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Finalement le coup de force d'Herman Van Rompuy ne sera pas passé, bravo aux Espagnols....

Bce Espagne

Devinette : s'agit-il de la banque centrale d'Arabie Saoudite, du conseil des gouverneurs de la BCE
ou encore d'une réunion de cardinaux en civil ?

Madrid a sauvé l’honneur en s’opposant, in extremis, à la nomination, par procédure écrite, du Luxembourgeois Yves Mersch au directoire de la Banque centrale européenne. Lancée en catimini par Herman Van Rompuy, le président du Conseil européen des chefs d’État et de gouvernement, à la veille du long week-end du 1er novembre, pour court-circuiter l’avis négatif du Parlement européen, l’opération a finalement fait long feu. Le ministre espagnol des Finances Luis de Guindos a confirmé que son pays avait "rejeté" la décision : "Il y a eu comme vous le savez parfaitement un vote du Parlement européen qui a considéré, pour une série de raisons, que ce n'était pas le candidat idéal", a-t-il expliqué à la presse en marge d'une réunion du G20 à Mexico. Ce veto va donc obliger les gouvernements à remettre le sujet sur la table afin de prendre une décision formelle : soit confirmer un Mersch gravement dévalué, soit désigner une femme, Luxembourgeoise ou non.

Même si l’Espagne a fait savoir qu’elle était en désaccord avec la procédure choisie, qui ne respecte pas les canons démocratiques, et qu’elle souhaitait une procédure de nomination plus « transparente », elle profite aussi de l’occasion pour rappeler qu’elle n’a guère apprécié d’être éjectée du directoire de six membres de la BCE. En effet, s’il est désormais acquis, en vertu d’une règle non écrite, que les trois grands (Allemagne, France, Italie) y disposeront toujours d’un siège, la place de l’Espagne n’a jamais été garantie de la même façon, même si elle y a toujours disposé d’un représentant depuis 1998. Lui offrir le même traitement que les grands limiterait, de fait, à deux le nombre de sièges pouvant être attribué aux treize autres États membres de la zone euro. Et si un jour la Pologne rejoint l’euro, il n’y aura plus qu’un siège tournant (tous les huit ans) pour les autres pays…

Quelles que soient les arrière-pensées espagnoles, le résultat est atteint : les gouvernements vont devoir fournir une explication publique à cette exclusion des femmes, tant au sein du directoire que parmi les dix-sept gouverneurs de banque centrale, comme s’il n’existait pas une seule femme compétente capable d’exercer un tel mandat. Confirmer Mersch paraît délicat, sa légitimité étant gravement atteinte par l’avis négatif du Parlement et par la tentative malheureuse de Van Rompuy de passer outre, sans débat. Le président du Conseil ne sort pas non plus intact de l’affaire : en se lançant dans cette procédure dite « du silence » (la décision est prise sauf opposition) sans être certain de la boucler, il a commis, à tout le moins, une grave maladresse politique, car cela met dans l’embarras les chefs d’État et de gouvernement qui se retrouvent à devoir justifier ce déni de démocratie. Son image de démocrate, lui qui fuit déjà les contacts avec les citoyens et les médias, n’en sort pas renforcée, c’est le moins que l’on puisse dire.

On peut aussi regretter que seule l’Espagne ait manifesté son malaise face à cette procédure. François Hollande, en particulier, a loupé une belle occasion de montrer son attachement à la démocratie et à la parité, lui qui se pose en défenseur de ces deux valeurs européennes sur le plan intérieur. Est-ce ainsi qu’il compte rapprocher les citoyens français de l’idée européenne ?

 

Source : Bruxelles.blogs.liberation.fr

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