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Ukraine Otan 12 05 2016
Le ministre des Affaires étrangères de l’Ukraine, Pavlo Klimkin, s’entretient avec Didier Reynders, le ministre des
Affaires étrangères de la Belgique, lors d'une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'OTAN au siège
de l'Alliance à Bruxelles, en Belgique, le 2 décembre 2015.

Reuters/Eric Vidal

Les relations entre les États-Unis et la Russie sont déjà dans un mauvais état, et les diplomates américains l’enveniment en envoyant des messages contradictoires sur les relations futures de l'Ukraine avec l'OTAN.

Tout d'abord, l'OTAN et Kiev ont signé une lettre d'intention en février pour la coopération entre leurs forces d'opérations spéciales. Deux mois plus tard l’ambassadeur américain et l’actuel secrétaire général adjoint de l'OTAN, Alexander Vershbow, a dit qu'il était temps d'amener l'armée ukrainienne « à être en conformité avec les normes de l'OTAN ». A peine une semaine plus tard, cependant, l'ambassadeur américain à l'OTAN a exclu une expansion de l'OTAN dans les « prochaines années ».

Ces messages confus ne provoquent que de la confusion, provoquant la Russie tout en étant potentiellement un faux espoir pour l'Ukraine. Pour cette raison, il est temps pour Washington de préciser que l'adhésion ukrainienne à l'OTAN n’est actuellement pas sur la table. Voici pourquoi.

Tout d'abord, l'OTAN ne possède presque aucune capacité pour défendre l'Ukraine. La Russie a 270.000 soldats et 700 avions de combat positionnés sur les frontières sud et ouest de l'Ukraine. Et comme la Russie l’a démontré, en 2015, quand elle a envoyé 150.000 soldats pour entourer l'Ukraine, Moscou peut rapidement mobiliser ses forces armées en cas de conflit.

Pendant ce temps-là la Crimée, quant à elle, est devenue une forteresse russe après son annexion. Moscou a fortifié la péninsule avec 25.000 soldats, de nombreux navires et sous-marins, ainsi que ses meurtriers missiles air-sol S400 - une arme qui pourrait abattre à 250 miles de distance plusieurs avions de l'OTAN. En outre, comme la récente campagne syrienne de la Russie l’a démontré, son armée possède maintenant le même type de missiles de croisière de précision de pointe que ceux utilisés par les États-Unis, ce qui fournit encore une autre arme que Moscou pourrait déployer contre l'OTAN si une guerre autour de l'Ukraine et de la mer Noire venait à éclater. Enfin - et peut-être le plus troublant - La Russie affirme même le droit de déployer des armes nucléaires en Crimée.

Compte tenu de la force militaire massive que Moscou peut déployer autour de l'Ukraine, tout stratège américaine préconisant d’intégrer Kiev à l'OTAN devrait répondre à certaines questions militaires difficiles :

Des jeux de guerre récents ont révélé que l'OTAN perdrait une guerre dans les pays baltes face à la Russie dans les 36 à 60 heures, et il est difficile d'imaginer autre chose qu'un résultat similaire en Ukraine.

En outre, Washington affronte des obstacles militaires non seulement importants dans la défense de l'Ukraine, mais fait également face à un écart significatif entre les enjeux russes et américains dans le pays. Comme l'invasion de Poutine en Crimée et l'escalade ultérieure dans l'est de l'Ukraine l’a montré, l'orientation géopolitique de Kiev est un intérêt national extrêmement important pour la Russie. En revanche, le refus du président américain Barack Obama de fournir à l'Ukraine des armes létales, et encore moins de déployer des troupes de combat en Ukraine, indiquent que les intérêts de Washington sont périphériques au mieux.

Pour comprendre pourquoi cela est le cas, ceux qui veulent que l'Ukraine adhère à l'OTAN devraient revenir en arrière, et lire l’allocution du 18 mars 2014 du président Vladimir Pountine, discours annonçant l'annexion de la Crimée. Arguant que la Russie a été contrainte d'annexer la Crimée pour prévenir la possibilité que l'Ukraine ne rejoigne l'OTAN, M. Poutine a affirmé que l'Occident « nous avait menti à plusieurs reprises. Ce qui est arrivé avec l'expansion de l'OTAN vers l'Est. ... L'OTAN demeure une alliance militaire. Je ne veux pas être accueilli à Sébastopol par les marins de l'OTAN ».

Les paroles de Poutine ne sont pas de la simple rhétorique. L'Occident a longtemps sous-estimé la profonde humiliation ressentie par Moscou à la suite de l'expansion de l'OTAN vers les frontières de la Russie, dans les décennies après la chute de l'ex-Union soviétique, et même le commandant en chef de la marine américaine en Europe admet que la Russie considère aujourd'hui  l'OTAN comme une « menace existentielle ». Pour faire une analogie historique, la Russie considère l'OTAN pour l'Ukraine, de manière similaire à la façon dont le président américain John F. Kennedy a vu le déploiement de missiles soviétiques à Cuba, en 1962. Étant donné que l'OTAN était - et reste - une alliance militaire dirigée contre la Russie, rejeter les sentiments de Moscou à ce sujet comme étant de la simple « paranoïa » est trop simpliste.

Les partisans de l’adhésion de l’Ukraine à l'OTAN soutiennent que la Russie ne doit pas recevoir un droit de veto sur l'orientation géopolitique de l'Ukraine. Moralement cela est correct - surtout compte tenu du fait que l'annexion par Poutine de la Crimée était une violation flagrante du droit international. En outre, la décision de l'Ukraine d'identifier officiellement la Russie comme un ennemi est la bonne décision, et il est facile de voir pourquoi Kiev voudrait l'aide américaine dans sa lutte permanente avec Moscou.

Les États-Unis, cependant, reçoivent également un vote sur l'expansion de l'OTAN, et peu importe combien les États-Unis peuvent admirer la volonté de l’Ukraine post-Maidan de les voir modifier leur trajectoire, avant de conclure une alliance militaire, les décideurs de Washington doivent toujours se poser la question suivante : est-ce que cet engagement augmentera ou diminuera la sécurité nationale des États-Unis ? Considérant l’absence de  volonté de Washington de vouloir jouer à un jeu nucléaire avec Moscou, l'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN affaiblirait la sécurité nationale américaine plutôt que de l'améliorer.

Pour être clair, rien de tout cela ne signifie que les États-Unis devraient fournir à la Russie un droit de veto absolu sur l'avenir de l'Ukraine, et l'Ukraine doit rester libre de développer une relation économique avec l'Occident si elle le souhaite. Kiev a déjà signé un accord d'association avec l'Union européenne, ce qui signifie un engagement à long terme de l’intégration de l'économie de l'Ukraine avec l'Europe et Washington devrait pousser les Européens à mettre l’adhésion de Kiev à l'UE sur une voie rapide.

En outre, l'Occident devrait poursuivre son soutien non militaire en cours pour l'Ukraine. Sur le plan politique, les sanctions occidentales sur Moscou devraient rester en place jusqu'à ce que la Russie honore l'accord de Minsk II en retirant ses troupes de la région du Donbass, et en terminant le soutien militaire aux séparatistes. Alors que la Crimée reste presque certainement perdue pour l'Ukraine, l'Occident ne doit pas reconnaître que la péninsule fait partie de la Russie en l’absence d' une solution mutuellement satisfaisante sur la Crimée, directement entre Moscou et Kiev. Les États-Unis ont utilisé la même politique pendant la guerre froide, lors de l'annexion des États baltes par l'Union soviétique, ce qui signifie qu’un précédent pour cette approche existe.

L'Occident devrait également continuer à soutenir l'Ukraine financièrement, en particulier ses militants civils courageux déterminés à briser l'emprise des fonctionnaires prédateurs de Kiev. En outre, alors que le président Barack Obama, à juste titre, résiste à envoyer des milliards de dollars d'armes létales à l'Ukraine, Washington devrait continuer à acheminer une aide non létale. Enfin, les États-Unis et ses alliés européens devraient augmenter de manière significative l'aide humanitaire à l'Ukraine, alors que Kiev se bat pour nourrir et soigner des millions de réfugiés internes victimes de la guerre dans le Donbass.

Située à cheval sur un voisin géant, l'Ukraine est une victime classique de « la revanche de la géographie ». De Robert Kaplan. Essayer de résoudre ce problème pour Kiev en l'invitant à adhérer à l'OTAN n’est pas dans les intérêts nationaux américains. Mais alors que les États-Unis devraient exclure toute adhésion à l'OTAN pour Kiev, ils ne doivent pas abandonner l'Ukraine à son sort.

(Josh Cohen est un ancien officier de projet USAID impliqué dans la gestion des projets de réforme économique dans l'ex-Union soviétique. Il tweets @jkc_in_dc Les opinions exprimées sont les siennes.)

 

Source(s) : Reuters.com via Contributeur anonyme

Traduction : ~ folamour ~
Corrections : ~ chalouette ~

Reproduction libre à condition de citer la source ainsi que celle de la traduction.

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