
Les assurés pourraient dorénavant supporter un reste à charge pour se soigner ou acheter des lunettes.
La réforme de la complémentaire santé pourrait bien faire un perdant : le patient. Après des mois de débat, le gouvernement a publié le détail de ce que devront dorénavant rembourser, au minimum, les contrats responsables. Ce n'est pas anodin : lesdits contrats, qui remplissent un cahier des charges pour pouvoir bénéficier d'exonérations de taxes pour leurs bénéficiaires, représentent 94 % du marché.
Les groupes de complémentaire santé - qui les proposent - s'inquiètent que les malades, d'une façon ou d'une autre, payent les pots cassés d'une réforme mal engagée. Bref, tout l'inverse de l'objectif de Marisol Touraine, dont la réforme vise à réduire la facture du patient. Pour ce faire, la ministre de la Santé a plafonné les montants maximums de remboursement proposés par ces contrats responsables. Pour les médecins, les dépassements d'honoraires pourront être remboursés jusqu'à 125% jusqu'en 2017, après jusqu'à 100%. Des prix maximums ont également été fixés pour les lunettes. Le gouvernement espère ainsi que les médecins baisseront le tarif de leurs consultations, et que les opticiens diminueront le prix des lunettes.
Le risque - souligné dans une étude inédite de la Fédération française des sociétés d'assurances (FFSA) que Le Figaro s'est procurée -, c'est que les professionnels ne changent rien à leurs habitudes. «Les praticiens ne fixent pas les honoraires en fonction des contrats», estime-t-on du côté des assureurs. Par conséquent, un spécialiste qui facture 100 euros sa consultation - ce qui n'est pas rare à Paris - entraînera un reste à charge de 55 euros pour le patient, avec un contrat responsable dont la limite de remboursement plafonné à 100 %. Or, selon la FFSA, 47 % des gynécologues dépassent le seuil de 100 % du tarif Sécu. En région parisienne, cette proportion grimpe à 64 % et un sur cinq facture ses services plus de trois fois le tarif de base. Le reste à charge pour une mère trentenaire, vivant seule à Paris avec ses enfants, pourrait ainsi atteindre 400 euros par an, en incluant ses consultations chez le pédiatre.
A contrario, la Mutualité française trouve les plafonds de remboursement trop élevés, alors que la moyenne des dépassements en France n'est que de 56 % du tarif Sécu. Les médecins pourraient donc être incités à augmenter leurs tarifs pour coller à ce plafond, et les prix des complémentaires santé, augmenter en conséquence, obligeant les assurés à se tourner vers des contrats low-cost, craint la Mutualité.
Dans tous les cas, les perdants seront une nouvelle fois les classes moyennes. Les patients les plus modestes bénéficient en effet d'aides pour se payer une complémentaire santé, quand les plus aisés peuvent limiter la casse en souscrivant une surcomplémentaire santé.
Source : Lefigaro.fr
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