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Un bon article de Marianne, afin d'éclairer quelques récents débats...

Bonne lecture,

F.

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Didier Migaud et Jérôme Cahuzac, le 10 janvier 2013 - ALLARD-POOL/SIPA

C’est devenu une habitude. Lorsqu’il s’agit de préparer le terrain à des « réformes » qui vont toutes dans le même sens, c’est-à-dire la marche arrière accélérée, on fait donner la Cour des comptes.

Cet organisme au-dessus de tout soupçon est à l’économique ce que le Conseil constitutionnel est à l’ordre institutionnel : le défenseur du conservatisme le plus plat.

>> Lire : Le Conseil constitutionnel garantit le conservatisme

En son temps, Nicolas Sarkozy avait pris soin de nommer à sa tête Didier Migaud, alors député socialiste. Ce dernier est un esprit brillant, un Cahuzac avant la lettre, un homme capable de jongler avec les chiffres comme Lionel Messi avec le ballon, avec ceci de particulier qu’au moment des conclusions, les chiffres retombent toujours du côté qui permet d’en culpabiliser certains et d’en oublier d’autres.

Nicolas Sarkozy avait fait le bon choix. En effet, le Président de la Cour des comptes, capturé au nom de « l’ouverture » se révèle être un otage idéologique, au point de travailler aujourd’hui comme une véritable taupe du Sarkozysme. 

Dans un passé récent, par des rapports taillés au cordeau de l’austérité, il a préparé le terrain dans des domaines hautement sensibles. Il a posé le problème (réel et incontournable) de la dette publique sans la relier aux causes fondamentales. Il a endossé l’habit de père la rigueur alors que le FMI reconnaît aujourd’hui l’absurdité d’une telle thérapie. Il a continué à propos des retraites. Maintenant, il s’attaque à l’indemnisation du chômage, jugé trop « coûteux ».

Il suggère donc, entre autres perles, de revoir les règles en vigueur pour les cadres chômeurs sous prétexte qu’ils touchent plus que les ouvriers, et que le système à la française est le meilleur d’Europe. Aussitôt, le ministre du Travail, Michel Sapin, sans endosser l’intégralité du rapport (pas folle, la guêpe) a expliqué que le constat était avéré et qu’il allait bien falloir en tenir compte.

C’est très exactement ce qui s’est passé avec le deal Medef/CFDT sur la flexibilité. On connaît la suite. Pas besoin d’avoir fréquenté les soirées à thème de « Terra Nova » pour deviner ce qui se trame à propos de l’Unedic.

changements à la marge
Officiellement, la Cour des comptes ne fait pas de politique, et encore moins d’idéologie. Elle se présente comme une machine à calculer à visage humain – si l’on ose dire. Sauf qu’elle plante toujours le même décor, avec les mêmes constats, pour arriver aux mêmes suggestions.

A preuve l’exemple de l’indemnisation des chômeurs. Vu l’explosion du sous emploi, il serait étonnant que les comptes des allocations soient au beau fixe. Mais le fond du problème, c’est le chômage, donc la désindustrialisation du pays, les délocalisations à outrance, le diktat des actionnaires, le règne des rentiers, et les choix des entreprises pour des profits ultrarapides.

Mais de cela, il n’est pas question dans le rapport de la Cour des comptes. Didier Migaud se contente de faire des additions et des soustractions, en vertu d’une logique imparable revenant à opposer les salariés entre eux : le cadre qui touche plus que l’ouvrier ; l’ouvrier qui touche plus que le chômeur ; le chômeur qui touche plus que son futur cadavre, sans oublier évidemment le fonctionnaire qui touche plus que le retraité du privé. Par contre, on ne cible jamais les privilégiés, les nantis ou les exilés du fisc. 

On connaît la musique. Elle a pour conséquence d’accréditer l’idée que l’on ne peut rien faire d’autre que ce que l’on fait depuis une trentaine d’années, que les équipes au pouvoir soient de droite ou de gauche. Les changements se font à la marge. La mécanique néolibérale avance comme un tracteur dans les champs de maïs, écrasant tout sur son passage, car c’est ainsi : On-ne-peut-pas-faire-autrement. 

C’est ce qui explique d’ailleurs que Didier Migaud soit où il est, sur l’initiative de qui vous savez, tout comme Pascal Lamy, lui aussi socialiste, est la tête de l’OMC, qui organise le libre-échangisme synonyme de guerre des salariés à l’échelle de la planète.
  
C’est aussi ce qui éclaire le divorce avéré entre le peuple et ses mandants. Alors que l’élection de François Hollande avait donné quelques espoirs avec des premières décisions courageuses (notamment dans le domaine fiscal), les dogmes patronaux de la « compétitivité », de la « flexibilité » et de « l’austérité » sont revenus au galop, comme si la crise n’avait servi à rien. Alors qu’il faudrait une régulation publique renforcée et rénovée, la logique de l’Etat démissionnaire l’emporte, alimentant ainsi la thèse explosive qu’il n’est pas d’alternative à l’ordre des choses.

Tout le monde salue le nouveau François Hollande, promu « chef de guerre » grâce à l’expédition au Mali. Nul ne sait comment tournera cette opération. Mais une chose est sûre : l’avenir politique de l’actuel président ne se joue pas dans les sables du Sahel mais sur le pavé parisien. Et si la ligne Migaud devait l’emporter, François Hollande perdrait la mère des batailles : la guerre politique.

 

Source : Marianne.net

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