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Google a fait abattre environ 400 000 arbres en Finlande pour ses projets de centres de données, et l’affaire en dit long sur la façon dont les géants du numérique traitent la loi. Les médias ont surtout parlé de 250 000 arbres coupés près de Muhos ; l’auteur de cette tribune rappelle qu’il faut y ajouter 150 000 autres près du village d’Otanmäki. L’autorité finlandaise de supervision a ordonné à Google de suspendre les travaux qui modifient l’environnement, sous peine d’amendes. Mais face aux moyens d’Alphabet, que pèse une sanction financière ? L’auteur fait le parallèle avec Purdue Pharma : un peu plus de 600 millions de dollars d’amendes pour environ 31 milliards de chiffre d’affaires tirés de l’OxyContin, et aucun dirigeant en prison. Le ton est engagé, franchement anticapitaliste, mais la question posée dépasse les clivages : alors que l’IA fait pousser les data centers partout en Europe, y compris en France, qui contrôle vraiment leur impact sur nos forêts et nos territoires ? À lire pour se faire son propre avis.

google arbres abattus finlande data center

Don't be evil Traduction = Ne fais pas le mal / Image : article original Unz.com

Cette histoire selon laquelle Google aurait abattu des centaines de milliers d’arbres en Finlande pour son projet de centre de données illustre parfaitement ce que le capitalisme fait subir à notre monde.

Les titres récents des médias grand public affirment que le géant de la technologie a abattu « illégalement » « 250 000 » arbres, mais ces deux affirmations donnent une image inexacte de ce qui s’est réellement passé. Google a abattu 400 000 arbres (250 000 près d’une ville appelée Muhos et 150 000 autres près du village d’Otanmäki), et à moins que les dirigeants de l’entreprise ne finissent réellement en prison pour cela, leurs actions ne peuvent pas être qualifiées à proprement parler d’« illégales ».

Je ne sais pas qui a inventé l’expression « Si la sanction est une amende, alors c’est légal pour les riches », mais elle s’applique certainement ici. L’Autorité finlandaise des licences et de la supervision aurait selon certaines sources ordonné à Google de suspendre toutes les « mesures modifiant de manière significative l’environnement », affirmant qu’elle « envisagera des procédures d’exécution et des amendes » si la méga-entreprise ne se conforme pas à cette décision. Alphabet, la société mère de Google, a une valorisation boursière d’environ quatre mille milliards de dollars ; quelles que soient les maigres sanctions que la Finlande pourrait imposer pour ces agissements écocides, elles n’auront aucun effet significatif sur Google.

Les grandes entreprises font ce genre de conneries tout le temps. Elles estiment que les amendes encourues pour leurs agissements abusifs seront éclipsées par les profits colossaux qu’elles génèrent, elles publient de fausses excuses quand il le faut, et laissent à leur armée d’avocats le soin de minimiser les dégâts. C’est pourquoi la famille Sackler détient toujours une fortune de plusieurs milliards malgré toutes les amendes infligées à Purdue Pharma alors qu’elle était à l’origine de l’épidémie d’opiacés aux États-Unis.

Une étude de Harvard datant de 2017 intitulée « L’épidémie d’opiacés : réparer un marché pharmaceutique défaillant » contient le paragraphe suivant :

« Bien que des poursuites civiles et pénales aient été engagées contre Purdue et ses dirigeants, les sanctions qui en ont résulté étaient dérisoires par rapport aux bénéfices générés par l’oxycodone à libération prolongée. En mai 2007, l’entreprise ainsi que son président, son directeur juridique et son ancien directeur médical ont plaidé coupables d’avoir commercialisé de manière trompeuse l’oxycodone à libération prolongée en la présentant comme « moins addictive, moins susceptible d’être détournée ou consommée de manière abusive, et moins susceptible d’entraîner une tolérance et un syndrome de sevrage que d’autres analgésiques ». Dans le cadre de l’accord de plaidoyer, Purdue a accepté de verser 600 millions de dollars au gouvernement fédéral et 20 millions de dollars à 27 États. Les trois dirigeants ont accepté de payer 34,5 millions de dollars d’amendes, mais ont échappé à la prison. En revanche, Purdue a tiré un chiffre d’affaires total estimé à 31 milliards de dollars de l’oxycodone à libération prolongée depuis son lancement. Loin de dissuader les pratiques commerciales frauduleuses, ces sanctions sont simplement devenues un coût inhérent à l’activité. »

Un coût inhérent à l’activité.

C’est ainsi que les choses fonctionnent sous le capitalisme. La loi n’existe pas en premier lieu pour protéger les personnes ou l’environnement, mais pour protéger les intérêts du capital. Si vous détruisiez un centre de données de Google, vous seriez probablement inculpé de terrorisme et passeriez des décennies en prison, mais Google peut détruire le monde naturel qui vous entoure et s’en tirer avec un simple avertissement et une amende symbolique. Si vous voliez des millions de dollars à votre employeur, vous iriez en prison pour vol aggravé, mais si votre employeur vole des millions à ses employés, vous devez gagner un recours collectif pour récupérer ce qu’il vous a volé.

Les partisans du capitalisme prétendent souvent soutenir une intervention minimale de l’État dans les affaires civiles, mais leur modèle tout entier est en permanence soutenu par le pouvoir d’État, qui recourt à la force pour protéger les nantis contre les démunis à tous les niveaux de notre société. Les entreprises sont libres de détruire l’environnement, de ruiner votre santé, de vous voler, de vous exploiter et de manipuler votre gouvernement à leur avantage ; et si jamais vous agissez pour résister à cette offensive dévastatrice, l’État vous enfermera dans une cage.

À l’école, on nous enseigne que la loi existe pour protéger les gens ordinaires contre les méchants, mais ce n’est absolument pas vrai. Sous le capitalisme, la loi existe pour protéger les pires d’entre nous contre tous les autres. C’est pourquoi nous voyons notre planète réduite en poussière et en cendres pour la seule raison du profit des actionnaires.

C’est un système insensé, et il faut y mettre un terme. Ces monstres sont en train de jeter toute notre biosphère dans la déchiqueteuse.

 

Par Caitlin Johnstone – Traduction : CrashDebug.fr

 

Source : Unz.com

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