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macron rue

VIDÉO - À l'approche de la présentation des ordonnances sur le travail, le chef de l'État voit les contestations se multiplier.

Emmanuel Macron face à la grogne de la rue, deuxième round. Sorti plutôt rassuré du ring la semaine dernière après sa première confrontation avec les opposants à sa réforme du marché du travail, le président de la République a renfilé, un rien bravache, ses gants de boxe. Et décliné à sa façon la maxime «raffarinienne» selon laquelle «ce n'est pas la rue qui gouverne».

«Je crois dans la démocratie, mais la démocratie ce n'est pas la rue», a expliqué le chef de l'État depuis New York où il assistait à l'Assemblée générale de l'ONU. «Si je respecte ceux qui manifestent, je respecte aussi les électeurs français, et ils ont voté pour le changement», a-t-il ajouté lors d'une interview sur CNN. L'argument est avancé depuis son élection, laquelle «équivaut à une refondation politique majeure, voire historique, qui le légitime à porter une transformation profonde du pays», assure l'un de ses proches.

D'où l'agacement profond d'Emmanuel Macron face à la contestation portée par les syndicats, CGT en tête, mais surtout par Jean-Luc Mélenchon et ses Insoumis. Face à celui qui se pose en premier opposant, le chef de l'État a demandé à ses troupes de marteler que les réformes ayant été annoncées durant la campagne, il n'y a aucune raison d'y renoncer. «Il faut être intraitable sur le procès en illégitimité que Jean-Luc Mélenchon nous fait», répète-t-il à tous ceux qu'il rencontre, ministres, députés LREM, membres du parti… En privé, il ne cache pas son irritation à l'encontre du leader de La France insoumise. «M. Mélenchon a toujours raison contre le peuple, a-t-il récemment ironisé. Raison contre le peuple allemand qui a réélu Merkel à trois reprises, raison contre le peuple vénézuélien qui a donné une majorité aux opposants à Maduro…» Si Emmanuel Macron surveille de si près Jean-Luc Mélenchon, c'est surtout parce qu'il redoute de voir s'enflammer une contestation qui, pour l'heure, se concentre sur la réforme du marché du travail. «Le président est très attentif à ce qui pourrait se passer sur la loi sécurité. Mélenchon peut réussir à capter une partie de la jeunesse qui est sensible au discours antisécuritaire. D'autant que tout cela intervient au moment de la rentrée universitaire, explique un conseiller qui estime que si la coagulation des mécontentements est possible, elle n'est toutefois pas probable à ce stade.» C'est le risque pourtant. «L'organisation de Jean-Luc Mélenchon s'active un peu partout pour trouver des référents dans les lycées, note un secrétaire d'État, un brin inquiet. Elle réplique les méthodes de noyautage chères à Lénine…»

«C'est l'heure de l'affrontement entre le conservatisme et le progressisme»

Surtout, à force d'ouvrir plusieurs fronts en même temps, Emmanuel Macron multiplie les risques d'embrasement. Avec les routiers, les fonctionnaires, les étudiants et bien sûr les syndicats. «C'est l'heure de l'affrontement entre le conservatisme et le progressisme, estime le président du groupe MoDem à l'Assemblée Marc Fesneau. Attention, toutefois, à ne faire ouvrir le chantier de trop…» Parallèlement à la refonte du Code du travail, le gouvernement dévoile en cette rentrée sa réforme du logement, de la fiscalité, des emplois aidés et ouvre le débat de la rémunération des fonctionnaires. «Emmanuel Macron fait le pari d'assumer l'impopularité en début de quinquennat, afin de pouvoir récolter les fruits de sa politique dans trois ans», anticipe un pilier de la majorité.

«Emmanuel Macron est convaincu, au fond de lui, que les Français sont des râleurs»

Déjà, lors de la discussion sur sa loi croissance et activité, en 2015, la fameuse «loi Macron», le ministre de l'Économie avait scénarisé son combat contre les corporatismes. Une croisade qui se prolonge donc. À New York, devant les expatriés de la communauté française, le chef de l'État a fustigé les «assis» et les «prudents». Un ancien conseiller de François Hollande, en poste quand le chef de l'État était secrétaire général adjoint de l'Élysée, glisse : «Emmanuel Macron est convaincu, au fond de lui, que les Français sont des râleurs. D'où ses récentes sorties sur les “fainéants”. Mais en même temps, ces formules provocatrices lui permettent d'apparaître courageux et de montrer que cela bouge dans le pays.» Un ministre assume cette conflictualité : «Il y aura peut-être trois semaines de grève, mais ce n'est pas grave. On a été élu sur une promesse de changement.»

 

Source : Lefigaro.fr

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