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La génération Y, celle qui a grandi dans les années 2000, semble peiner à rentrer dans la vie adulte. Elle repousse les décisions sérieuses - enfants, mariage, carrière - jusqu'à la trentaine.
 
Generation Y

Atlantico : Il semble y avoir un réel décalage entre les vingtenaires d'aujourd'hui et les générations passées (celles de nos parents, grands-parents). Les Tanguys se sont généralisés et nombreux sont ceux qui ne se sentent pas adultes. Peut-on parler d'une génération passive ?

Florence Servan-Schreiber : On ne peut pas parler d'une génération passive, les vingtenaires d'aujourd'hui ne sont pas oisifs ils sont simplement actifs d'une manière différente. Notamment, parce que l'environnement sociétal est actuellement plus difficile à maîtriser. Les jeunes d'aujourd'hui ne savent plus très bien de quoi sera fait leur avenir : quel sera leur métier, ni dans quel pays ils vivront.

Ainsi ils tendent à se concentrer sur de micros objectifs.

Des objectifs plus petits que ceux que pouvaient avoir leurs parents et grands-parents au même âge, principalement à cause d'un objectif final difficile à cerner. De ce fait, ils se recentrent sur leurs études, la possibilité de voyager, la recherche de leur propre personnalité.

Il faut plutôt parler de cette génération comme d'une génération qui avance en zigzag plutôt qu'en ligne droite comme pouvait le faire  les générations précédentes au même âge.

Ces incertidutes expliquent ce phénomène des Tanguys. En partie, parce qu'il est devenu quasi impossible d'acheter son propre logement sans avoir une carrière professionnelle. Dans la façon même dont l'apprentissage personnel se fait de nos jours - notamment par la généralisation des stages - l'état d'adulescent n'en est que prolongé. Les jeunes apprennent énormément de choses durant ce prolongement de l'adolescence mais ils n'ont pas les possibilités financières nécessaires à commencer leur vie d'adulte. 

Avencer en zigzag est aussi un processus de perfectionnement : les vingtenaires se perfectionnent sans tout à fait se lancer dans leur vie d'adulte. L'obsession actuelle du CDI y est pour beaucoup. Etre adulte n'est pas une question de volonté mais plutôt celle du "est-ce que mon CDI est terminé" ? 

Les possibilités d'études, de voyages… se sont multipliées, c'est donc l'apparition d'un monde pluriel, voire une extension de l'adolescence. Cette expansion des possibilités hors cadre professionnel expliquent-elles à elles seules ce manque d'engagement dans la vie active ?

Cette impossibilité à devenir adulte dans la période des 20 à 30 ans, ne découle pas d'un manque d'engagement. Les choix sont souvent incertains : la multitude de possibilités rend la capacité à faire un choix et à s'engager plus compliquée. Plus il y a d'orientations possibles plus la décision devient anxiogène. Surtout, parce que faire un choix est synonyme d'un renoncement. Ce faisceau de possibilités vertigineuses donne lieu à une absence de choix ou à un choix provisoire. La multitude des métiers existants et pouvoir se dire " je pourrais faire ce métier, ou celui-ci, je pourrais vivre ici ou là-bas…",  sont autant d'hyper choix rendant la prise de décision plus complexe.

 

Source : Atlantico.fr

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