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Bonjour à toutes et à tous, nous nous rapprochons de Noël et chacun doit être dans ses préparatifs. Aussi je ne sais pas si vous avez vu la nouvelle hier soir, mais le gouvernement n'inscrira pas le passe sanitaire en entreprise dans le prochain projet de loi sur le passe vaccinal.

Ils ont eu une forte pression des syndicats entre autres, mais d'après ce que j'ai compris, c'est un repli stratégique, il devrait l'imposer, ou tout du moins le re-tenter. Aussi je vous pointe cette pétition, qui a déjà reçu 150.000 signatures.

Mais ce matin, c'est le Figaro qui nous offre une bonne suprise avec l'interview de Gérald Kierzek (un célèbre urgentiste), et j'avoue que ça remet les pendules à l'heure, et cela fait beaucoup de bien de voir qu'il reste des gens intellectuellement honnêtes dans cette 'crise' Covid, et qui surtout pointe les vraies responsabilités (sans aller jusqu'aux directives européennes toutefois) Bonne lecture ; )

Amitiés,

f.

Gerald Kierzek Hopitaux
« Ce passe vaccinal ne change rien sur les plus à risque non encore vaccinés ni sur l'évolution
épidémique ». Adobe Stock

ENTRETIEN - Alors que le gouvernement a annoncé le dépôt d'un projet de loi début janvier pour voter le passe vaccinal, le médecin urgentiste s'oppose à cette obligation qui ne dit pas son nom et demande que l'on cesse de stigmatiser ceux qui ne sont pas vaccinés.

Gérald Kierzek est médecin urgentiste et chroniqueur santé, directeur médical de Doctissimo, et auteur notamment de Coronavirus, comment se protéger ? (Éditions de l'Archipel, mars 2020).

FIGAROVOX. - Le gouvernement franchit le cap du passe vaccinal. Est-ce un moyen d'accélérer la troisième dose ?

Gérald KIERZEK. - Oui c'est une obligation vaccinale qui ne dit pas son nom. Plusieurs ministres ne s'en cachent pas dont le ministre de la Santé et le porte-parole du gouvernement. Cela va accélérer la campagne vaccinale, troisième dose et même première, puisque nous voyons des non-vaccinés se convertir au vaccin. Néanmoins, ce passe vaccinal ne change rien sur les plus à risque non encore vaccinés ni sur l'évolution épidémique, et certains considèrent même que vacciner en masse en pleine épidémie est une erreur pour des raisons de pression de sélection de variants et d'empêchement de l'immunité naturelle.

Les plus à risque sont clairement identifiés depuis 20 mois : les plus de 65 ans, et a fortiori les plus de 80 ans, mais aussi les patients obèses (quasi 1 patient hospitalisé sur 2 est en surpoids). Plus de 93% des patients de réa ont plus de 65 ans et la médiane d'âge des décès est de 85 ans. Ce sont ces personnes non vaccinées ou incomplètement vaccinées qu'il faut aller rencontrer et vacciner en priorité grâce à l'assurance maladie et les professionnels de santé de proximité (pharmaciens, médecins, infirmières,…).

Il est inutile de vacciner sans ciblage des personnes sans risque de développer une forme grave ! Il faut dans cette même logique se garder absolument de la vaccination des enfants de moins de 11 ans. Ils n'ont pas de risque de formes graves, participent à l'immunité naturelle et le principe de précaution lié aux inconnues à moyen et long terme doit s'appliquer. Le gouvernement va ouvrir sur la base du volontariat des parents la vaccination à cette catégorie d'âge, mais on voit bien qu'il s'agit d'une décision plus politique que médicale, même si le Comité Consultatif National d'Ethique (présidé par le Pr Delfraissy, encore) ou la Haute Autorité de Santé servent de cautions scientifiques. Il faut à tout prix montrer qu'on protège et qu'on utilise l'arme vaccinale, et ainsi éviter le syndrome Trump de défaite électorale…

« Le vaccin n'empêche pas la transmission du virus on l'a bien compris avec cette énième vague de cas positifs malgré une large couverture vaccinale. Dès lors, on peut se poser la question du maintien de ce passe sanitaire ou vaccinal comme mesure barrière. »

Gérald Kierzek

Jean Castex a considéré que les non-vaccinés inquiétaient la santé de toute la population française. Alors que 90% des plus de 18 ans sont vaccinés, est-ce une réalité ?

C'est faux médicalement, contre-productif comme message et sociétalement inquiétant. Le vaccin n'empêche pas la transmission du virus on l'a bien compris avec cette énième vague de cas positifs malgré une large couverture vaccinale. Dès lors, on peut se poser la question du maintien de ce passe sanitaire ou vaccinal comme mesure barrière, puisqu'il n'empêche les contaminations et ne protège donc pas. Son unique but était de pousser les Français à la vaccination ce qui a fonctionné. Le message qui consiste à sous-entendre que les vaccinés ne transmettent pas, voire les dispensent de gestes barrières, conduit à un relâchement et un risque pour tous. Ce serait donc les vaccinés qui le font courir aux autres et non l'inverse ! Le climat de stigmatisation de telle ou telle frange de la population est délétère pour une société que je préfère solidaire. Convaincre et ne pas dénoncer me semblerait plus responsable.

Enfin, faire porter la responsabilité de l'engorgement des services hospitaliers par les non-vaccinés (ou même par tous) est inique. Ce sont nos politiques, toute tendance confondue, depuis plusieurs décennies, qui ont paupérisé l'hôpital et le système de santé. Rappelons que Jean Castex lui-même a été un fervent promoteur de la tarification à l'acte et de la restructuration du système hospitalier entre 2005 et 2007 quand il était directeur de l'hospitalisation et de l'organisation des soins au ministère de la Santé (DHOS).

Un peu facile de tout mettre sur le dos des non-vaccinés ou du Covid. Encore une fois la crise est structurelle avant d'être conjoncturelle et virale.

« Si les soignants désertent, c'est qu'ils sont fatigués, en ont marre d'être pris pour des pions et maltraités par leurs institutions depuis des années malgré leurs alertes. »

Gérald Kierzek

Olivier Véran avait pourtant promis que le gouvernement ne ferait pas de passe vaccinal. Allons-nous vers la vaccination obligatoire ?

Nous y sommes déjà et personne ne s'en cache. Il était probablement plus difficile de la rendre obligatoire pour des raisons législatives. Le cadre actuel permet de le faire de manière déguisée. Je crains que ce contournement (et aux passages cette nouvelle promesse non tenue) n'entame un peu plus la confiance que les Français ont envers la parole politique, et maintenant médicale. Il n'y a pour moi aucune raison que cette vaccination soit obligatoire. Le taux de mortalité est de 0,1% et donc sans comparaison avec les autres maladies à vaccination obligatoire.

Pensez-vous qu'il faille éviter les grands rassemblements à Noël ?

En famille, les autotests quelques heures avant et les quelques gestes barrières (lavage des mains et aération) vont permettre de passer Noël en famille. Les gens doivent vivre, il en va de notre équilibre psychique et social. Quant aux rassemblements (feux d’artifice,...), je ne vois pas en quoi ils favoriseraient les contaminations. En extérieur, le virus ne se transmet quasiment pas..

Malheureusement, nous assistons à un excès de zèle ou d'affichage de mesures injustifiées et aux conséquences lourdes sur le vivre ensemble et l'activité économique de nombreuses entreprises prestataires. En quoi l'interdiction de vente d'alcool empêche la circulation virale ? Quelle est la différence entre un rassemblement festif et un meeting électoral ? Attention au risque de sécession de l'opinion avec les décisions…

Êtes-vous satisfait du doublement des heures supplémentaires à l'hôpital ? Cela va soulager les soignants durablement ?

On n'achète pas les soignants, ni par les heures supplémentaires ni par le saupoudrage du Ségur. Si la situation était si catastrophique en termes d'afflux de malades, les soignants répondraient présents ; ils l'ont toujours fait. Si les soignants désertent, c'est qu'ils sont fatigués, en ont marre d'être pris pour des pions et maltraités par leurs institutions depuis des années malgré leurs alertes. Ils voient la dégradation de la qualité et sécurité des soins et ne supportent plus l'hypocrisie managériale et politique. À tel point que les plans blancs sont déclenchés pour rappeler les personnels et favoriser leur mobilité. Un dévoiement absolu de ces plans de catastrophe… Les mêmes qui dirigent les hôpitaux et la santé en France imposent des injonctions paradoxales intenables professionnellement et même éthiquement depuis des années, et veulent maintenant annuler leurs vacances pour 2000 euros.

« Depuis 20 mois, le maillon faible est l'hôpital. A-t-il été renforcé en termes de lits ou de réformes profondes ? Non, il a été affaibli avec des milliers de lits fermés en 2020 et une fuite des personnels jetant l'éponge »

Gérald Kierzek

Ces décisions sont-elles plus politiques que scientifiques, selon vous ?

C'est une évidence. Deux raisons à cela. La première est que le président comme d'autres dirigeants doivent absolument montrer qu'ils agissent. Le vaccin présenté comme la panacée est une réponse simple, quantifiable (y compris en termes de communication) même si elle est extrêmement coûteuse et à terme au détriment de réformes de fond et de long terme (hôpitaux,…). Elle permet cependant d'éviter des mesures politiques que les Français n'accepteraient plus comme le confinement ou les couvre-feux. Le président Macron a compris qu'il fallait « en même temps » protéger par le vaccin et tout faire pour « arrêter d'emmerder les Français » et leur vie sociale et économique pour paraphraser Pompidou.

Il faudrait surtout que nos dirigeants sortent du mode panique de leur gestion de crise et s'opposent fermement à des médecins outrepassant clairement leur rôle et déformant la réalité. Mais en pleine campagne électorale, ce n'est pas gagné !

La deuxième raison est que le gouvernement a conscience que l'hôpital, indépendamment du Covid, est au bord de la rupture. Il est donc plus facile de dire que le Covid (et son Omicron variant) est responsable de tout et ainsi se dédouaner de leur propre responsabilité depuis des années. Depuis 20 mois, le maillon faible est l'hôpital. A-t-il été renforcé en termes de lits ou de réformes profondes ? Non, il a été affaibli avec des milliers de lits fermés en 2020 et une fuite des personnels jetant l'éponge. Quel(le) candidat(e) portera une vision sur l'hôpital et le système de santé avec refonte totale de la gouvernance et remaillage des territoires autour de la proximité. C'est une urgence politique pour la campagne.

Source : Lefigaro.fr

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