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Les banques françaises facturent beaucoup plus cher qu’ailleurs en Europe les frais liés aux rejets de prélèvement. Quitte à fragiliser des personnes déjà en difficultés financières.

commission 12 08 2019

C'est une sorte de double peine pour les consommateurs qui n'ont plus d'argent sur leur compte en banque. Non seulement, ils ne réussissent pas à régler leurs factures d'électricité ou de téléphone à temps car leur banque leur bloque le prélèvement automatique. Mais, en plus, cette dernière leur réclame des frais pour « incident de paiement » . Un surcoût équivalent au montant de chaque prélèvement refusé (dans la limite de 20 euros par facture) !

Une pratique qui hérisse le poil des associations de consommateurs depuis plusieurs années. Et la polémique sur les « frais pour rejet de prélèvement » est en passe d'être relancée. Commandée par le Comité consultatif du secteur financier (CCSF) – un organisme représentant les associations et de consommateur et les banques –, une étude, que Le Parisien a pu consulter, montre que, dans les autres pays européens, les banques réclament beaucoup moins d'argent pour effectuer ce « service ».

« C'est à peine trois euros en Allemagne, soit six fois moins qu'en France ! En Belgique, on est sur du 7,50 euros tout au plus… » s'agace Serge Maître, porte-parole de l'Association française des usagers des banques (Afub). En Espagne, les tarifs varient de 1,80 euro à 39 euros maximum par mois. « En France, certains clients qui payent beaucoup par prélèvement automatique supportent plus d'une centaine d'euros par mois de frais bancaires », analyse Serge Maître.

Pire, chaque facture impayée peut générer des frais bancaires à plusieurs reprises. « Car, après un premier refus de prélèvement automatique, l'entreprise à qui vous devez de l'argent vous renvoie, cinq jours plus tard environ, une nouvelle demande de règlement, raconte un très bon connaisseur des banques françaises. Et, si vous n'avez toujours pas d'argent sur votre compte : boom, on vous réclame de nouveau 20 euros de frais bancaires. »

Théoriquement, pourtant, les banques n'ont pas le droit de réclamer à leurs clients plusieurs fois des frais bancaires pour une même facture impayée. « Mais elles le font quand même car leur système informatique ne leur permettant pas de faire autrement », explique ce bon connaisseur des banques.

Un pactole de plus d'un milliard d'euros

Le business est lucratif. « Il y a eu plus de quatre milliards de prélèvements en 2018. Près de 2% ont fait l'objet d'un rejet, soit un pactole de 1,2 milliard d'euros pour les banques françaises qui facturent en moyenne 18 euros par rejet », avance Serge Maître. Un chiffre qu'il est difficile de recouper car, il n'existe pas de statistiques officielles sur ce sujet. Contacté, le lobby du secteur, la Fédération bancaire française (FBF), assure aussi ne pas disposer de ces données.

Le député LREM, Pierre Chassaing, dans un récent rapport consacré à l'inclusion bancaire, réclame « une évaluation précise du phénomène des frais d'incidents bancaires » pour « comprendre leur niveau, particulièrement élevé en comparaison de certains de nos voisins européens ».

Pour éviter que les Français les moins riches ne croulent sous une avalanche de différents frais pour « incident de paiement » (refus de prélèvement, mais aussi commission d'intervention, surcoût pour lettre d'information, etc.), une sorte de bouclier a été mise en place au début de l'année. Les banques françaises se sont engagées à ne pas réclamer plus de 25 euros par mois au total de frais d'incident de paiement aux trois millions de personnes qu'elles ont détectés comme étant « fragiles financièrement ».

 

Source : Le Parisien.fr

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