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Grand bradage de printemps pour nos amis américains et soviétiques, qui s’échangent des espions à Vienne comme des petits pains, alors qu’il y a une semaine chacun démentait haut et fort utiliser ce genre de pratique... La vie décidément demande un peu de recul…

Dans un final digne de la guerre froide, les "Dix" arrêtés aux Etats-Unis ont été échangés samedi contre quatre hommes détenus en Russie.

Deux avions, un Boeing 767 et un Yak-42, nez à nez au bout d’une piste de l’aéroport de Vienne. Sur le tarmac, seul un minibus aux vitres fumées est autorisé à circuler pour transférer les passagers d’une passerelle à l’autre. L’opération s’est déroulée en plein jour : une grande différence avec les années de guerre froide, lorsque ce genre de swap était organisé de nuit, ou à l’aube, et loin des regards indiscrets. Pour le reste, l’échange d’espions qui a eu lieu samedi entre les Etats-Unis et la Russie rappelait furieusement un passé révolu. En provenance de New York, les fameux "Dix", comme les a surnommés la presse américaine. Surveillés depuis des années, certains vivaient tranquillement en couple avec enfants dans les banlieues proprettes du New Jersey, du Massachusetts ou de la Virginie. Un de leurs sympathiques voisins regrettait même hier que leurs deux petites filles soient obligées de faire leurs valises alors qu’elles n’étaient pour rien dans "ce feu croisé tragique" des agences de renseignements américaine et russe.

Selon le FBI, aucun des "Dix" n’aurait tenté de s’emparer de secrets d’Etat ; mais tous ont plaidé coupable avant-hier, devant un juge fédéral, d’activités illégales au service d’une puissance étrangère. Recrutés du temps où Vladimir Poutine dirigeait le KGB, ils avaient été envoyés sous de faux noms aux Etats-Unis pour analyser l’actualité américaine et envoyer leurs rapports cryptés à Moscou.

En route vers Londres et Washington, les quatre autres Russes de l’échange, libérés par le Kremlin après des années de détention. Pas de brume ni de mots de passe hier, donc. Mais le nom de la compagnie charter qui a affrété le Boeing méritait le détour. Vision Airlines n’est pas seulement connue pour ses tarifs bradés sur Cuba, c’est aussi l’un des transporteurs utilisés depuis des années par la CIA pour convoyer ses personnels ou ses prisonniers vers les destinations les plus sensibles. Elle s’est retrouvée hier au centre du pari tenté par Barack Obama, plus communément appelé "nouveau départ" dans la relation américano-russe. Comme l’a expliqué le ministre de la Justice Eric Holder sur CBS, "Nous voulions procéder à cet échange le plus rapidement possible pour ne pas avoir à subir l’impact négatif qu’une détention prolongée et un procès auraient pu avoir sur notre bonne relation avec Moscou."

"Nous ne laissons pas tomber ceux qui nous servent"

Au-delà du décor à la John Le Carré que se sont plu à décrire les médias dans cette affaire, et de l’exploitation de la personnalité d’Anna Chapman, la fausse négociatrice immobilière passée de Volgograd à Manhattan, cet échange viennois est une vraie curiosité. Selon John Martin, un ancien responsable du ministère de la Justice, qui a supervisé 46 affaires d’espionnage (dont l’exfiltration organisée du dissident Natan Sharansky via Berlin-Est), les Etats-Unis n’ont renvoyé qu’une seule fois depuis la guerre un espion russe sans qu’il ait purgé de peine de prison. En 1984, se souvient-il, "nous avions échangé une femme est-allemande qui servait de courrier pour le KGB aux Etats-Unis, avant qu’elle ne soit jugée et condamnée, contre vingt-cinq Européens accusés par Moscou d’espionnage derrière le “rideau de fer”".

Les spécialistes du renseignement estiment, par ailleurs, que les autorités américaines peuvent se frotter les mains. "Nous venons de démontrer notre fidélité à ces quatre Russes que nous utilisions de l’autre côté : nous ne laissons pas tomber ceux qui nous servent", commente John Flattery, ancien patron du contre-espionnage à la CIA. En outre, l’un d’entre eux, l’ex-colonel Alexandre Zaporojski, serait détenteur d’informations encore exploitables. C’est lui qui aurait permis l’arrestation du fameux agent double américain Aldrich Ames en 1994. L’étendue des dégâts, à la suite de ses nombreuses années de coopération avec le KGB, avait été jugée telle que le directeur de la CIA avait dû démissionner, tandis que l’agence était contrainte de reconstruire ses réseaux.


Source :
Le Jdd.fr

Informations complémentaires :

Le Nouvel Obs : Possible échange d'espions entre la Russie et les Etats-Unis
Le Figaro :
Les États-Unis et la Russie troquent leurs espions
L'Express :
Un final digne de la Guerre froide

 

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