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Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE), est-il trop proche des banques ? Voilà la délicate question à laquelle Emily O’Reilly, la médiatrice européenne (ombudsman), devra répondre. Dans une lettre révélée vendredi 20 janvier, celle-ci annonce l’ouverture d’une enquête sur l’appartenance de l’Italien au Groupe des Trente (G30), un forum international qui regroupe des dirigeants du secteur financier public et privé. Mais aussi sur « l’implication de hauts responsables de la BCE dans les travaux » de ce cercle de réflexion, qui portent notamment sur la régulation bancaire.

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L’enquête intervient après une plainte déposée par l’ONG bruxelloise Corporate Europe Observatory (CEO), qui passe au crible les liens entre les lobbies et les institutions européennes. « Des membres de la BCE rencontrent des banquiers au sein de ce groupe dans l’opacité, s’inquiète Kenneth Haar, chercheur au sein de CEO. Tout risque réel ou perçu de conflit d’intérêts menace l’indépendance de l’institution. »

Le G30 regroupe les gouverneurs des banques centrales du Japon, de Chine, du Royaume-Uni, d’anciens banquiers centraux comme Ben Bernanke (Réserve fédérale américaine) ou Jean-Claude Trichet (Banque de France), des économistes de haut niveau, comme l’Américain Kenneth Rogoff, mais aussi des présidents d’établissements privés, tels que JP Morgan et UBS. C’est là que le bât blesse, selon CEO, qui a déjà déposé une plainte sur le sujet en 2012, à l’époque rejetée.

« Lobby bancaire »

Mais, depuis, la BCE est devenue le superviseur des 126 plus grandes banques de la zone euro. « Dans ces conditions, il est anormal que les membres de l’institution échangent sans contrôle des informations avec des établissements qu’elle supervise », ajoute M. Haar. Lui est convaincu que le G30, créé en 1978, est plus qu’un cercle de réflexion sur l’économie. « Peu à peu, il s’est transformé en lobby bancaire », assure-t-il.

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Ce n’est pas la première fois que les liens entre la BCE et le secteur financier sont sous le feu des projecteurs. A son arrivée, en 2011, Mario Draghi avait été critiqué pour son passage chez Goldman Sachs entre 2002 et 2005, période où la banque américaine avait aidé la Grèce à maquiller son déficit public. En 2015, le Français Benoît Cœuré, membre du directoire de l’institution, avait par mégarde délivré des informations financières à des investisseurs londoniens, lors d’un discours rendu public le lendemain seulement.

L’ombudsman, qui enquête sur les cas de mauvaise administration au sein des institutions européennes, avait alors rappelé à l’ordre la BCE. Celle-ci avait réagi, en resserrant le code de conduite de ses membres, aujourd’hui l’un des plus stricts au monde. Désormais, ils sont autorisés à s’exprimer sur des sujets financiers importants uniquement si leurs interventions sont retransmises en direct ou publiées en même temps sur Internet. De même, ils doivent respecter une période de silence une semaine avant les réunions du conseil des gouverneurs.

Deux conceptions de la politique monétaire s’affrontent

Mais, alors, quid du G30, interroge le CEO ? Sur le fond, deux conceptions de la politique monétaire s’affrontent ici. Pour les tenants de la ligne dure, comme l’ONG bruxelloise, les banquiers centraux ne devraient entretenir aucun lien avec les banquiers tout court, afin d’éradiquer tout risque de conflit d’intérêts. Une autre vision du sujet, plus pragmatique, suggère, au contraire, qu’un échange entre les deux est indispensable. La BCE a besoin de mesurer l’effet de ses mesures monétaires sur le secteur pour en améliorer le fonctionnement.

C’est d’ailleurs ce que souligne l’institution. Dans un communiqué, elle estime qu’il est nécessaire qu’elle « maintienne un dialogue avec des acteurs externes ». Et qu’à ce titre, le G30 est un groupe pertinent. « Même si l’on n’est jamais assez vigilant sur ces questions, la composition de ce forum n’a rien de spécialement choquant », estime Grégory Claeys, chercheur au think tank indépendant Bruegel, à Bruxelles. D’autant que le G30 compte aussi pour membres des universitaires comme le Prix Nobel d’économie 2008, Paul Krugman, classé à gauche et peu suspect de connivence avec les banques.

Si l’ombudsman n’a pas de pouvoir contraignant, ses avis sont souvent suivis. CEO espère qu’au minimum, il exigera plus de transparence sur les réunions du G30.

Source(s) : Le Monde.fr via Contributeur anonyme

Informations complémentaires :

Crashdebug.fr :
 

Mario Draghi BCE Enquete 24 01 2017

 

 

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