États-Unis : comprendre les émeutes de Baltimore

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De violents incidents ont éclaté après la mort d'un Afro-Américain blessé lors de son arrestation, dans un contexte de vives tensions raciales.

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Quinze policiers ont été blessés, dont six grièvement, et vingt-sept personnes ont été arrêtées, a indiqué
Anthony Batts, le chef de la police de la ville. © SAMUEL CORUM / ANADOLU AGENCY

L'état d'urgence à Baltimore

Le 19 avril dernier à Baltimore, un Afro-Américain de 25 ans est décédé des suites d'une fracture des vertèbres cervicales, qui aurait été causée durant son interpellation par la police, une semaine auparavant. Depuis sa mort, Baltimore est le théâtre quotidien de rassemblements en mémoire du jeune Freddie Gray. Des manifestations qui ont accentué les tensions déjà vives entre les policiers et la population. Le rassemblement pacifique de 3000 personnes qui a conclu les obsèques de la victime ce 27 avril a même dégénéré en émeutes, qui se sont poursuivies dans la nuit de lundi à mardi.

Des voitures et des supermarchés ont été pillés et incendiés. Quinze policiers ont été blessés, dont six grièvement, dans des affrontements, et vingt-sept personnes ont été arrêtées, a indiqué Anthony Batts, le chef de la police de la ville. Face à la tournure des événements, des milliers de policiers de la région ont été appelés en renfort et des soldats de la garde nationale, envoyés sur place. Le gouverneur du Maryland, le républicain Larry Hogan, a décrété l'état d'urgence et un couvre-feu d'une semaine a été mis en place.

Ce que l'on sait sur la mort de Freddie Gray

Le 12 avril dernier, à 8 h 39, un lieutenant de police aperçoit Freddie Gray qui semble, selon ce dernier, être en possession d'un couteau. Le jeune homme se met à courir et est rattrapé par les officiers à vélo quelques minutes plus tard. Une vidéo de l'arrestation montre les policiers plaquant au sol le jeune homme qui hurle de douleur. À 8 h 42, une fourgonnette arrive sur demande des policiers pour que Gray soit emmené au commissariat. Sur la route, le suspect s'agite dans le fourgon de police qui finalement s'arrête. Ce n'est qu'à 9 h 24 qu'une équipe médicale est appelée au poste de police, l'état de santé du jeune homme est alors jugé "sérieux". À 9 h 52, Freddie Gray est conduit à l'hôpital où il décédera une semaine plus tard. Selon un avocat de la famille de la victime, "c'est lors de son arrestation que sa colonne vertébrale a été sectionnée à 80 % au niveau du cou".

La maire de Baltimore, Stephanie Rawlings-Blake, a immédiatement annoncé l'ouverture d'une enquête : "Je veux que les citoyens sachent exactement comment cela est arrivé et, si nécessaire, je m'assurerai que les personnes responsables en répondent", a-t-elle déclaré lors d'une conférence de presse. Très rapidement, la police de Baltimore a reconnu que Freddie Gray aurait dû recevoir une assistance médicale juste après son arrestation, et six agents ont été suspendus. Les premiers éléments de l'enquête devraient être rendus le 1er mai à la justice du Maryland.

Des tensions raciales dans tout le pays

Il y a un peu moins d'un an, c'était un policier de Ferguson (Missouri) qui abattait de six balles Michael Brown, un Afro-Américain de 18 ans, qui ne portait pas d'arme au moment des faits, provoquant de vives émeutes dans la ville. Depuis, les bavures policières se sont multipliées. Les plus récentes ont eu lieu début avril, à North Charleston (Caroline du Sud), où un policier blanc a été inculpé pour avoir tiré huit balles dans le dos d'un Afro-Américain de 50 ans, décédé des suites de ses blessures. Le drame avait été filmé par un passant. À la mi-avril, un policier blanc confondait son taser avec son arme, et abattait un Noir lors de son arrestation.

Depuis un an, des manifestations se sont organisées dans tout le pays pour dénoncer ces violences policières et, surtout, l'impunité des officiers, qui pour la plupart n'ont pas (encore) été inculpés.

Baltimore, une ville touchée par la pauvreté et la criminalité

Située dans l'État du Maryland, dans le nord-est des États-Unis, la ville de Baltimore compte plus de 620 000 habitants, dont 64 % de Noirs. Avec un taux de pauvreté de 23,8 %, elle est la 18e ville la plus dangereuse des États-Unis, selon les données du gouvernement américain.

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En 1988, le journaliste David Simon s'était immergé au sein de la brigade criminelle de la police de Baltimore et en avait fait le récit dans A Year on the Killing Streets (Baltimore, en français). Un livre qui a donné naissance à une série qui a connu un vif succès, The Wire (Sur écoute, en français), qui dépeint la métropole à travers la criminalité et le trafic de drogue. La série préférée d'un certain... Barack Obama.

Que fait le président ?

Barack Obama a promis à la maire de Baltimore, Stephanie Rawlings-Blake, que la Maison-Blanche apporterait "toute l'aide nécessaire" pour mettre fin aux émeutes. Il y a un an, après les violences de Ferguson et la publication d'un rapport fédéral accablant sur les pratiques policières racistes et illégales, le président américain estimait que "Ferguson n'était pas un cas isolé". Il a aussi déploré un "racisme profondément enraciné" aux États-Unis sur la chaîne Black Entertainment Television.

Pourtant, son mandat est sérieusement entaché par son inaction sur la question des tensions raciales. Si beaucoup espéraient des évolutions dans ce domaine - notamment parce qu'il est le premier président noir des États-Unis -, Barack Obama a mis longtemps avant de dénoncer clairement les bavures policières, préférant jusqu'ici le retrait, la discrétion et les discours nuancés.

 

Par (avec AFP)

Source : Lepoint.fr

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