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Alors que le gouvernement évoquait, voici quelques jours, un taux de mortalité en service de réanimation d’environ 10% à cause du nouveau coronavirus, les données du Réseau européen de ventilation artificielle, révélées par Le Monde, indiquent que celui-ci serait en fait compris entre 30 et 40%. Explications.

Rea 27 04 2020
Un patient infecté par le Covid-19 est transféré en réanimation à l’hôpital de Mulhouse. | PATRICK HERTZOG / AFP

Or, on l’a appris ce lundi 27 avril grâce à une étude révélée par le Monde, ce chiffre serait en fait de l’ordre de 30 % à 40 %, soit trois à quatre fois plus important que celui du bilan officiel du gouvernement. En cinq questions, faisons le point sur ces données inédites.

À qui doit-on cette étude ?

Au Réseau européen de ventilation artificielle. Créé en 2009 à l’occasion de l’épidémie de la grippe H1N1, le Reva s’intéresse à toutes les formes graves de réanimation en France. Et si ses données sont récentes, elles n’en restent pas moins sérieuses, effectuées directement sur le terrain et à partir d’un échantillon le plus vaste possible : avec la pandémie du nouveau coronavirus, le réseau est ainsi passé de 70 à 200 centres de réanimation.

Quotidiennement, chacun d’entre eux renseigne un registre informatique avec des informations sur le parcours des patients Covid en réanimation : arrivées, transferts, sorties, décès… À partir de 4 000 malades admis en réanimation à cause du nouveau coronavirus, indique Le Monde, un ensemble d’un millier de patients a pu être constitué et suivi pendant près d’un mois, du 28 mars jusqu’au 25 avril.

Que montre l’étude du Reva ?

Que nous nous dirigeons vers une mortalité de 30 % à 40 % en service de réanimation. C’est un chiffre énorme, commente Matthieu Schmidt, médecin réanimateur à la Pitié-Salpétrière, à Paris, et coordinateur du Reva, interrogé par le quotidien.

Selon Le Monde, ce médecin ne s’attendait pas à avoir des chiffres aussi élevés lorsqu’il a lancé l’étude : On n’a jamais vu de tels taux de mortalité. Avec le H1N1, même avec les formes les plus graves, on était à 25 %.

Pourquoi une telle mortalité ?

Pour le coordinateur du Réseau européen de ventilation artificielle, l’explication tient à la gravité et au caractère protéiforme de la maladie : On n’est pas seulement sur une pneumonie ou sur une simple défaillance des organes pulmonaires, explique Matthieu Schmidt, mais sur une pathologie grave qui a aussi une grande composante inflammatoire, vasculaire ou qui peut également atteindre les reins.

Qu’en pensent les autres médecins sur le terrain ?

Contactés par Le Monde, plusieurs médecins en réanimation confirment l’estimation du Reva, que ce soit à l’hôpital du Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne), à l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine) ou encore au centre hospitalier régional universitaire de Nancy (Meurthe-et-Moselle).

Pourquoi les chiffres du gouvernement sont-ils aussi bas ?

Parce qu’ils correspondent à des données à un instant « T » et qu’ils ne reflètent pas la mortalité définitive. En fait, Jérôme Salomon, le directeur général de la santé, s’est fondé sur le point épidémiologique de Santé publique France du 16 avril.

Selon ce document, sur 2 806 patients présents dans 144 services de réanimation du 16 mars au 12 avril, 291 d’entre eux sont morts, soit 10,37 %, effectivement. Mais à cette époque, seuls 55 % de ces patients avaient fait l’objet d’une ventilation invasive, contre 80 % dans l’ensemble du groupe étudié par le Reva.

Mais, lors de ce point épidémiologique, on apprenait également que 735 personnes en étaient sorties et, surtout, qu’il en restait 1 780, entrées en réa à des dates différentes au cours de ce mois, et dont le statut final n’était pas encore connu. Dans la mesure où le sort de la grande majorité des cas était encore à venir (certains allaient guérir, d’autres mourir), impossible d’affirmer que le taux de mortalité en réa, sur la base de ces chiffres, est de 10 %.

Ce que reconnaissent d’ailleurs les services de Jérôme Salomon : Les propos du directeur général de la Santé se fondent effectivement sur une photographie des données de Santé publique France, et sur le nombre de patients décédés parmi les patients admis en réanimation, soit la mortalité « à l’instant T » au niveau de l’échantillon de Santé publique France. Ce n’est pas une information sur la mortalité à l’issue d’un séjour en réanimation pour un patient », relève la cellule CheckNews de Libération .

De ce fait, conclut Le Monde, plusieurs médecins critiquent la méthodologie employée : Dix pour cent, c’est complètement hors sol. On véhicule l’image d’une toute-puissance médicale et hospitalière. On ne peut pas dire : si vous allez en réa, on va vous sauver, ça va aller dans 90 % des cas, explique le docteur Yvon Le Flohic, médecin généraliste, chargé du suivi épidémiologique H1N1 en Bretagne en 2009. On ne peut pas calculer la mortalité sur un lieu et sur une période. Il faut le faire sur les personnes, en prenant le parcours des patients, et voir s’ils sont sortis vivants ou pas et ce qu’ils sont devenus. C’est justement le travail réalisé dans le cadre de l’étude Reva.

 

Source : Ouest-france.fr

 

 

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