Pendant ce temps...

Le virage sur l’aile pris le mois dernier par Matignon à l’occasion de la réforme des zones de revitalisation rurale a montré à quel point les 6 sièges d’avance de la gauche au Palais du Luxembourg hantent les nuits des stratèges de l’ Elysée et de Matignon. 2 lois, adoptées discrètement par le Parlement pendant la canicule, devraient permettre de grappiller quelques sièges.
La 1ère, votée le 23 juillet, modifie radicalement le mode de scrutin. Lequel passera à la proportionnelle dans les 57 plus gros départements ( contre 30 actuellement), qui désignent chacun 3 sénateurs. Lors du vote de 2008 au scrutin majoritaire, la droite avait raflé la totalité des 3 sièges dans 9 de ces départements. La proportionnelle lui ôte toute chance de répéter ces grands chelems l’an prochain, et, par conséquent, elle risque de perdre un sénateur dans chacun de ces départements. Résultat prévisible des courses: 9 sièges devraient tomber à gauche sans le moindre effort.
Le deuxième étage de la fusée et la toute aussi discrète réforme de l’élection des 12 sénateurs représentant les Français de l’étranger, votée le 27 juillet en urgence. La ministre chargée des Français établis hors de France, Hélène Conway-Mouret, est partie d’un constat de bon sens: cette douzaine de sénateurs hors sol était jusqu’à présent sélectionnée par un corps électoral microscopique: les 155 membres de l’ Assemblée des Français de l’étranger ( AFE). En gros, 25 voix suffisaient à un candidat pour se faire catapulter au Sénat. Cette survivance du Gaullisme triomphant était devenue indéfendable.
La réforme remplace donc ce club très fermé des 155 grands électeurs par 444 « conseillers consulaires auprès des ambassades« , élus au suffrage universel. Ce collège électoral sera renforcé par les 8 députés des Français de l’étranger.
Outre cette colossale « démocratisation », la ministre a mitonné un « rééquilibrage » géographique au bénéfice des régions du monde qui, comme l’Asie, accueillent des jeunes cadres et ingénieurs plutôt que des vieux notables encroûtés. Résultat: la gauche espère bien faire main basse sur 1 ou 2 des 4 sièges UMP qui seront renouvelables en septembre 2014.
Anecdote amusante, cette réforme, qui peut contribuer à sauver la majorité PS au Sénat, a provoqué une jacquerie parmi les notables socialistes qui siégeaient à l’ Assemblée des Français de l’étranger. Pour prix de leur tâche sûrement épuisante, ces grands électeurs touchaient une indemnité annuelle grassouillette: de 14 134 euros pour les soutiers à 38 222 euros pour chacun des 33 membres du bureau. Soit une facture totale de plus de 3 millions d’euros. Ils sont partis en guerre contre cette réforme qui risquait de les priver injustement d’un revenu si durement gagné.
Il a fallu que Jean-Marc Ayrault tape du poing sur la table pour que pas une voix socialiste ne manque, le jour du vote. Admirable, ce sens du sacrifice…
Article extrait du Canard enchaîné du 21/08/13
bservatoiredessubventions.com via Chalouette
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