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DÉCRYPTAGE - Cette éventualité est évoquée par le gestionnaire du réseau, RTE, dans ses dernières prévisions hivernales publiées en septembre.

EDF
Les coupures organisées servent, en cas de production électrique insuffisante, à éviter un
black-out non maîtrisé du pays et un effondrement incontrôlé du réseau électrique.
PASCAL ROSSIGNOL/REUTERS

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Un ciel d’un bleu immaculé, sans un brin de vent. Un froid mordant, mais même pas exceptionnel. Si cette situation se présente cet hiver, des coupures d’électricité tournantes de deux heures, par paquet de 200.000 foyers français ou plus, risquent d’être organisées. Cette éventualité est évoquée par le gestionnaire du réseau, RTE, dans ses dernières prévisions hivernales publiées en septembre. Il suffirait même, pour que cela arrive, que la France connaisse un hiver vigoureux sans être exceptionnel, comme en 2012 ou 2018, précise une étude de l’institut IED réalisée pour le comité social et économique central (CSE-C) d’EDF SA, et dont Le Figaro a eu connaissance.

Les coupures organisées sont un ultime recours, évoquées à plusieurs reprises ces dernières années par RTE, mais jamais actionnées à ce jour. Elles servent, en cas de production électrique insuffisante, à éviter un black-out non maîtrisé du pays et un effondrement incontrôlé du réseau électrique. «Lors d’un black-out, le réseau saute n’importe où, explique Mathieu Bineau, directeur général de Voltalis (pilotage de chauffage intelligent). C’est imprévisible, car les gros postes de transformation qui parsèment le réseau se mettent à disjoncter automatiquement.» Une situation cauchemardesque à éviter à tout prix.

«La situation de l’hiver 2020-2021, sous vigilance particulière, est exceptionnelle, car liée à l’impact de la crise sanitaire sur la disponibilité de production nucléaire pour cet hiver, précise un porte-parole de RTE. Surtout si les températures sont significativement inférieures aux normales de saison.» À cause du Covid, EDF a pris du retard dans l’entretien de ses centrales, qui produiront moins que prévu cet hiver.

Un pilotage quotidien

Durant l’hiver, RTE réalise tous les soirs, vers 19 heures, des prévisions pour le lendemain. Si l’opérateur estime qu’il faut couper des ménages pour éviter un black-out, il prévient Enedis, le gestionnaire des réseaux locaux. Celui-ci pré-enclenche alors ses programmes informatiques - une étape préliminaire qu’il n’a jamais eue à mettre en œuvre à ce jour, souligne-t-on chez ce dernier. Les zones prioritaires à sauvegarder, dotées de services vitaux comme les hôpitaux, sont évidemment exclues du dispositif.

Le jour J, RTE confirme tôt le matin s’il faut vraiment «délester», selon le jargon en vigueur, les Français concernés. Deux plages de coupures de courant sont prévues, en matinée et entre 19 heures et 21 heures «Aucun foyer ne serait coupé plus de deux heures, insiste-t-on chez RTE. Au bout de deux heures, si nécessaire, les premiers foyers seront réalimentés et d’autres foyers seront à leur tour coupés.» Le nombre de foyers concernés peut dépasser les 200.000. «RTE peut temporairement restreindre ou suspendre les fournitures à tout ou partie des usagers, sous réserve que soit assurée la satisfaction des besoins essentiels de la nation», détaille l’arrêté précisant les conditions du délestage.

Avant d’arriver aux coupures tournantes, RTE dispose de plusieurs leviers, de l’appel aux éco-gestes chez les ménages, en passant par la ­coupure de courant dans les entreprises volontaires.

Dans ses prévisions pluriannuelles publiées en novembre 2019, RTE estimait à 13% la probabilité d’avoir recours au délestage cet hiver (et à 16% à l’hiver 2021-2022). Mais c’était avant l’arrivée du Covid-19. Le risque, qui a probablement augmenté, sera réévalué en novembre par le gestionnaire des réseaux. Avant d’arriver aux coupures tournantes, RTE dispose de plusieurs leviers, de l’appel aux éco-gestes chez les ménages, en passant par la coupure de courant dans les entreprises volontaires, à l’importation d’électricité de pays voisins. «RTE compte sur une dizaine de gigawatts d’électricité importée (l’équivalent d’autant de réacteurs nucléaires, NDLR), mais si les conditions météo sont les mêmes ailleurs en Europe, nous ne pourrons pas compter sur eux », prévient Philippe Page Le Merour, secrétaire du CSE-C d’EDF SA.

Si elles n’ont jamais été activées, les coupures auprès des ménages sont une possibilité envisagée par RTE dans ses prévisions hivernales depuis l’hiver 2016-2017. «Le 25 janvier 2017 autour de 19 heures, le réseau électrique français était passé à deux doigts de l’effondrement, rappelle l’étude réalisée pour le CSE-C d’EDF. En cause: l’insuffisance des moyens de production pilotable (centrales nucléaires, au gaz ou charbon, NDLR). Trois ans plus tard, la situation n’est guère plus rassurante.» Pour la CGT, la cause est entendue. «La politique énergétique menée par le gouvernement nous mène dans le froid et dans le noir, tonne Philippe Page Le Merour. Tout cela à cause du développement des énergies renouvelables non pilotables et des fermetures de Fessenheim et de centrales à charbon sans investissement dans des énergies pilotables.»

D’autres voient plutôt dans la situation actuelle tendue le résultat d’un manque de liberté tarifaire. «Il nous manque des tarifs variables en fonction des heures, permettant d’inciter les Français à reporter leur consommation en dehors des heures de pointe», analyse Colette Lewiner, conseillère Énergie du président de CapGemini. Justement, la France travaille à l’application d’une directive européenne de juin 2019 obligeant les fournisseurs à proposer au moins une offre à «tarification dynamique».

Source : Le Figaro.fr

Information complémentaire :

Crashdebug.fr : Exclusif - Le projet fou de Bruxelles pour démanteler EDF (Reporterre.net)

 

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