trace du crime ne subsistât. Une frénésie de carnage accouplée d’actes indicibles…
Un témoin subsistait, le docteur Lacapère, le Dauphin du Lavandou. Isolé du réseau, gardé à Schirmeck comme médecin du camp, il avait vu nos amis partir en camion par fournées.
Une découverte confirma ses dires, la bouteille de l’homme à la mer. Enfouie sous la terre battue de la baraque 10 du camp de Schirmeck où ils avaient vécu leurs derniers mois, elle contenait des feuilles de corvées de quartier, émargées de signatures, des caricatures, des notes – un puzzle effrayant qui, reconstitué, ne nous laissa plus aucun espoir.
Philippe Kœnigswerther ! Non, il n’était pas mort à Bordeaux en se défendant contre la Gestapo, il avait abouti là, après des mois de torture. Pierre Berthomier et Jean Fontaine non plus n’avaient pas reçu la grâce de tomber à Volvic, les armes à la main.
Des familles entières, des couples avaient disparu pendant ces journées apocalyptiques.

Licorne ! Maurice Gillet et les siens, son père le colonel Gillet, soixante-dix ans, sa tante Jeanne Maistre, ses deux cousins les frères Guézene, son neveu Georges Roudaut. Avec Marie, sa femme, massacrée à Pforzheim, cela faisait sept personnes.
Le colonel Delmas-Vieljeux, maire de La Rochelle, soixante-dix-neuf ans, et son gendre Franck Delmas, et son petit-fils le pasteur Yann Roulet.
Jean Chéreau et sa femme Dorothée et sa fille Marcelle. Georges Émonin et sa femme Marceline. Les deux frères Paul et Armel Raulo.
Et tant d’autres… Paul Mengel, chef de la région Est, dont la femme était tombée en Forêt noire ; le colonel Paul Labat, conseiller du service des transmissions et huit de ses opérateurs ; Pierre Le Tullier – le « copain Pierre » ! – chef du secteur de Rennes ; Jacques Stosskopf, l’ingénieur du génie maritime, honneur de la base de Lorient ; le commissaire Jean Raison ; l’aspirant Pierre Fayolle, chef de la région parisienne ; le sergent pilote de chasse Jacques Chappeau, chef du secteur de Lille ; le colonel Émile Bonnet et tous les officiers d’active de la région du colonel Bernis ; André Collard, le Cactus arrêté dans l’opération marine Jeanneton ; le petit étudiant Jean Truffaut, « Tadorne », de la carte renseignée du Calvados. Tant de noms que j’avais lus et relus sur les glorieux courriers : Otarie, Cabillaud, Epinoche, Homard…
Et Abeille ! Et Christiane ! La radieuse Maritou Brouillet, la douce Christiane Battu… Anéanties elles aussi, disparues en fumée…
Tant de bons Français ! Albert Legris, leur doyen, avait près de quatre-vingt ans : la doyenne, Marguerite Job, soixante-dix. Gabrielle Renou, l’héroïque Ariane de la région de Dunkerque, était âgée de vingt-et-un ans ; le benjamin Robert Babaz venait à peine d’atteindre sa vingtième année.
Des vieillards, des malades, des blessés, des enfants, un prêtre, l’abbé Bernard Ferrand, qui était presque aveugle. C’était impensable, atroce. Pourtant les listes de la bouteille des naufragés étaient là, signées « Sioux », l’agent de liaison Louis Le Meur qui avait noté chaque présence au camp de Schirmeck, dessiné chaque visage… la seule trace désormais ici-bas d’eux, et de lui disparu avec eux. », p. 702 à 704.
« … J’ignorais aussi en commençant le pieux travail des récompenses, que les services officiels me feraient observer : « Vous exagérez, vous en avez trop, nous vous prions de choisir parmi ceux qui vous tiennent le plus au cœur… »
Les nazis, eux, avaient ordonné l’anéantissement de tous les membres de l’Alliance, condamné la Résistance à disparaître, à disparaître dans la nuit et le brouillard. Comment différencier alors, en étalonnant les rubans, les actions des uns et des autres ? N’étaient-ils pas tombés au même poteau, ceux qui en avaient fait beaucoup et ceux qui en avaient fait moins ?
En lisant les rapports des survivants, en traçant les citations de toutes ces actions volontaires, fulgurantes, éternelles, pendant l’accomplissement desquelles nos cœurs avaient à l’unisson, battu double ou quadruple au cours de quelques deux millions et demi de minutes, je ne pouvais vraiment pas choisir.
L’appel des morts s’étirait chaque jour : 400… 410… 420…430… 438 « Morts pour la France », p. 706.

L’amour de la liberté et de la patrie, le goût de l’aventure et de l’action efficace animent la vie de la seule femme chef d’un grand réseau de Résistance en Europe.
Cette jeune et belle publiciste refuse de se résigner à la défaite de 1940. Dès novembre 1940, elle fonde à Vichy avec le commandant Loustaunau-Lacau un réseau clandestin de renseignements militaires sous couvert du Centre d’entraide de la Légion française des Combattants. Initialement implanté à Marseille, sa ville natale, et à Pau, il s’étend peu à peu à toute la France. Il prend le nom d’Alliance en se rattachant directement à l’Intelligence Service et aide les anciens alliés de la France dans la bataille de l’Atlantique. Ses nombreux postes émetteurs envoient des renseignements sur les départs des sous-marins allemands qui, de Lorient, partent en chasse contre les convois britanniques. Courriers et agents transitent les nuits de lune par avions Lysander.
Après l’arrestation du commandant Loustaunau-Lacau, Marie-Madeleine Méric dirige seule un réseau étendu à toute la France. Riche de 1 500 agents, principalement issus de la fonction publique, de l’armée et des professions indépendantes, composé de 25 % de femmes, Alliance est d’une redoutable efficacité. Les Allemands l’ont baptisé « Arche de Noé » en raison des pseudonymes d’animaux que Marie-Madeleine, « Hérisson », a donnés à ses membres. De lui viennent des renseignements sur les transports allemands de troupes, les défenses de la côte ouest et les premières informations sur les VI et V2. En novembre 1942, Marie-Madeleine assure l’évasion de France du général Henri Giraud qui rejoint par sous-marin l’Algérie où il cofondera avec le général De Gaulle le Comité Français de Libération Nationale.
En dépit des trahisons et d’une répression devenue impitoyable après l’occupation de la zone sud, Marie-Madeleine reconstruit sans cesse le réseau et réussit à le décentraliser en s’associant avec « les Druides », mouvement clandestin au sein des Compagnons de France. La longévité de son commandement – trente et un mois – est exceptionnelle dans la résistance active. Elle la doit à sa mobilité permanente, à son cran, à une culture de la clandestinité née avant la guerre et au refus de toute politisation. Après l’arrestation de son adjoint le colonel Faye, en septembre 1943, les Britanniques pour protéger sa vie la retiennent à Londres où elle était venue en mission. Elle n’obtient l’autorisation de regagner la France qu’en juillet 1944 où elle se livre à des missions de renseignements en avant de l’armée Patton.
La victoire n’interrompt pas ses engagements désormais au service des familles des membres d’un réseau très éprouvé avec 438 morts et disparus. 106 d’entre eux ont été massacrés au Struthof à la veille de sa libération. Elle organise le rapatriement des corps des victimes, les commémorations, les secours matériels et moraux. Elle assume le secrétariat général puis la présidence du Comité d’Action de la Résistance. Devenue gaulliste fervente, elle contribue avec son second mari, Hubert Fourcade, au retour du général de Gaulle au pouvoir en mai 1958. Élue au Parlement européen, elle s’intéressait à la résistance afghane quand la mort la saisit en 1989. Les honneurs militaires lui furent rendus aux Invalides.
Michèle Cointet
professeur émérite à l’université de Tours
Source : Archivesdefrance.culture.gouv.fr
Vous aimez ce que vous lisez ? Notre travail est gratuit et indépendant, mais il a un coût. Vous pouvez nous soutenir librement grâce à un don via Tipeee ou PayPal. Si vous ne pouvez pas nous aider financièrement (ce que je peux comprendre parfaitement), vous pouvez partager les articles sur vos réseaux sociaux, et parler du site autour de vous. Merci à celles et ceux qui rendent tout cela possible.
Informations complémentaires :
Terms & Conditions
Subscribe
Report
My comments