Daniel Cohn-Bendit : « Sarkozy se berlusconise…»

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Plutôt que de vous parler là encore de BP ou du Sahel, pour cette page internationale, j'ai préféré laisser la parole à Daniel Cohn-Bendit qui nous donne, non sans humour, une explication aux récents incidents européens, et son point de vue sur l'avenir. Je l'apprécie particulièrement notamment pour ses prises de positions à la CEE, aussi ne boudons pas notre plaisir avec en plus la perspective de voir Eva Joly briguer un mandat pour 2012.

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L’ancien leader de Mai 68 condamne la politique de sur les Roms et demande qu’une action en soit engagée rapidement contre la .

Comment jugez-vous les dissensions au sujet des Roms apparues entre la France et les Européens ?
DANIEL COHN-BENDIT.
Ils perdent tous les pédales. Les ministres français, Mme Viviane Reding qui fait une comparaison malencontreuse… Quant à Nicolas Sarkozy, il essaie de déplacer le débat sur un terrain où il n’a pas à répondre de la politique du gouvernement français face aux Roms.

Selon vous, la commissaire européenne Viviane Reding a donc eu tort de faire un parallèle entre la politique de la France vis-à-vis des Roms et la Seconde Guerre mondiale ?
Roissy n’est pas Drancy. Aussi dure soit aujourd’hui une expulsion vers la Roumanie ou la Bulgarie, cela n’a rien à voir avec les camps d’extermination. C’est aberrant de comparer avec l’Allemagne nazie. Le problème actuellement, c’est de savoir si la politique de la France est en adéquation avec la législation européenne.

L’est-elle selon vous ?
La circulaire du ministère de l’Intérieur est très claire. Elle est écrite en français. La juridiction européenne dit qu’on ne peut pas expulser collectivement. Si vous prenez un camp de Roms, vous devez, selon la juridiction européenne, analyser cas par cas et leur donner la possibilité de se défendre. Si on fait ça en deux heures, en masse, il y a bien une infraction à la juridiction européenne. Bruxelles doit donc lancer au plus vite une procédure d’infraction contre la France et la Cour européenne de justice tranchera. Je propose, pour faire la paix avec les Roms, de distribuer symboliquement à tous ceux qui ont été expulsés de France des drapeaux européens et français à la veille du match de football Roumanie - France en octobre. Ils pourront chanter « la Marseillaise » et montrer leur attachement à ce pays.

Nicolas Sarkozy a soutenu qu’Angela Merkel lui avait confié vouloir comme lui procéder à des expulsions de Roms…
Parfois, Nicolas Sarkozy dit vraiment n’importe quoi! Après l’extermination de Roms par les nazis, l’Allemagne ne va évidemment pas s’amuser à faire des expulsions collectives. Angela Merkel sait que c’est extrêmement sensible donc qu’elle doit être juridiquement irréprochable. Vous comprenez qu’elle ne va pas se mettre les bonnes âmes d’Allemagne à dos pour soutenir un Sarkozy inconscient. Mais je trouve que, si l’Allemagne ne commet aucune faute juridique en voulant expulser, au cas par cas, près de 12000 Roms venant du Kosovo, elle commet une faute morale. Parmi ces Roms, il y a près de 5000 enfants, dont 3000 qui ont déjà commencé à être scolarisés en Allemagne. Si vous expulsez ces enfants au Kosovo, même de manière légale, c’est dramatique.

Le couple franco-allemand vous paraît-il affaibli ?
Il y a toujours des intérêts communs, mais le problème, c’est le comportement de Nicolas Sarkozy. Il croit qu’il est seul au monde. Ne pas dire la vérité a l’air d’être une culture dans son gouvernement. Pourquoi Viviane Reding a-t-elle explosé? La semaine dernière, la majorité des eurodéputés a été très dure vis-à-vis de la politique de Sarkozy. Mme Reding et M. Barroso ont alors défendu la France en disant : « Nous avons parlé avec les ministres français, tout se fait dans les règles. » Et patatras, ils découvrent ensuite cette circulaire. MM. Lellouche et Besson ont menti à Mme Reding. C’est pour ça qu’elle est furieuse.

La France est très critiquée dans le monde, seul l’Italien Silvio Berlusconi défend Nicolas Sarkozy…
Si en Europe il y a bien un super clown politique, c’est Berlusconi. Que le soutien du président français soit cet homme, c’est grave et inquiétant pour lui. C’est l’image de Sarkozy qui s’abîme! Pas celle de la France. Sarkozy a une tentation de faire n’importe quoi pour rester au pouvoir, qui ressemble aux gesticulations du président du Conseil italien. Quelque part, il se berlusconise…

Pensez-vous, comme François Bayrou, Dominique de Villepin et Laurent Fabius, que le climat politique en France est délétère ?
C’est un climat qui n’est pas digne de la démocratie. La responsabilité en revient au petit calcul de Nicolas Sarkozy et de sa majorité qui misent uniquement sur la cohésion entre la droite et l’extrême droite pour se sauver. C’est une erreur : plus le président mène une politique qui plaît au Front national, plus les électeurs tentés par le FN sont poussés dans les bras de Le Pen. Ça ne marchera pas et le climat politique se durcit.

Cela peut-il dégénérer en crise grave comme en mai 68 ?
En 68, au bout de la révolte, il y avait de l’espoir. L’horizon était dégagé. Aujourd’hui, il y a un sentiment de ras-le-bol, mais aussi beaucoup de désespoir. Ce cocktail peut durcir les mouvements. Mais peut-il mener à une grève générale d’où émergerait l’envie d’une autre société ? Je ne dis ni oui ni non. Mais cela paraît plus difficile…

Participerez-vous aux manifestations du 23 septembre contre le projet de réforme des retraites ?
J’ai un débat à Munich. Se battre contre le projet du gouvernement est tout à fait juste. Mais le vrai débat c’est : quelle alternative ?

Le PS promet notamment le retour de la retraite à 60 ans en cas de victoire en 2012…
Il reconnaît aussi la nécessité d’allonger la durée de cotisations. Il faut faire preuve d’un peu de clarté. Moi, je suis pour des régimes différenciés qui proposeraient, selon le niveau de pénibilité, des âges légaux de départ en retraite différents. Les 60 ans ne doivent pas être un dogme : on doit pouvoir partir après ou avant en fonction du métier que l’on a exercé. Une réforme des retraites nécessite du temps, du débat. Là, on se lance à la figure des âges, 60, 61, 62 ans…

Comment jugez-vous les premiers pas d’Eva Joly comme candidate déclarée d’Europe Ecologie pour 2012 ?
Elle navigue calmement dans des eaux agitées. Lentement mais sûrement, elle établit la légitimité de sa candidature. Elle ira prochainement à la rencontre des citoyens, les écouter, leur parler, leur proposer. Ce sera dans une seconde phase, après avoir officiellement été désignée par Europe Ecologie.

Quel rôle souhaitez-vous tenir dans la future Europe Ecologie ?
J’ai beaucoup discuté avec les uns et les autres mais je n’ai pas directement participé aux négociations. Ils ont bien fait leur boulot. Mais je ne réclame ni poste, ni titre dans la future organisation. Je travaille simplement avec Eva et quelques autres à imaginer ce que pourrait être la campagne en 2012. C’est ça qui m’intéresse : Europe Ecologie a été une ouverture par rapport aux Verts, la campagne d’Eva doit être une ouverture par rapport à Europe Ecologie.


Source :
Le Parisien

Informations complémentaires :

Le Monde.fr : Pour Cohn-Bendit, Sarkozy est un obstacle au couple franco-allemand
AFP :
Cohn-Bendit : "c'est l'image de Sarkozy qui s'abîme, pas celle de la France"
Le JDD.fr :
Cohn-Bendit: "L'image de Sarkozy s'abîme"