ÉGYPTE - La rue appelle à la grève générale

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Les choses ont encore évolué en Égypte, même si Hosni Moubarak s'accroche encore, il semble bien lâché par les Américains, et déjà des embryons de démocratie possible future, voient le jour en la personne de l'ancien diplomate Mohamed El Baradei. La population fraternise avec l’armée et la ravitaille en nourriture, cette armée qui a déjà dit qu’elle ne tirerait pas sur la population. Les États-Unis qui ‘sponsorisaient’ la force militaire égyptienne à hauteur de 1 milliard par an, se retrouve coresponsable de cette situation, et sont assez « embarrassés » mais ne peuvent ouvertement intervenir, tout en agissant diplomatiquement. Le peuple égyptien s’organise et crée des milices pour protéger ses biens des pillards, et ses musées, et continue à demander fermement le départ d’Hosni Moubarak présent depuis 30 ans. Les manifestants ont appelé à une grève générale lundi, et ont déjà annoncé une marche baptisée "manifestation des millions" mardi, afin de faire aboutir leurs exigences en faveur de la démocratie. Enfin nous serons tout comme en Tunisie attentif à la situation...

Les opposants à Hosni Moubarak ont passé la nuit de dimanche à lundi dans le centre du Caire et ont promis de manifester jusqu'au départ du président égyptien, dont le sort semble désormais dépendre de l'armée. "L'armée doit choisir entre l'Égypte et Moubarak", affirmait une banderole déployée sur la place Tahrir, dans le centre de la capitale, où les manifestants partageaient de la nourriture avec les soldats déployés pour rétablir l'ordre.

Les violentes protestations qui se déroulent depuis six jours en Égypte ont fait plus de cent morts et les deux camps se trouvent désormais dans une impasse. Plus la contestation dure et plus la situation de Moubarak paraît intenable. Les nominations d'un Premier ministre et d'un vice-président n'ont pas été jugées comme des réponses suffisantes par les manifestants qui réclament simplement le départ du président au pouvoir depuis 30 ans. Ses promesses en faveur de réformes économiques, visant à contenir l'inflation, créer des emplois et réduire le fossé entre riches et pauvres, n'ont pas eu l'effet escompté.

Les manifestants ont appelé à une grève générale lundi et ont annoncé une marche baptisée "manifestation des millions" mardi afin de faire aboutir leurs exigences en faveur de la démocratie.

L'inquiétude des États-Unis

Les États-Unis, qui ont fourni une aide de plusieurs milliards de dollars à leur allié égyptien depuis l'arrivée de Moubarak au pouvoir, continuent d'observer la situation avec inquiétude. Washington redoute la répétition d'un scénario comparable à celui de la révolution iranienne. Barack Obama a plaidé, dimanche soir, pour une "transition en bon ordre" et s'est entretenu avec les dirigeants des pays alliés dans la région.

Mais, selon un haut responsable américain, le sentiment parmi les conseillers de Barack Obama pour les questions de sécurité est que l'ère Moubarak est révolue. Toutefois, le président américain estime que son pays ne doit pas s'ingérer dans la situation en raison des conséquences négatives qu'une telle intervention pourrait avoir. L'amiral Mike Mullen, chef de l'état-major américain, a salué dimanche le "professionnalisme" des forces armées égyptiennes qui ont évité de se lancer dans une répression de la contestation. De son côté, le ministre égyptien de la Défense a téléphoné à son homologue américain, Robert Gates. Ancien chef de l'armée de l'Air, Moubarak a consulté dimanche ses chefs militaires qui semblent avoir son destin entre leurs mains.

El Baradei en lice

Selon un analyste, l'Occident a longtemps compté sur la capacité de Moubarak à se maintenir au pouvoir. Cette situation étant en train de changer, investisseurs et hommes politiques sont gagnés par la nervosité. L'opposition égyptienne, au sein de laquelle figurent les Frères musulmans, semble vouloir se tourner vers l'ancien diplomate Mohamed El Baradei. Lauréat du prix Nobel de la paix pour son travail accompli à la tête de l'AIEA, El Baradei s'est dit mandaté par l'opposition pour négocier une transition vers un gouvernement d'union nationale et une prise de contact avec l'armée. Il a également appelé les Américains à cesser leur soutien à Moubarak.

El Baradei avait été la cible de critiques de la part de l'opposition pour avoir passé trop de temps à l'étranger lorsqu'avait été lancée une campagne pour demander des réformes politiques l'an passé. Mais, présent parmi les manifestants dimanche, il a mis tout son poids politique et son aura internationale dans la balance d'une contestation qui manque pour l'instant de leader. "Je crois que c'est un type bien. Il n'était pas préparé pour ce qui arrive. Mais tout ce que je veux, c'est que nous n'ayons pas un nouveau pharaon", affirme Rami Nabil, 39 ans, un entrepreneur qui campe place Tahrir. "Nous avons besoin d'un système de gouvernement qui soit démocratique sur le long terme", ajoute-t-il.

Des troupes militaires supplémentaires ont été déployées dans les villes afin de rassurer les habitants inquiets face à des actes de pillage. L'agence officielle de presse a annoncé que les patrouilles de police allaient reprendre. "Dans les prochains jours, la sécurité et la stabilité seront rétablies", affirme un militaire à Suez. "Nous autoriserons les manifestations dans les prochains jours. "Tout le monde a le droit d'exprimer son opinion. Nous écoutons et nous essayons d'aider et de satisfaire toutes les parties. Nous ne sommes pas là pour arrêter qui que ce soit. C'est notre peuple", ajoute-t-il.

Source : Le Point.fr

Informations complémentaires :

Le Parisien.fr : EN DIRECT. Egypte : mouvement de foule et tirs sur la place Tahrir
France-Soir : L'Amérique lâche Moubarak
Ouest-France.fr : Egypte. Moubarak promet le dialogue mais la mobilisation ne faiblit pas