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Egypte 28 04 2013
Mercredi, plusieurs milliers de juristes se sont réunis à la Haute Cour du Caire pour dénoncer les risques de
«purges». Crédits photo : AMR ABDALLAH DALSH/REUTERS

Les juges défendent leur indépendance face au nouveau pouvoir qui est accusé de préparer une purge.

C'est un vrai brûlot contre les Frères musulmans. Dans sa lettre de démission, présentée mardi, et publiée mercredi dans le journal Al-Ahram, Mohammed Fouad Gadella, le conseiller juridique du président islamiste Mohammed Morsi ne ménage pas ses mots. Il y parle «d'assassinat de la justice» et dénonce le «monopole d'un seul courant sur la gestion de la transition».

À l'origine de sa contestation: cette proposition de loi, soumise au Sénat par un parti pro-Frères, qui prévoit de baisser l'âge de la retraite pour les magistrats de 70 à 60 ans - ce qui contraindrait 3 000 d'entre eux à quitter leurs fonctions. «Attention, danger!», s'insurge le juriste et professeur de criminologie, Ibrahim Eid Nayel. Pour lui, «c'est non seulement une purge, mais aussi le nouveau signe d'une “frérisation” des institutions, qui s'attaque aujourd'hui à l'appareil judiciaire». En face, la Confrérie cherche à rassurer ses adversaires. «Ils y voient un complot. Non! C'est la réforme indispensable d'un appareil hérité des années Moubarak: une revendication formulée à l'origine par les révolutionnaires», avance Tarek el-Morsi, un des porte-parole du parti Liberté et Justice, la branche politique des Frères musulmans.

Certes, les exemples de dysfonctionnement de la justice ne manquent pas. Comme ces non-lieux prononcés en faveur de certaines personnalités de l'ancien régime poursuivis pour corruption et abus de pouvoir. Ou encore l'impunité dont jouit une majorité de policiers impliqués dans la répression de la révolte anti-Moubarak de janvier 2011.

Bras de fer

Sauf que pour les observateurs de cette Égypte en pleine transition, il y a «réforme» et «réforme». «La réforme judiciaire, ou même la purge judiciaire, dans un environnement post-dictatorial n'est pas nouvelle. Parfois, elle est même nécessaire. Cependant, il y a de quoi s'interroger sur ce soudain empressement de la Confrérie à réformer la justice», avance l'analyste et blogueur Bassem Sabry, dans un article publié sur le site al-Monitor. Ses questions sont nombreuses: quid d'une réforme, bien plus fondamentale, du ministère de l'Intérieur? L'éviction de 3 000 juges ne risque-t-elle pas de paralyser encore plus une institution connue pour sa lenteur et son inefficacité? Dans un pays plus que jamais divisé, et miné par une profonde crise économique, n'est-il pas irresponsable de lancer une initiative aussi controversée?

Ce complexe bras de fer entre l'appareil judiciaire et le nouveau pouvoir s'est également illustré par l'annonce de la démission, en début de semaine, du ministre de la Justice, Ahmed Mekki. Mais il couve depuis un certain temps. En décembre dernier, le «Club des juges» qui représente des juges de tout le pays, entra en dissidence en refusant de superviser le référendum sur le texte de la nouvelle Constitution, accusée d'avoir été imposé au forceps par les partis religieux. Pour leur part, les islamistes n'ont jamais digéré la décision de la Cour constitutionnelle de dissoudre le Parlement, largement dominé par leurs partisans, juste avant l'élection de Mohamed Morsi l'été dernier. Ils lui en veulent également d'avoir retoqué la nouvelle loi électorale, repoussant le scrutin législatif à l'automne prochain. Pour eux, il n'y a pas d'hésitation: l'appareil judiciaire est infesté de «felouls» (les «résidus») de l'ère Moubarak, dont il faut se débarrasser. Des accusations que les juges ne sauraient tolérer.

Réforme controversée

«Sous Moubarak, la justice s'est souvent distinguée par son opposition à certaines décisions. Aujourd'hui, pas question de perdre indépendance!», s'insurge Fouad Riad, professeur de droit international à l'université du Caire, et ancien juge auprès du Tribunal Pénal International de La Haye. Paradoxalement, ces mêmes juges accusés sous l'ancien régime d'être infiltrés par les Frères musulmans parce qu'ils revendiquaient une indépendance de la justice sont aujourd'hui taxés d'être pro-Moubarak. Mercredi, alors que la commission des affaires constitutionnelles du Sénat se réunissait pour approuver la proposition controversée sur la réforme de l'appareil judiciaire, désormais soumise à la lecture de l'intégralité des sénateurs, plusieurs milliers de juristes se sont symboliquement réunis pour dénoncer les risques de «purge». De leur côté, plusieurs manifestants rassemblés devant la Haute Cour du Caire ont scandé: «Juges! Juges! Vous êtes notre espoir après Dieu». La fronde anti-Frères n'a pas dit son dernier mot.

 

Source : Lefigaro.fr

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