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On ne cesse de vous prévenir sur cette évolution et ses conséquences depuis des années (informations complémentaires). Mais vu que nos divers politiques préfèrent mettre la poussière sous le tapis, pour vous endormir, il faut que VOUS preniez les choses en main, afin de mettre ces perspectives dans le débat politique. Car si nous ne faisons rien, nous serons tout simplement éliminés de l'équation, comme cela arrive déjà à beaucoup de gens...

Robot 16 01 2015
Quel avenir pour les travailleurs ?

La révolution digitale en cours et à venir risque de se solder par des destructions d'emplois jamais vues dans l'histoire. Elle est déjà à la source de la montée des inégalités. Comment réagir ? En retenant les leçons du passé.

Les innovateurs en matière de technologie paraissent saisis de vertige face à ce que l'avenir nous réserve. De nouvelles techniques de fabrication suscitent la fébrilité face à ce que certains considèrent comme la troisième révolution industrielle. Dans les années à venir, les avancées technologiques en matière de robotique et d'automatisation doperont la productivité et l'efficacité - avec des gains économiques importants pour les entreprises. Pourtant, sans politique appropriée de création d'emplois, le progrès technologique pourrait s'accompagner d'une forte montée du chômage.

Les récents progrès technologiques présentent trois inconvénients : ils nécessitent généralement des capitaux importants (ce qui favorise ceux qui disposent déjà de ressources financières), des qualifications élevées (ce qui favorise ceux qui ont un niveau de formation élevé) et réduisent le besoin en main-d'oeuvre (ce qui limite le nombre d'emplois peu ou non qualifiés dans l'économie). Le risque est de voir la robotique et l'automatisation remplacer les ouvriers avant même que ne retombe la poussière de la troisième révolution industrielle.

Le développement rapide des logiciels intelligents au cours des dernières décennies est sans doute l'élément le plus important qui modèle la révolution industrielle qui s'annonce. L'innovation dans le domaine des logiciels et des technologies d'impression en 3D va bénéficier à ceux des travailleurs qui sont suffisamment formés pour y participer ; pour les autres, tout se passera comme si la révolution avait lieu ailleurs. L'usine du futur, ce seront peut-être 1.000 robots et un seul employé pour les diriger. Et rien ne garantit que les créations d'emplois dans les services vont continuer à compenser les pertes d'emplois dans le secteur industriel.

Le progrès technologique est tel que de nombreux services peuvent être rendus à distance, ce qui permet de les délocaliser en Asie ou dans d'autres pays émergents. Dans ces derniers aussi, la technologie va finir par remplacer les emplois dans l'industrie et dans les services.

Aujourd'hui, il est possible d'envoyer par Internet l'IRM d'un malade de New York à Bangalore, par exemple, où un radiologue va l'interpréter pour quatre fois moins cher que son homologue new-yorkais. Mais combien de temps faudra-t-il attendre pour qu'un programme informatique puisse lire et interpréter ces images plus vite, mieux et à moindre prix que le radiologue de Bangalore ?

De la même manière, Foxconn, qui fabrique entre autres les iPhone, envisage de remplacer par des robots une grande partie de son 1,2 million d'employés chinois lors de la prochaine décennie. Et bientôt des logiciels de reconnaissance vocale remplaceront les centres d'appels de Bangalore ou de Manille.

Les innovations technologiques entraîneront des pertes d'emplois dans l'éducation, la santé, la fonction publique et même les transports. Aurons-nous encore besoin d'autant d'enseignants dans les prochaines décennies si la crème de la profession produit des cours en ligne de plus en plus sophistiqués que pourront suivre des millions d'étudiants ? Dans ce cas, comment les professeurs devenus inutiles gagneront-ils leur vie ?

La fonction publique diminuera également, notamment dans les pays surendettés et dans ceux dont le budget est le plus déficitaire. Et la gouvernance par Internet pourrait compenser la perte des emplois par des gains de productivité en transformant la manière de fournir des services au public.

La technologie révolutionne aussi le transport. Dans quelques années, les voitures sans chauffeur - grâce à Google et à d'autres - rendront des millions d'emplois obsolètes.

L'innovation technologique, qui nécessite des capitaux importants et qui permet de se passer de la main-d'oeuvre, est l'un des facteurs à l'origine de la montée des inégalités de revenu et de patrimoine. La croissance des inégalités freine alors la demande et la croissance, et devient une source d'instabilité sociale et politique, car elle se traduit par un transfert de revenus de ceux qui dépensent la plus grande partie de ce qu'ils gagnent (les ménages qui ont des revenus moyens ou faibles) vers ceux qui économisent le plus (les personnes fortunées et les entreprises florissantes).

Ce n'est certes pas la première fois que le monde est confronté à ces problèmes ; le passé peut donc nous servir de modèle pour y répondre. A la fin du XIXe et au début du XXe siècle, les dirigeants politiques ont cherché à réduire au maximum les inconvénients majeurs de l'industrialisation. Le travail des enfants a été aboli dans l'ensemble du monde développé, la durée et les conditions de travail ont été humanisées, et la protection sociale a été instaurée pour protéger les travailleurs vulnérables et stabiliser une macroéconomie souvent fragile.

Alors que nous cherchons des solutions éclairées en réponse aux défis de la troisième révolution industrielle, un thème domine tous les autres : pour parvenir à une prospérité généralisée, il faut que les travailleurs disposent des qualifications voulues pour participer au monde nouveau issu de l'économie digitale.

Cela ne suffira peut-être pas, auquel cas il sera nécessaire de fournir un revenu supplémentaire permanent à ceux dont l'emploi aura été remplacé par un programme informatique ou par une machine. Ici aussi, tenons compte des leçons du passé !

Nouriel Roubini, est président de Roubini Global Economics et professeur d'économie à la Stern School of Business de l'université de New York.

Nouriel Roubini

Cet article est publié en collaboration avec Project Syndicate, 2014

 

Source(s) : Lesechos.fr via ...

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